"Quenelle" : "On ne peut pas faire d'un simple geste un délit", dit un avocat

DÉCRYPTAGE - Un député centriste a annoncé qu'il préparait un projet de loi pour faire interdire la "quenelle", le geste polémique repris par les partisans de Dieudonné. Pourtant, cela semble difficilement réalisable.

Dieudonné en train de faire une "quenelle", le 15 janvier, à Paris. (archives)
Crédit : PATRICK KOVARIK / AFP
Dieudonné en train de faire une "quenelle", le 15 janvier, à Paris. (archives)

La "quenelle" bientôt hors-la-loi ? Le député des Français de l'étranger, Meyer Habib (UDI), a annoncé lundi 30 décembre sur son compte Facebook qu'il allait présenter un texte de loi "pour que soit pénalisé le nouveau salut nazi et antisémite de Dieudonné qu'est la "quenelle"."

Une telle loi a pourtant peu de chances de voir le jour. Explications.

Un geste ambigu

"Glisser une quenelle", selon l'expression inventée par Dieudonné, consiste à tendre le bras vers le bas tout en plaçant son autre main sur l'épaule opposée. Pour ses détracteurs, il s'agit d'un geste antisémite, un salut nazi inversé. Mais nombre de ceux qui l'effectuent assurent qu'il s'agit d'un simple geste anti-système.

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"On peut gloser sur le geste sans arrêt, dire que c’est un salut nazi inversé, un bras d’honneur adressé au système... C’est tout ça à la fois", estime Jean-Yves Camus, chercheur spécialiste de l’extrême droite interrogé par l’AFP.

Pour lui, l'important est de voir "dans quel contexte" les gens se font photographier en faisant le geste. Lorsque c’est devant des lieux liés à la communauté juive, "cette simple expression est antisémite, ce n’est pas une expression antisioniste", affirme-t-il. L'écrivain d'extrême droite Alain Soral s'est ainsi illustré effectuant une "quenelle" devant le mémorial de la Shoah à Berlin.

L'impossibilité de légiférer sur un geste

Quand un individu effectue la "quenelle" devant l'école juive où Mohamed Merah a assassiné un enseignant et trois enfants juifs, à Toulouse, difficile d'y voir un simple geste anti-système. Pour autant, le député des Français de l'étranger aura "le plus grand mal" à faire passer son projet de loi pour l'interdire, selon l'avocat blogueur Maître Eolas.

"On ne peut pas faire d'un simple geste un délit"
, affirme le juriste interrogé par RTL. Le juriste rappelle que le salut nazi n'est lui-même pas interdit en tant que tel. Il peut seulement être interprété comme "injure raciale" dans certaines circonstances, par exemple s'il est effectué devant une synagogue.

De plus, "pour interdire quelque chose, il faut le définir", explique l'avocat. "Pour la "quenelle", personne ne fait tout à fait le même geste, donc c'est absurde". Enfin, pour que la loi soit validée par le Conseil constitutionnel, il faudrait prouver que la création du délit "est nécessaire". Là encore, c'est presque infaisable selon Maître Eolas.

"Il y a largement de quoi poursuivre Dieudonné, mais pas sur un geste", conclut-il.

Une agitation médiatique qui ne fait que profiter à l'humoriste

Conclusion : l'annonce du député UDI se résume surtout à de la communication. "Plus un politique fait de bruit, plus il sait qu'il ne va pas faire ce qu'il annonce", note Maître Eolas.

L'avocat fait le parallèle avec les annonces de Manuel Valls sur son intention de faire interdire les spectacles de l'humoriste Dieudonné. Une menace qui sera bien difficile à exécuter selon lui, au regard l'arrêt Benjamin de 1933. "Il ne suffit pas qu'un spectacle soit choquant pour pouvoir l'interdire", explique-t-il.

"Les gens qui sont opposés à Dieudonné ont raison. Il est clairement antisémite", estime Maître Eolas. Mais les tentatives de censure sont sans effet. Au contraire, elles ne font que mettre la lumière sur l'humoriste et lui offrir la posture de victime, pour son plus grand plaisir.

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