François Baroin : "Le débat sur une augmentation de la TVA n'est pas tranché"

Le ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie répondait jeudi matin aux questions d'Alba Ventura. Le débat sur un éventuel relèvement de la TVA, lancé par plusieurs parlementaires, "n'est pas tranché", a affirmé François Baroin, en précisant qu'il revenait aux responsables de l'exécutif de rendre les arbitrages nécessaires. L'accord de Bruxelles sur la dette européenne, auquel sont parvenus les 17 membres de la zone euro la nuit dernière, a sauvé la monnaie unique, a-t-il assuré. "Bien sûr qu'il y avait un risque de déflagration. C'est une crise systémique incroyable que nous traversons", a poursuivi François Baroin.

François Baroin invité de RTL.
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François Baroin invité de RTL.
Philippe Corbé >
François Baroin, ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie : "Le débat sur une augmentation de la TVA n'est pas tranché" Crédits : Alba Ventura | Durée : | Date :
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Alba Ventura : Bonjour, François Baroin.

François Baroin : Bonjour.

Après dix heures de négociations, l'Europe est parvenue à un accord. On efface la moitié de la dette grecque, on recapitalise les banques, on renforce le fonds de sauvetage de l'euro, c'était...

... On modernise la gouvernance de la zone euro.
 
Aussi ! On peut dire que c'était un accord dans la douleur, à l'arraché ?

C'est un accord difficile parce que les sujets sont très techniques ; c'est un accord difficile parce que c'est une terre nouvelle qui est aujourd'hui en responsabilité pour les chefs de gouvernement et les chefs d'Etat puisqu'une question est portée en permanence qui est la question du risque souverain, de la dette souveraine, des dettes d'Etat.

Il y a trois ans, vous auriez posé la question à un investisseur, tout le monde vous aurait ri au nez. On achetait des obligations d'Etat parce que c'était la meilleure signature, on achetait des obligations publiques parce que c'étaient les meilleures signatures. Aujourd'hui, c'est un élément de risque et de doute. Il fallait donc prendre du temps ; il fallait méthodiquement lister les problèmes et c'est en ce sens que cet accord  de cette nuit...

... La crise de la dette est toujours d'actualité.

C'est ça qui règlera l'affaire, c'est ça qui nous sortira de la zone de turbulences, c'est ça qui permettra le rebond économique, c'est ça qui stabilisera et la zone euro, et la Croissance mondiale. Mais en ce sens, l'accord de cette nuit est une réponse ambitieuse, globale et crédible puisque nous traitons, vous l'avez dit, la question grecque, la question des deux pare-feux :
- celui de l'effet levier pour éviter la contagion à l'Espagne, à l'Italie par exemple ;
- et celui de la recapitalisation des banques pour permettre à nos banques de résister à des chocs difficiles.

Et puis, il y a un nouveau programme pour la Grèce ; et puis, les banques ont accepté de produire un effort ; et puis, il y a eu une négociation avec les banques avec des échanges. Il  y aura de l'investissement et il y a des leçons à tirer sur la gouvernance, comme l'a très opportunément dit, tout à l'heure, Alain Duhamel.

Sur la recapitalisation des banques françaises, à hauteur de 8,8 milliards d'euros, est-ce que les Français vont devoir participer à cette recapitalisation ?

Le gouverneur de la Banque de France s'est déjà exprimé ; il est probable que ce guichet public éventuellement ouvert dans le dispositif d'application de cet accord, ne sera pas utilisé par les banques françaises. L'institution est chargée de suivre... ; la surveillance des banques a donné le chiffre, ce matin : c'est 8,8 milliards pour les banques françaises. Pour vous donner juste un chiffre en tête : elles ont fait 11 milliards de bénéfices, rien qu'au premier semestre de cette année.

Donc, les Français ne seront pas sollicités ?

Elles le feront sur leurs propres résultats et nous serons très attentifs à un point : c'est que la réduction du bilan pour monter leur niveau de protection de fonds propres se fera d'abord et avant tout, au détriment de la distribution des dividendes et des bonus.

Est-ce que la France va s'endetter pour renforcer le fonds de sauvetage parce qu'il va bien falloir trouver de l'argent quelque part ?

Non, c'est un système qui est différent. Dans le plan précédent, les Etats directement prêtaient à la Grèce ; dans le plan actuel, désormais du 27 octobre, nous apporterons des garanties au fonds européen qui va chercher dans ses modifications, des partenaires  - privés ou publics -, pour avoir cet effet de levier, arriver à la somme de 1.000 milliards. Position défendue par la France, si je puis me le permettre, depuis au moins dix-huit mois, depuis le départ. Nous y sommes aujourd'hui. On a perdu un peu de temps, mais nous y sommes aujourd'hui.

Et puis, ce fonds va apporter également des garanties pour ceux qui continueront d'investir en Europe et qui achèteront des obligations d'Etat en difficulté.

Est-ce qu'avec cet accord, François Baroin, on a sauvé l'euro. Alain Duhamel disait : "On l'a sauvé, mais on ne l'a pas guéri".

Oui, oui.

Vous dites : on a sauvé l'euro, vous ?
 
Oui, bien sûr ; mais bien sûr qu'il y avait un risque de déflagration. C'est une crise systémique incroyable que nous traversons. Vous voyez bien que l'instabilité de la zone euro a entraîné des doutes parce que ça s'est appuyé aussi sur le ralentissement de l'économie américaine, mais ça a soulevé des problématiques en Chine, mais ça a soulevé des problématiques en Russie, mais ça a levé des questions au Brésil. Donc, toutes ces économies sont intégrées. Un enfant malade, c'est l'ensemble de la famille qui s'enrhume ; et c'est la raison pour laquelle il fallait d'urgence apporter des réponses, et une réponse sur l'euro.
   
