Jean-François Copé : "Deux avancées et une concession sur le travail dominical"

Le patron des députés UMP répondait mardi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Jean-François Copé est revenu sur le travail dominical et le consensus trouvé par l'UMP, proposant désormais dix dimanches ouvrables dans l'année au lieu de cinq. "Deux avancées et une concession sur le travail dominical : les deux avancées sont qu'on élargit les zones touristiques, [...] trouver un dispositif ad hoc pour les zones qui vont pouvoir se régulariser (parce qu'elle ouvrait le dimanche sans autorisation, ndlr). Et la concession, on ouvrira de cinq à dix dimanches par an en France". "On pourra plus aisément travailler le dimanche", a conclu le député de Seine-et-Marne.

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Le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale est "l'invité de RTL" Crédit Média : Jean-Michel Aphatie



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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Jean-François Copé.

Jean-François Copé : Bonjour.

A propos du travail du dimanche, le candidat Nicolas Sarkozy disait ceci : "Je suis pour la liberté, si des gens veulent travailler le dimanche, pourquoi le leur interdire ?" Le compromis trouvé, hier soir, à l'Elysée sur la question entre les députés UMP et le président est loin de généraliser le travail du dimanche. Convenez-vous d'un recul ? Pourquoi y a-t-il recul, Jean François Copé ?
   
Alors, d'abord je voudrais vous dire une chose parce qu'il faut quand même être bien précis là-dessus. Il y a trois éléments : deux avancées et une concession. Les deux avancées, c'est qu'on élargit les zones touristiques. Ce qui veut dire que désormais, il y a des zones dont on aura réglé le problème en pouvant travailler le dimanche. Vous savez que, par exemple, dans certaines zones aujourd'hui vous vendez des lunettes de soleil vous avez le droit, si c'est des lunettes de vue vous n'avez pas le droit le dimanche. Ca va être réglé. Comme va être réglée la question de ces quartiers entiers qui, aujourd'hui, n'ont pas le droit d'ouvrir. Je pense aux grands boulevards à Paris. Il y a beaucoup de zones comme celles-là dans les villes de France...

De toute façon, c'est toujours sur la décision du maire. Mais pour les zones touristiques, ça c'est un premier point. Deuxième avancée : il y a des secteurs commerciaux comme par exemple, Plans de Campagne dans les Bouches du Rhône qui étaient des secteurs commerciaux qui depuis des années, ouvrent, en réalité sans base légale. Eh bien, on va trouver un dispositif ad hoc pour ces zones pour leur permettre de se régulariser par rapport à la loi. Alors, il y a la concession.

La concession, elle est sur quoi ? Au départ, on était sur l'idée que les quatre plus grandes villes : Paris, Lyon, Marseille, Lille auraient la  possibilité d'ouvrir tous les dimanches et finalement, on est dans un autre système, c'est qu'on ouvrira dans toute la France de cinq à dix dimanches par an avec une spécificité pour Lille : c'est que comme elle est en bordure de la frontière belge, elle aura un dispositif frontalier ad hoc.

Ca, c'est le dispositif général. Vous pensez que l'ensemble des députés UMP vont le voter ?

Je pense. Je voudrais prendre mes responsabilités là-dessus. C'est moi qui ai recommandé que l'on discute ensemble parce que c'est très intéressant cette affaire du travail du dimanche. Il y a derrière ça une illustration d'une demande assez forte d'un nombre de députés dont j'ai considéré qu'ils étaient suffisamment importants pour justifier qu'on ait un vrai débat, sans que ce soit un psychodrame.  Un débat normal. C'est qu'il y a un ensemble de députés qui ont dit : attention. Il y a le respect du dimanche comme une valeur de la société, la famille, etc. D'autres disaient de la même manière : attention, on ne peut pas être que libéral, il n'y a pas que la question d'argent. Il y a aussi la question sociale. D'autres disaient encore : attention, nous on est des Provinciaux, vous voyez ça depuis Paris...

Et j'ai trouvé que ce débat en fait était très intéressant parce qu'il y a derrière ça, une réalité de fond : c'est que nous à Droite, sur les questions économiques, sur les questions d'immigration, sur les questions de sécurité, sur les questions européennes, on a crevé nos abcès idéologiques ; pas sur les questions de société. Il faut donc qu'on prenne le temps d'en parler.

Convenez-vous, Jean-François Copé, d'une distance entre les promesses du candidat Sarkozy et la réalisation de ce projet de loi ?

Oui si ce n'est qu'en même temps, on a avancé. Il ne faut pas se raconter d'histoires.

Vous convenez d'une distance ?

Oui, puisqu'aujourd'hui... Lorsque cette loi sera votée, on pourra plus aisément travailler le dimanche dans de plus importantes régions de France qu'aujourd'hui. Mais je pense, en tout cas, que c'est une étape : il faut continuer d'y travailler.

Xavier Darcos, ministre de l'Education a, lui, repoussé la réforme du lycée. Elle devait être effective en seconde à la rentrée 2009 ; elle est repoussée d'au moins un an. Peut-on employer le mot maudit de "recul", Jean-François Copé ?

En tout cas : report.

Report, recul : il y a beaucoup de différence ?

