Claude Guéant : "Je ne voterais pas pour le Front National aux Législatives"

VIDEO - Le ministre de l'Intérieur, de l'Outre-Mer, des Collectivités territoriales et de l'Immigration répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mardi matin. Le Front national est un parti démocratique et il pose de vraies questions même s'il apporte de mauvaises réponses, a estimé Claude Guéant, à douze jours d'un second tour où les voix frontistes seront décisives. "C'est un parti démocratique, ça c'est tout-à-fait certain, mais qui ne s'inscrit pas dans la vision de la France et du monde qui est la mienne. Je ne veux pas d'une France qui se replie sur elle-même, qui se ferme au monde", a-t-il ajouté. Prié de dire quel bulletin il choisirait s'il était contraint de voter dans un second tour d'élections législatives entre un candidat FN et un PS, Claude Guéant a répondu : "Je ne voterais pas pour le Front national", n'excluant pas ainsi un vote blanc ou une abstention.

Claude Guéant sur RTL le 5 mars 2012
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Claude Guéant sur RTL le 5 mars 2012
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Claude Guéant, ministre de l'Intérieur, de l'Outre-Mer, des Collectivités territoriales et de l'Immigration : "Je ne voterais pas pour le Front national aux Législatives" Crédits Média : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Claude Guéant.

Claude Guéant : Bonjour.

Marine le Pen a expliqué, hier soir sur France 2, que les voix qui se sont portées sur elle n'étaient pas l'expression d'une souffrance, comme le dit Nicolas Sarkozy, mais un vote d'adhésion. A-t-elle raison ?

Je ne sais pas. C'est très difficile de savoir ce qui se passe dans la tête des électeurs. Ce que je constate, c'est qu'elle a fait un score important, et que les personnes qui ont porté les suffrages vers madame Le Pen ont voulu exprimé quelque chose. Les attentes qu'ils manifestent le plus souvent, ce sont des attentes en matière de sécurité.

Sont-elles satisfaites ces attentes ?

Ils ont des attentes, ils ont des espoirs supplémentaires. Et moi aussi je souhaite que nous fassions encore bien davantage, que nous soyons encore plus efficaces en matière de sécurité.

C'est une forme d'échec pour vous ?

Non pas du tout, au contraire. Je veux rappeler quand même que l'année dernière, il y a eu en France 680.000 faits de délinquance et de criminalité de moins qu'il y a dix ans.

Et il y a de plus en plus d'électeurs du FN...

Oui, mais il y a aussi. Vous ne m'avez pas permis d'aller jusqu'au bout. Je pense qu'il y a aussi des attentes, des angoisses, des inquiétudes en ce qui concerne un monde qui va très vite. Des attentes en matière de pouvoir d'achat, de l'insatisfaction à l'égard des partis de gouvernement, comme on dit généralement, qu'ils soient de droite ou de gauche. Et il faut prendre en compte toutes ses aspirations.

Mes électeurs, a-t-elle dit aussi hier soir, "veulent du protectionnisme, de la sécurité, un arrêt de l'immigration. La priorité nationale à l'emploi et au logement". C'est un concept que vous pourriez défendre ?

C'est un concept et ce sont des mots que je n'ai jamais utilisés et que je ne défends pas. Ceci dit, il faut être réaliste. J'ai dit à plusieurs reprises que compte-tenue de la situation de l'emploi en France, il fallait maîtriser l'immigration du travail, et il fallait la réduire. Et je ne l'ai pas seulement dit, mais je l'ai fait. L'année dernière, nous avons déjà diminué l'immigration de travail et l'immigration légale de 25%. Au premier trimestre de cette année, cette immigration diminue encore de 25%. Et très franchement, nous avons 2,8 millions de demandeurs d'emplois. Il convient d'être raisonnable. Il faut un petit peu de sagesse et de bon sens dans la gestion des affaires publiques.

Et ça n'est jamais assez, si l'on prend en compte l'augmentation du vote pour le Front National !

Mais l'immigration zéro, c'est quelque chose qui est tout à fait impossible à envisager. Il faut bien que, fidèles à notre tradition et à nos engagements internationaux, par exemple, nous accueillions les réfugiés en France. Il faut que nous accueillions des étudiants en France. Il faut que le regroupement familial, qui est une exigence internationale, puisse se faire, cela étant, dans des conditions rigoureuses.

Je parle de regroupement familial. Là aussi nous avons des résultats depuis 2007. Nous sommes passés de 25.000 personnes par an à 15.000 personnes par an en terme de regroupement familial. Eh bien c'est le signe que nous avons été plus rigoureux. Parce que afin que l'immigration réussisse, afin que l'intégration se fasse, nous exigeons que les personnes qui viennent puissent trouver un logement, puissent trouver des ressources qui sont offertes par le chef de famille, et puis nous allons exiger aussi que ces personnes, pour qu'elles puissent s'intégrer dans la société française, parlent le français avant d'arriver en France.

Et vous espérez avec ce discours attirer vers Nicolas Sarkozy beaucoup d'électeurs du FN.