La vérité, c'est que ce n'est pas une crise de l'euro, c'est une crise des dettes, c'est une crise d'endettement ; et nous aurons définitivement stabiliser cette affaire lorsque les ensembles des pays seront revenus à un niveau d'équilibre budgétaire.

La vraie question, c'est la dette, c'est donc l'addition du programme de consolidation ...

Alors, justement on a peut-être sauvé l'euro, mais maintenant c'est la récession qui menace ?

Il y a un ralentissement aujourd'hui, ça c'est indiscutable. Je pense que cet accord de cette nuit est un élément très positif, en quelque sorte, la première lame essentielle pour redonner des éléments de confiance...

... La récession menace ? Je vous repose la question.

Nous avons la semaine prochaine, en France, sous présidence de Nicolas Sarkozy qui a abattu un travail considérable, considérable,  et qui a entraîné l'Europe sur un chemin de responsabilité, il le fera au niveau du G20. Nous attendons de ce G20 un certain nombre de mesures précises, détaillées. Pour les pays qui sont en.... budgétaire, la poursuite de ces efforts ; pour les pays qui sont en possibilité de relance de l'activité mondiale, des mesures concrètes pour soutenir.

Et donc l'addition de ces deux dispositifs devrait nous éviter de basculer en récession mais le ralentissement est là et il faut nous adapter.

La croissance, ça c'est un secret de Polichinelle : il faudra la réviser ?
 
On a déjà dit qu'on s'adaptera ; je viens de vous expliquer que le ralentissement économique mondial impactait l'économie française et c'est naturel, et c'est normal, et donc nous prendrons les mesures nécessaires..

On sait qu'il va falloir plus d'argent pour boucler le Budget. Est-ce que ce soir, le Président de la République, François Baroin, va nous dire, à la télé, qu'il faut augmenter la TVA ?

(silence) Vous ne ferez pas partie de ceux qui lui poseront la question ?

 Non, je ne suis pas sur le plateau de télé.

Bon. On passera le message aux intervieweurs. Il apportera la réponse.

Ce n'est pas une piste, la TVA ?

La question n'est pas tellement...

... L'augmentation ? Un taux intermédiaire ?

Je parle ce matin de cet accord qui est très important. Je pense que c'est important de faire de la pédagogie. Je pense que c'est important de comprendre que la France a été aux avant-postes dans cette affaire depuis plusieurs semaines. Pour avoir été au cœur des négociations, je puis vous dire qu'on a fait beaucoup bouger nos partenaires. Et l'adaptation budgétaire ne se fera pas au détriment de la protection sociale et de la protection des plus défavorisés. Il nous faut, par ailleurs, des éléments de recettes et il nous faut poursuivre, surtout la politique de réduction des dépenses.

Un point de TVA, c'est 6,5 milliards. C'est là qu'on peut trouver de l'argent ?

Ecoutez, un peu de patience ; comme pour les plans précédents, il y a eu beaucoup d'idées qui sont sorties...

... Je veux simplement savoir si vous signez et vous nous dites qu'il n'y aura pas d'augmentation de TVA avant la Présidentielle.

Je ne vous dis pas ça ; il y a des sujets qui sont actuellement en discussion. C'est une piste qui a été portée, hier, par le rapporteur général du budget, que des parlementaires éminents en discutent, nourrit un débat, ce débat n'est pas tranché et nous le trancherons à l'intérieur du gouvernement avec des arbitrages qui seront rendus par le Premier ministre et le Président.

TVA sociale ; anti-délocalisation, comme vous l'appelez, vous ?

La TVA sociale, c'est quoi ? C'est-à-dire qu'on a un problème de coût du travail et on veut aller sur l'augmentation de la fiscalité pour avoir les mêmes recettes, et avoir des dépenses. Ce problème ne se pose pas en ces termes. Le problème est d'avoir des recettes en moins liées au ralentissement de la croissance et de l'activité mondiale ; et donc, nous devons équilibrer nos budgets. La colonne vertébrale de notre réflexion, c'est de ne pas savoir telle ou telle mesure, c'est comment atteindre des objectifs intangibles de réduction du déficit et nous avons des rendez-vous...

... Mais c'est une piste  (pardon d'insister)... C'est une piste, la TVA sociale ?

Elle a été soulevée par le Rapporteur général, vous en parlez ce matin, les journaux en sont gorgés...

Donc, vous le dites. C'est une piste.

C'est dans la place publique. Le gouvernement rendra ses arbitrages le moment venu.

Pour trouver de l'argent, est-ce que vous allez augmenter l'impôt sur les sociétés ?

Même motif, même punition dans la réponse, pardonnez-moi. Nous ne sommes pas à l'heure des arbitrages. On a fixé un cap. Nous nous adapterons. Ca nécessite de prendre des mesures. Ces mesures, on le fait de façon méthodique. Nous travaillons depuis plusieurs jours. J'ai moi-même pris position il y a quelques jours sur la nécessité d'être réactif. La crédibilité de la France a été sa réactivité au cours de ces deux dernières années lorsque Nicolas Sarkozy a voulu faire une réforme de structures sur la réforme des retraites, il l'a faite contre vents et marées. Ca a été utile. Même chose sur le un sur deux. Même chose sur la politique de réduction des dépenses de l'Etat, de la Sécurité Sociale, et même chose sur les adaptations en matière de recettes nécessaires pour nous adapter à la Croissance.

Merci François Baroin. On en saura plus peut-être avec le Président de la République, ce soir.

Sûrement !   
2012 et vous

par La rédaction de RTLJournalistes RTL
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