Je ne sais pas s'il y a beaucoup de différences mais enfin, en tout cas, disons l'annonce qui a été faite, je crois que ce n'est pas totalement inutile de reprendre les mots qui ont été ceux du ministre lui-même. L'idée c'est quoi ? C'est que sur cette réforme qui sur le fond me paraît absolument essentiel : introduire l'enseignement des sciences économiques à partir de la seconde, imaginer que dès la seconde on mobilise les lycéens  sur la question de leur formation professionnelle, de leur orientation, est absolument majeur. C'est reporté d'un an, si j'ai bien compris, parce qu'on va discuter un peu plus et puis aussi, parce que tout simplement la mobilisation lycéenne était forte et qu'il était absolument indispensable de faire une évaluation. Vous me disiez tout à l'heure : est-ce que quand on recule c'est un tournant, si j'ai bien compris votre question ?

Oui. Faire des réformes.

Pour moi, la réponse est assez simple. Si le recul est systématique, à ce moment-là on peut se poser la question du courage ; mais là, ce n'est pas un recul systématique...

Vous êtes inquiet ?

Excusez-moi, ça s'appelle juste l'art de gouverner en écoutant. A partir du moment où vous avez cette situation, ça mérite une question plus large : comment est-ce qu'on fait pour réformer l'Education nationale en faisant en sorte qu'à chaque fois, ce ne soit pas un prétexte pour de la désinformation et des manifs dont on voit bien qu'elles n'avaient pas que la question de l'enseignement économique en seconde comme motivation.

Luc Ferry, ancien ministre de l'Education, dans "Le Figaro" ce matin, raconte qu'il a dû retirer, lui, sa réforme sur l'autonomie des universités en 2003. "Malheureusement, dit-il, quand on reporte une réforme, ça signifie en langage politique qu'elle est enterrée". "Moi aussi (Jean-Pierre Raffarin Premier ministre m'avait dit) : "On la fera l'an prochain ta réforme. Mais je n'étais évidemment pas dupe".

Oui, enfin, on pourrait longuement parler de l'histoire avec Luc Ferry et Jean-Pierre Raffarin par rapport à cette question de l'université. La seule chose que je peux dire, c'est que moi personnellement, je pense que l'art de gouverner c'est aussi d'évaluer les situations. On est dans une période de crise économique. On voit des mobilisations très fortes, anormalement fortes qui d'ailleurs, sont je le disais à l'instant, en décalage avec le fond  de la réforme. Moi je considère que sur ce sujet, il y a une réflexion de fond qu'il faut qu'on ait avec le gouvernement. Moi je suis très partisan, vous le savez, de partager la réflexion avec le gouvernement en tant que député. Ce qu'on appelle la co-production des réformes. Eh bien, je pense que sur cette question des réformes de l'école et de l'université, il faut qu'ensemble, on réfléchisse à la méthode et qu'on voit comment être plus opérationnel par rapport à ces manifs qui sont systématiques pour bloquer tout alors qu'on sait que c'est capital pour notre pays.

Le Président a tellement dit : "On ne va pas ralentir les réformes, on va les accélérer" que là, il est quand même devant une difficulté ?

Enfin, en même temps, je le répète...

Vous devez en convenir, Jean-François Copé ?

Je dis en même temps qu'il y a un moment où il faut être pragmatique. Je crois que c'est aussi dans la nécessité de conduire un pays comme le nôtre. Et moi personnellement,  comme je vous dis, je prends mes responsabilités. J'ai recommandé, par exemple sur le travail dominical, qu'on prenne le temps d'en discuter, c'est très important parce que derrière ça, il y a aussi l'efficacité. Si c'est pour tout bloquer, je ne vois pas l'intérêt.

Patrick de Carolis va demander, aujourd'hui, au conseil d'administration de France Télévision d'interrompre les publicités à partir du 5 janvier sur ses antennes à partir de 20 heures. Il ne le décide pas lui-même, mais il le soumet au vote du conseil d'administration. Vous avez été très impliqué dans cette réforme, Jean-François Copé ?

Très...

Un commentaire sur l'attitude de Patrick de Carolis ?

Je me réjouis de cette initiative, qu'elle est en parfaite cohérence avec cette grande réforme que nous faisons. Permettez que je dise à cette occasion, combien je suis indigné, écœuré de voir le comportement de l'opposition socialiste à l'Assemblée...

C'est quand même une réforme mal pensée, mal faite, non ?   

Ah écoutez, ça on pourrait en parler. C'est dommage que vous ne me disiez ça qu'à 7h56.

Oui, parce que c'est fini !

Parce que ce n'est pas du tout une réforme mal pensée.

Annoncée le 8 janvier, la loi n'est toujours pas votée !

Elle n'est pas votée, pourquoi ? Tout est prêt. Il manque juste un détail. C'est que les socialistes ne font pas du débat, ils font de l'obstruction. Donc, pardon ! Soyons objectif. Dans cette affaire-là, vous avez une opposition qui n'est pas du tout sur le fond, et pour cause ? Supprimer la pub, elle le préconise depuis vingt ans. Simplement comme elle n'a pas le courage d'assumer que c'est une réforme qui est désormais initiée par la Droite, qu'est-ce qu'elle fait ? Elle bloque de la pire manière : elle lit du Montesquieu au micro, elle multiplie les suspensions de séance, elle avilit l'image du Parlement. Et je souhaite, moi, si un jour - dans très longtemps - nous revenons dans l'opposition que nous donnions une autre image que cette obstruction qu'on a fait dans notre temps et qui est dépassée.

Jean-François Copé au pouvoir et pragmatique, invité de RTL ce matin. Bonne journée.

J'apprends le métier, monsieur Aphatie...

C'est vrai  ?

Comme tout le monde !

Encore !

par Jean-Michel AphatieJournaliste RTL
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2008-12-16 08:52:00