DÉCRYPTAGE - Trois semaines après l'agression mortelle de Clément Méric, la police judiciaire parisienne a mis la main sur les premières images de la bagarre. L'occasion de faire le point sur l'enquête.

Le scénario du drame qui a coûté la vie à Clément Méric le 5 juin dernier se précise. D'après les images retrouvées par les forces de police, le jeune homme se serait jeté sur son agresseur qui lui aurait alors asséné un coup de poing en plein visage.
Depuis, 5 suspects ont été placés en garde à vue. En parallèle, les manifestations d'opposition aux violences des groupuscules d'extrême droite se sont multipliées.
La vidéo : Clément Méric se jette sur le suspect

Trois semaines après l'agression mortelle de Clément Méric, le 5 juin dernier à Paris, la police judiciaire parisienne a mis la main sur les premières images de la bagarre.
La scène a été filmée par une caméra de surveillance de la RATP,
située côté rue, au niveau de la station Havre-Caumartin. Les experts
de la police technique et scientifique ont travaillé pendant plusieurs
jours sur ces images pour les faire parler.
On voit notamment, pendant une bagarre générale, Clément Méric se précipiter vers Esteban Morillo, le meurtrier présumé, alors de dos, semble-t-il pour lui asséner un coup. Le skinhead se retourne alors et le frappe avec son poing en plein visage.
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L'image ne permet pas de dire de façon formelle si Esteban Morillo donne un deuxième coup, ni s'il a ou non un poing américain. Le militant d'extrême-gauche, en tout cas, tombe immédiatement au sol, inconscient. Il n'est pas lynché une fois par terre.
L'enquête : 4 homme et une femme poursuivis

Esteban Morillo (ci-dessus), sympathisant du groupuscule Troisième Voie et déjà connu des services de police, a été mis en examen pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans l'intention de la donner". Le juge d'instruction n'a donc pas retenu "l'intention d'homicide".
Le procureur de Paris a pourtant fait état d'éléments "concordants" permettant de suspecter l'intention de donner la mort. Selon des témoins, l'accusé aurait été équipé d'un poing américain au moment de la rixe. Deux poings américains ont par ailleurs été saisis lors d'une perquisition chez Esteban Morillo, renforçant la crédibilité de ces accusations.
Trois autres hommes de 19, 23 et 25 ans ont été mis en examen pour violences volontaires en réunion et une femme de 32 ans pour complicité de violences en réunion.
Deux d'entre eux, dont Esteban Morillo, sont actuellement en détention provisoire.
Les manifestations qui dégénèrent
Depuis le drame, plusieurs manifestations ont régulièrement lieu en France pour dénoncer la violence de l'extrême droite. Lors de la dernière en date, dimanche 23 juin, plusieurs milliers de personnes, 6.000 selon la police, ont défilé à Paris. De nombreuses vitrines, principalement d'agences bancaires, ont été dégradées sur leur passage. 
14 personnes ont été interpellées en marge de cette manifestation.
L'examen de la dissolution de groupes extrémistes en cours
Les Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) de Serge Ayoub devraient être dissoutes le 26 juin, 
Quelques jours après la rixe mortelle, Jean-Marc Ayrault avait lancé une procédure pouvant aboutir à la dissolution du groupe
d'extrême droite Troisième Voie. D'autres "groupements" de cette
mouvance sont potentiellement concernés, avait-il expliqué
Le Premier ministre avait précisé que ces groupes d'extrême
droite radicale seront d'abord soumis à la
même procédure contradictoire que les Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR).
Puis, à l'issue de cette
procédure, le chef de l’État sera susceptible de présenter en Conseil des
ministres un décret de dissolution de ces groupes.
De fait, la dissolution des groupuscules est toujours en question. Certains experts doutent de l'efficacité d'une telle mesure.