Elisabeth Guigou : "La présumée victime est davantage protégée que le présumé innocent !"

La députée socialiste de Seine-Saint-Denis, ancienne Garde des Sceaux, répondait mercredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Elisabeth Guigou a évoqué la réputation de "dragueur", de "libertin" de Dominique Strauss-Kahn tout en affirmant qu'il y a "une très grande différence entre ça et le délit ou le crime sexuel" dont le patron du FMI est accusé aux Etats-Unis. Dans cette affaire, il y a "un présumé innocent, Dominique Strauss-Kahn, et une présumée victime, cette jeune femme", qui affirme avoir été agressée sexuellement par DSK, a aussi relevé Mme Guigou. "Lorsque la vérité sera établie, on verra qui est victime".

La députée socialiste de Seine-Saint-Denis, ancienne Garde des Sceaux, sur RTL le 18 mai 2011
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La députée socialiste de Seine-Saint-Denis, ancienne Garde des Sceaux, sur RTL le 18 mai 2011
Jean-Michel Aphatie >
Elisabeth Guigou, députée socialiste de Seine-Saint-Denis, ancienne Garde des Sceaux : "La présumée victime est davantage protégée que le présumé innocent !" Crédits : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Elisabeth Guigou.

Elisabeth Guigou : Bonjour.

Les images venant de New York, montrant Dominique Strauss-Kahn menotté, ont beaucoup marqué l'opinion publique française. Vous avez fait voter, il y a plus de dix ans maintenant, une loi interdisant de montrer en France un "présumé innocent", les menottes au poignet ; la législation américaine n'a pas cette prévention. Les médias français auraient-ils dû s'interdire de diffuser ces images, Elisabeth Guigou ?

S'interdire, c'est difficile puisque ce sont des images internationales et que nous savons très bien que l'information est globalisée. Je pense qu'il faut informer les Français. Ce qui m'a choqué c'est la répétition, le passage en boucles, et peut-être quelquefois, pas partout, mais quelquefois le manque de distance dans les premiers jours en tout cas, par rapport à ces images.

Quel manque de distance ?

Eh bien, c'est-à-dire, maintenant on commence à expliquer les différences entre le système français et le système américain. Nous, nous avons une cohérence. Nous privilégions la présomption d'innocence, c'est la loi d'il y a dix ans. Et donc, par cohérence, on interdit de montrer des gens qui ne sont pas encore jugés, c'est-à-dire qui ne sont pas encore condamnés qui sont présumés innocents, de les interdire, d'interdire de les montrer menottés ou dans une position qui porte atteinte à leur dignité comme ça a été le cas dans les images au sein du tribunal.

Mais on ne pouvait pas ne pas les montrer ?

Mais c'est vrai que... Je pense qu'il devrait être question davantage de retenue, de distance et de recul par rapport à ce qui est en train de se passer ; et maintenant, les commentaires et les informations qu'on commence à donner sur les différences entre le système américain et le système français vont peut-être, en effet, rééquilibrer un peu les choses.

J'ajoute que nous n'avons pas à nous interdire de porter une appréciation sur ce qui se passe aux Etats-Unis. Quand Alain Duhamel, il y a un instant, faisait sa chronique, il a dit : "présumé coupable". C'est très révélateur. C'est-à-dire qu'aux Etats-Unis, on prétend protéger la présomption d'innocence, mais comme on n'interdit pas justement ces images dans les tribunaux, on traite les gens, en particulier ceux qui sont connus, comme des présumés "coupable".

Et je pense qu'il est très important de souligner que le procureur, la juge sont des élus et qu'ils ambitionnent d'être réélus ici ou dans d'autres fonctions. Ils ne peuvent pas être indifférents au fait que des caméras du Monde entier sont là et montrent ce qui est en train de se passer.

On parle beaucoup depuis dimanche, Elisabeth Guigou, de l'attitude de Dominique Strauss-Kahn envers les femmes. Votre collègue députée, Aurélie Filippetti a dit ceci, je la cite : "J'ai gardé le souvenir d'une drague très lourde, très appuyée de Dominique Strauss-Kahn. Je me suis toujours arrangée pour ne pas me retrouver seule avec lui dans un endroit fermé." Quand on lit ça, c'est terrible. En avez-vous, une fois, parlé avec elle, par exemple ?

Non, parce que je ne savais pas ça.

Je vous apprends cette phrase. Vous ne l'avez jamais lue ?

Je l'ai lue, hier ou avant-hier, dans la presse.

Et l'ayant lue, vous n'en avez pas parlé avec elle, hier, par exemple ?

Il se trouve que je ne l'ai pas vue. Vous savez, on est quand même un peu dans un tourbillon quoi !

Là, vous étiez ensemble au Bureau national, j'imagine ?

Bon ! Non, mais ce qui est vrai, c'est que Dominique Strauss-Kahn, depuis toujours, a une réputation d'homme qui s'intéresse vraiment aux femmes, même de libertin. Bon.

Vous connaissiez cette réputation ?

Oui. D'ailleurs, elle est très connue ; elle est connue de tout le monde. Vous-même, j'imagine, vous n'étiez pas... Bon ! Donc, en même temps, on n'est pas là pour faire, je veux dire, la police des mœurs, il y a la liberté des gens ; mais il y a une très grande différence entre ça et le délit ou le crime sexuel où là, il faut être évidemment d'une sévérité implacable. Vous savez, moi j'ai fait voter la loi sur le harcèlement moral. J'ai beaucoup travaillé là-dessus. Donc, je pense que là, c'est quelque chose, c'est une ligne rouge et moi personnellement ce que je lis dans la presse depuis ces derniers temps sur cette façon... C'était "border line", comme disent les Américains. Bon, moi je n'avais pas de renseignement particulier là-dessus, si vous voulez.

