Crèche Baby Loup : Jeannette Bougrab parle d'un "combat pour la laïcité"

La Cour de cassation de Versailles rend mardi son verdict dans le feuilleton judiciaire de Baby Loup, cette crèche privée des Yvelines, qui avait licenciée une employée en 2008 car elle refusait de retirer son voile islamique au travail.

Yves Calvi présentera la matinale de "RTL" à partir du lundi 25 août >
Jeanette Bougrab : "L'affaire de la crèche Baby Loup, un combat pour la laïcité" Crédits : Yves Calvi | Durée : | Date :
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Une polémique nationale

L'affaire de la crèche, très médiatisée, avait créé une polémique nationale, mobilisant des défenseurs d'une stricte laïcité, de Manuel Valls, alors député PS de l'Essonne, à la philosophe Elisabeth Badinter, marraine de la crèche.  Lors de l'audience devant la chambre sociale de la Cour de cassation, le 12 février, l'avocat général a préconisé le rejet du pourvoi de Fatima Afif. 

L'ex-employée de cette crèche associative située dans un quartier sensible de Chanteloup-les-Vignesdans les Yvelines) a été déboutée à deux reprises par la justice.  D'abord, le conseil de Prud'hommes de Mantes-la-Jolie a jugé en décembre 2010 qu'elle avait fait preuve d'"insubordination caractérisée et répétée", ce qui a justifié son licenciement pour "faute grave" le 19 décembre 2008.  La cour d'appel de Versailles avait confirmé en octobre 2011, estimant que les enfants accueillis dans cette crèche privée "compte tenu de leur jeune âge, n'ont pas à être confrontés à des manifestations ostentatoires d'appartenance religieuse" et que le licenciement "ne présente pas de caractère discriminatoire". 

"Liberté religieuse"


En décembre 2008, la salariée, de retour après 5 années d'un congé maternité suivi d'un congé parental, avait annoncé son intention de garder son foulard durant son travail. Ce qu'avait refusé Natalia Baleato, directrice de cette crèche.  Le règlement intérieur prévoyait une obligation de "neutralité philosophique, politique et confessionnelle",une notion trop vague pour les avocats de Mme Afif, mais essentielle pour cette directrice, qui dit être confrontée depuis le début des années 2000 "à une montée des revendications religieuses". 

Or pour l'un des conseils de Mme Afif, Me Michel Henry, "un règlement intérieur ne peut pas tenir en échec l'exercice d'une liberté fondamentale, la liberté religieuse".  En face, Baby-Loup se pose en "entreprise à tendance laïque" et défend "une vision anti-communautariste qui interdirait les signes ostentatoires religieux dans une crèche, comme c'est le cas dans l'école publique", a expliqué Me Richard Malka,l'un des avocats. 

Cette affaire avait créé des remous au sein de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde), également saisie par la salariée licenciée.  L'institution lui avait d'abord apporté son soutien mais en octobre 2010, la nouvelle présidente Jeannette Bougrab avait pris position en faveur de Baby-Loup. 

Jeannette Bougrab sur RTL : "Manipulée par des groupes islamistes"

Invitée de RTL et de Yves Calvi mardi matin, Jeanette Bougrab a réitéré sa position affirmée sur la question, parlant d'un combat décisif contre la laïcité en France. "Depuis ma présidence de la Halde, j'ai fait de Baby Loup un combat pour la laïcité, explique t-elle. Dans cette crêche, si jamais elle fermait, cela serait un territoire perdu de la République. Plus que jamais, on a besoin de ces structures dans ces banlieues difficiles, où le chômage des femmes est très élevée. Et quand elles trouvent du travail, c'est souvent avec des horaires décalés. Et cette crèche fonctionne 7 jours sur 7, 24h sur 24".

La plaignante, qui pourrait se tourner vers la Cour Européenne des droits de l'Homme, qui a souvent rappeler à la France ses devoirs en terme de liberté de culte, est-elle sous influence ? "Ce n'est pas elle qui poursuit cette affaire, mais des groupes autour de cette femme. Je n'ai pas de doute sur le fait qu'elle soit manipulée par des groupes islamistes. Je n'ai aucun doute là-dessus, explique Bougrab, qui évoque des menaces : "Il y a une pression permantent. Les agents se font crecer les pneus. On fait le "sourire kabyle" à la directrice, quand on veut égorger quelqu'un. C'est une réalité."

Fondée en 1991, la crèche associative, née de la volonté d'une poignée de femmes du quartier, surtout musulmanes, se situe au coeur du quartier de la Noé rendu célèbre par le film de Mathieu Kassovitz, "La Haine".  Sa particularité: elle est ouverte 24 h sur 24, 7 jours sur 7, ce qui permet d'accueillir notamment les enfants de mères seules, travaillant de nuit ou en horaires décalés.


 




par Yves CalviJournaliste RTL
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