Eric Besson : "Une catastrophe nucléaire est possible au Japon"

Le ministre de l'Industrie répondait mardi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Le Japon est peut-être sur le chemin de la catastrophe nucléaire, a estimé Eric Besson. Pour lui, la situation évolue "minute par minute" et "on est sur le chemin d'une catastrophe". "J'avais dit : la catastrophe, ce serait la perte de la structure de confinement du réacteur - il semble que nous sommes en train d'aller vers ça - avec émissions dans l'atmosphère de quantités de matériel de fission radioactif. Nous sommes maintenant peut-être sur ce chemin". Il a, par ailleurs, affirmé que les excuses publiques du PDG de Renault Carlos Ghosn aux trois cadres accusés à tort d'espionnage ne marquaient pas "la fin de cette histoire", ajoutant attendre les résultats d'un audit interne sur l'affaire.

Eric Besson sur RTL le 24 novembre 2010
Crédit : La rédaction de RTL
Eric Besson sur RTL le 24 novembre 2010
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Eric Besson, ministre de l'Industrie : "Une catastrophe nucléaire est possible au Japon" Crédits Média : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Eric Besson.

Eric Besson : Bonjour, Jean-Michel Apathie.

Peut-on parler, ce matin, de catastrophe nucléaire au Japon ?

On est sur le chemin. La situation s'est considérablement dégradée, cette nuit. Elle s'est aggravée. C'est une certitude. Si je comprends bien ce qui s'est passé, hier, l'explosion très forte du réacteur numéro 3 a non seulement provoqué des dégâts matériels, mais elle a aussi touché les forces, les pompiers qui interviennent sur le site, humainement et matériellement, et considérablement amoindri les capacités de réactions de nos amis japonais.

C'est la preuve que l'on n'arrive pas à maîtriser quand un accident se produit dans une centrale nucléaire, l'énergie nucléaire et ses conséquences ?

C'est en tout cas la preuve que lorsqu'on construit une centrale sur une zone extrêmement sismique, et que le pire scénario arrive, c'est-à-dire un séisme de magnitude 9 plus un tsunami qui, si on comprend bien, ce que nous expliquent maintenant les Japonais qui avaient prévu une barrière anti-tsunami de 10 mètres à proximité de cette centrale, et il semble que la vague qui ait touché la centrale était de 14, certains disent même 17 mètres. Ca veut dire que malgré les précautions immenses qu'ils croyaient avoir pris, le pire peut effectivement arriver.

Angela Merkel, chancelière allemande, dans "Le Figaro" ce matin : "Ce qui se passe au Japon change la situation à l'Allemagne aussi. Nous ne pouvons pas faire comme si de rien n'était". En France, on fait comme si de rien n'était, Eric Besson ?

On ne peut pas dire ça, parce que dès la conception de nos centrales en exploitation et lorsqu'il y a des procédures de révision, systématiquement tous les risques sont intégrés...

On est plus fort que les autres !

... Et notamment... Non, je ne dis pas cela. Mais on a une exigence de sûreté qui est extrême. L'Autorité de sûreté nucléaire est, en France, considérée par nos homologues étrangers, par les ministres étrangers que je rencontre, comme l'autorité la plus exigeante. Donc personne ne dit, et moi je ne suis pas capable de dire : "Le risque zéro n'existe pas. Le risque n'existe pas". En France, de toute façon, il n'y a pas de risque zéro en matière industrielle, et singulièrement pas en matière nucléaire.

Tout ce que nous pouvons dire, c'est que nous prenons toutes les précautions possibles pour que ce type de risques n'existe pas. J'ajoute, mais ça c'est géographique et géologique à la fois, que l'extrême concentration d'un risque de séisme magnitude 9 et d'un tsunami équivalent à celui du Japon, ne peut toucher la France dans ces conditions pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la volonté humaine.

Les associations d'environnement, les responsables d'associations d'environnement qui ont rencontré le Président de la République, hier, souhaitent que soit organisé un Grenelle du nucléaire. Faut-il le faire, Eric Besson ? Y êtes-vous prêt ?

Je ne sais pas ce que veut dire exactement un "Grenelle du nucléaire".

Se poser des questions qui peut-être se posent.

Mais les questions ont été posées. J'ai moi-même participé, il y a quelques années à l'Assemblée nationale, à un grand débat sur l'avenir du nucléaire lorsque j'étais député ; et c'est quelque chose qui revient régulièrement. Maintenant ne fermons pas la porte. Bien évidemment, l'onde de choc de ce qui est en train de se passer au Japon va toucher l'Europe et la France ; et il y aura quelles qu'en soient les formes, un débat autour de notre production énergétique et notre production nucléaire.

Maintenant, il faut aller jusqu'au bout. Il faut que ceux qui prônent la sortie du nucléaire, disent exactement comment ils entrevoient cela et surtout, quelles seraient les conséquences économiques, financières, sociales pour les Français. Je rappelle quand même que 80% de notre électricité est d'origine nucléaire, que ça contribue à l'indépendance énergétique de la France, en tout cas une indépendance partielle énergétique de la France et que ça nous permet d'avoir une électricité 40% moins chère que dans le reste de l'Union Européenne, même si les Français qui nous écoutent, ont déjà l'impression qu'elle est d'un prix élevé.

Mais si tout cela est vrai, l'angoisse est quand même importante

Mais bien sûr !

... Et on a l'impression quand même, parfois, d'être confronté à une forme d'arrogance de la part des industriels du nucléaire... ?

... Je ne crois pas.