En sachant ce que vous saviez de sa réputation, puisque vous le dites ce matin au micro de RTL, Elisabeth Guigou, vous souteniez sa candidature à l'élection présidentielle. Malgré ça, ça aurait été un bon Président de la République pour vous ?

Non, mais attendez ! Moi je ne me suis jamais prononcé sur LE ou LA candidate que je...

Vous souteniez Dominique Strauss-Kahn dans la primaire ? Vous avez dit...

Qu'est-ce qui vous permet de dire ça ?

Vos déclarations, vous.

Pas du tout !

Vous n'aviez pas pris position pour lui ?

Non, pas du tout.

Vous ne l'auriez pas fait ?

Non... Enfin, je n'en sais rien. J'ai toujours dit que j'attendrai le calendrier. Il y a eu un écho dans "Le Point", je crois, parce qu'à l'occasion d'une réunion internationale à Washington, j'ai eu, en effet, une conversation avec Dominique Strauss-Kahn et comme beaucoup d'autres ; et nous avons analysé la situation. Je ne sais pas, je pense que ça aurait... Je pense qu'il fallait tenir le calendrier, d'abord...

Ca aurait été un élément de votre décision. Ce n'est pas le calendrier... Ce n'est pas là-dessus que je vous ai interrogé... Ce que vous dites de la réputation qui était la sienne, ça aurait été un élément de votre décision pour le soutenir ou pas ? C'est ça ma question.

Non parce que si vous voulez, encore une fois il y a une très grande différence entre la réputation, on va dire - de dragueur pour parler communément qu'il avait...    

... J'entends!
 
... Qui était établie...

... Et l'acte de samedi.

... Qu'il assumait et que sa femme assumait.

S'il s'est produit.

C'est important ; et en même temps l'accusation dont il est l'objet qui est grave, très grave de délit ou de crime sexuel. Donc là, il y a quelque chose de très différent. Alors ne nous laissons pas embarquer !  Quand je dis que respect du calendrier c'est parce que je pense qu'au-delà de cette affaire, nous devons montrer que nous pensons aux Françaises et aux Français. Nous avons notre projet. Jusqu'à la fin du mois, nous devons parler de ça parce que les problèmes des Françaises et des Français, ils n'ont pas disparu : le chômage, la précarité, etc. Et donc, voilà.

Des associations féministes...

Nous n'avons pas l'intention de nous laisser enfoncer par ça, non plus, je le dis.

Vous l'avez dit. Des associations féministes disent leur colère aujourd'hui de voir que l'on parle aussi peu de la victime présumée, une femme de ménage de 32 ans. Vous comprenez cette colère ?

Oui je la comprends...

Vous ne parlez pas assez vous non plus de la "victime présumée" ?

Je ne sais pas. Moi j'ai essayé en tout cas de dire qu'il y avait un présumé innocent : Dominique Strauss-Kahn ; une présumée victime : cette jeune femme ; et que lorsque la vérité sera établie, et nous voulons la vérité parce que les accusations sont graves, à ce moment-là, on verra qui est victime. Et c'est vrai qu'il faut penser à cette jeune femme aussi.

Il n'y a pas mort d'homme ?

Mais je remarque qu'elle est davantage protégée par le système américain que ne l'est Dominique Strauss-Kahn, et j'aurais aimé... Moi je me réjouis qu'elle a été protégée...

Le système américain protège plus les victimes que nous ne les protégeons, nous ?...

Non, mais c'est vrai ...

... Comme par exemple, son nom et son image n'auraient pas été diffusés.

Mais tant mieux que cette jeune femme soit protégée mais j'aurais aimé qu'il y ait aussi cette protection des images, des images encore une fois, pas par rapport aux faits de Dominique Strauss-Kahn.

D'accord. Jack Lang a essayé de relativiser le fait - s'il s'est produit - en disant : "Il n'y a pas mort d'homme". Et ça a choqué ?

Ah non mais ça, bon... Mais moi je ne prends pas à mon compte ce type de remarque. C'est : si les faits sont prouvés, et de toute façon les accusations sont graves, donc...

On parle beaucoup de présomption d'innocence ; et on se demande après coup, je ne sais pas comment vous réfléchissez à cette question, si les socialistes, vous-même Elisabeth Guigou avez respecté la présomption d'innocence concernant Eric Woerth dans l'affaire Bettencourt ?

Oui j'ai vu ça. Ecoutez, moi je crois qu'on a le droit de poser des questions. On n'est pas là pour condamner.

Vous demandiez la démission, je le rappelle pour ceux qui l'auraient oublié, vous avez demandé pendant trois mois la démission, tous les jours, d'Eric Woerth, qui a démissionné.

Je n'ai jamais demandé la démission du ministre. Il y a eu, c'est vrai, beaucoup de... Mais moi, je n'ai jamais demandé sa démission. J'ai posé la question à Eric Woerth : "Est-il normal ; n'avez-vous pas l'impression d'un conflit d'intérêt, vous ministre du Budget, d'avoir votre épouse qui travaille dans un conseil, dans un organisme de conseil fiscal dont le seul but est d'échapper au Fisc ?" Là, je persiste à dire qu'il y a conflit d'intérêts et qu'il va falloir mettre fin à ce genre de pratiques en France.

Elisabeth Guigou, ancien ministre de la Justice, était l'invitée de RTL. Bonne journée.
Promo dossier DSK

par La rédaction de RTLJournalistes RTL
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