... Et de ceux qui défendent le nucléaire.

L'histoire du lobby nucléaire est un mythe absolu.

Vraiment ?

En tout cas, s'il existe, moi je ne l'ai pas rencontré.

C'est vrai ?

Il faut me dire où il loge. Je rencontre des industriels et des autorités qui parlent, qui vous disent en privé, exactement heure par heure depuis 48 heures quelle est la potentialité du risque. Ce qu'ils savent. Ce qu'ils ne savent pas. En ce moment même, la structure du réacteur numéro 2, la structure de confinement est visiblement entamée. Donc, il y a des radionucléides qui s'échappent, et donc un seuil de radioactivité qui devient maintenant extrêmement inquiétant. Eh bien quand vous discutez, ce qui était mon cas au téléphone il y a quelques minutes avant d'entrer dans ce studio, avec les spécialistes, ils n'ont rien d'arrogant. Ils ne vous disent pas : la catastrophe est désormais inéluctable. Ils disent que c'est un chemin de crête dangereux sur lequel nous sommes et ils vous décrivent les différents scénarii. Personnellement, je ne rencontre pas d'arrogance chez eux.

Vous avez dit, vous, samedi, Eric Besson, "C'est un accident grave, mais pas une catastrophe nucléaire".

Oui.

Vous regrettez d'avoir dit ça ?

Non, je ne regrette pas, parce qu'il y avait des précisions qui restent valables. Samedi à 17 heures, nous étions dans un accident grave et pas une catastrophe nucléaire. Et j'ai dit, en même temps, ce que serait la catastrophe nucléaire.
   
Et vous dites que nous sommes sur le chemin de la catastrophe ?    

Oui. Oui. Oui.

Nous n'y sommes pas déjà dans la catastrophe nucléaire au Japon ?

Je ne sais pas, c'est minute par minute ; on verra dans quelques heures. Mais j'avais dit : "La catastrophe, ce serait la perte de la structure de confinement du réacteur". Il semble que nous sommes en train d'aller vers ça avec émission dans l'atmosphère de quantités de matériels de fission radioactifs. Nous sommes peut-être maintenant sur ce chemin. Samedi à 17 heures, nous n'y étions pas. Et puis, pour ce qui concerne Tchernobyl, nous n'avons pas le temps visiblement...   

... Je n'y ai pas fait référence ! Volontairement, je n'y ai pas fait référence !

Oui, mais je vous indique quand même que ce n'est pas... Ca peut être une catastrophe nucléaire mais ce n'est pas le scénario de Tchernobyl.

Carlos Ghosn, P-DG de Renault, s'est lourdement trompé. L'affaire d'espionnage chez Renault se transforme en escroquerie interne. Carlos Ghosn a-t-il encore de la crédibilité suffisante pour diriger la grande entreprise qu'il dirige ?

Avant de parler de Carlos Ghosn, ayons ensemble une pensée pour les salariés et leur famille. Les excuses de Renault étaient indispensables parce qu'ils ont été touchés dans leur honneur dans cette affaire. Et c'est "bien" que le président de Renault ait présenté tout de suite ses excuses publiques. Pour le reste, vous avez vu qu'il y a un audit...

D'abord, il y a l'enquête judiciaire qui se poursuit. Qui sont les vrais coupables et responsables ? Ni vous, ni moi ne le savons à cette heure-ci. Deuxièmement, il y a un audit interne par une personnalité externe qui a été demandée, diligentée et qui va permettre de connaître les responsabilités exactes dans l'entreprise. Ce qu'a dit Carlos Ghosn, hier, c'était très important. C'est une étape indispensable et il a bien fait, en plus, de renoncer à une partie importante de sa rémunération ; mais ça n'est pas la fin de cette histoire interne.

"Le degré d'incompétence dans cette affaire est incroyable", disait la DCRI, citée hier dans "Les Echos". L'Etat est actionnaire à 15% de Renault. Incompétence ?

On peut être surpris, c'est le moins que l'on puisse dire. En même temps, vous me permettrez en tant que ministre de l'Industrie au regard des enjeux  : innovation, emploi, ce que représente Renault avec Peugeot dans l'industrie française, de ne pas chercher, moi, à déstabiliser en plus Renault.

Mais qui c'est qui a déstabilisé Renault ?

C'est pour ça que je vous ai dit : en plus.

En plus ! Eric Besson pour une interview difficile, complexe. "On est sur le chemin de la catastrophe nucléaire", a-t-il dit au Japon.

par La rédaction de RTLJournalistes RTL
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Eric Besson : "Une catastrophe nucléaire est possible au Japon"
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Le ministre de l'Industrie répondait mardi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Le Japon est peut-être sur le chemin de la catastrophe nucléaire, a estimé Eric Besson. Pour lui, la situation évolue "minute par minute" et "on est sur le chemin d'une catastrophe". "J'avais dit : la catastrophe, ce serait la perte de la structure de confinement du réacteur - il semble que nous sommes en train d'aller vers ça - avec émissions dans l'atmosphère de quantités de matériel de fission radioactif. Nous sommes maintenant peut-être sur ce chemin". Il a, par ailleurs, affirmé que les excuses publiques du PDG de Renault Carlos Ghosn aux trois cadres accusés à tort d'espionnage ne marquaient pas "la fin de cette histoire", ajoutant attendre les résultats d'un audit interne sur l'affaire.
http://www.rtl.fr/actu/politique/eric-besson-une-catastrophe-nucleaire-est-possible-au-japon-7668536150
2011-03-15 11:40:00
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