Les électeurs du FN, comme de monsieur Bayrou vont devoir choisir. Et il leur appartiendra de dire, au regard des priorités qui sont les leurs, qui est le meilleur ou qui est le moins mauvais. Je vois mal les électeurs du Front national considérer que monsieur Hollande est celui qui va mieux défendre la sécurité des Français ou va être le meilleur rempart contre l'immigration irrégulière. Il a déjà dit très clairement qu'il allait être implacable, mais dans le même temps, qu'il allait régulariser. Et il a des références à cet égard.

Régulariser au cas par cas a-t-il dit, ce qui est un peu ce que vous faîtes...

Régulariser au cas par cas sur des critères clairs et incontestables a-t-il dit. Et c'est exactement les propos de monsieur Jospin lorsqu'il était au gouvernement. Le résultat, c'était 145.000 régularisations. Et lorsqu'on demande à madame Aubry ce que veut dire cette expression de monsieur Hollande sur les critères clairs et incontestables, eh bien elle déclare qu'il s'agit de faire comme en Espagne où il y a eu 700.000 mille régularisations. Donc je doute que les électeurs du FN considèrent que monsieur Hollande est le meilleur pour maîtriser les flux migratoires dans notre pays.

Le 26 février, vous avez dit, je vous cite : "Le Front national n'est pas un parti républicain". Le répèteriez-vous ce matin ?

Le FN est un parti, on l'a dit souvent, et je crois que l'expression est juste, qui apporte de mauvaises réponses à de bonnes questions. Et s'il y a eu dimanche dernier nombre d'électeurs qui se sont portés vers madame le Pen, 18% quand même, eh bien ça signifie qu'il y a des questions qui sont posées par un nombre important de Français qui sont aussi respectables que tous les autres.

Et vous y apportez de nouvelles réponses...

Non, je dis que c'est le FN qui apporte de mauvaises réponses. 

Est-ce que vous répéteriez que ce n'est pas un parti républicain ?

Mais c'est un parti qui est démocratique, ça c'est certain, mais c'est un parti qui ne s'inscrit pas dans la vision de la France et du monde qui est la mienne. Je ne veux pas d'une France qui se replie sur elle-même, qui se ferme au monde, et d'ailleurs le parti Front national pousse son raisonnement jusqu'au bout en demandant par exemple que la France sorte de la zone Euro. Ce serait un isolement certes, mais ce serait surtout une catastrophe économique, une explosion du chômage, et une récession forte annoncée.

Et donc ce n'est pas un parti républicain. Vous ne le répétez pas ce matin ?

Je dis que c'est un parti qui ne correspond pas à ma conception de la République.

Voilà. Vous ne répétez pas exactement la phrase que vous aviez tenue. Marine le Pen a évoqué le cas des élections législatives en disant que le FN était en situation d'être présent au second tour dans de nombreuses circonscriptions, et parfois opposé au seul parti socialiste. Et elle a cité NKM, qui est porte-parole du candidat Sarkozy, qui elle-même a dit, dans ce cas-là, FN/PS ? "Je n'hésite pas : je vote pour le candidat du Parti socialiste". Que feriez-vous dans ce cas de figure ?

D'abord, ce cas de figure ne se présente pas aujourd'hui.

C'est une question de principe. Elle est importante, puisque la porte-parole de Nicolas Sarkozy a cru devoir l'évoquer.

Nous sommes au pied du deuxième tour de l'élection présidentielle. Et mon travail c'est de faire en sorte avec beaucoup d'autres, et principalement avec le candidat lui-même, de faire en sorte que Nicolas Sarkozy soit élu car c'est l'espoir de la France.

Ce n'est pas le moment de répondre à la question que je pose ?

Vous permettez que je dise encore une phrase ? Je vais y répondre. Je pense qu'il y a pour les Français beaucoup de sujets d'inquiétude à avoir dans les prises de position de monsieur Hollande. Monsieur Hollande propose pour la France de la dépense publique, propose pour la France des impôts. C'est exactement le contraire de ce qu'il faut faire. C'est exactement le contraire de ce que tous les pays d'Europe ont décidé, de tous les pays du monde qui essayent de remettre l'économie mondiale sur les pieds.

Question de principe !

Alors sur le principe...

Front National/Parti socialiste au deuxième tour d'une élection législative, vous faîtes quoi ?

Je ne voterais pas pour le Front National.

"Le 1er mai, a dit Nicolas Sarkozy, nous allons fêter le vrai travail". En deux mots, le faux travail, c'est quoi ?

Le vrai travail, ça veut dire par la voix de Nicolas Sarkozy, clairement, la conception qu'il a de la défense du travail et de la valeur travail. Cette initiative a été contestée. Le travail, ce n'est pas le monopole de la gauche et des syndicats et le faux travail, ça veut dire simplement une définition du travail qui ne correspond pas à nos valeurs. Pour nous, le travail est quelque chose qui est une valeur fondamentale.

L'objectif, c'est de faire en sorte que la France travaille davantage pour produire plus de richesses. Et les Français comprennent bien que si l'on ne travaille pas, on ne peut pas produire de richesses. Et si l'on ne produit pas de richesses, eh bien le niveau de vie baisse, le pouvoir d'achat baisse, et je dirais qu'un certain nombre d'éléments de notre mode de vie qui sont considérables, comme nos régimes sociaux, ne peuvent que s'effondrer. C'est ça qu'il a voulu dire.

2012 et vous OK

par Jean-Michel AphatieJournaliste RTL
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2012-04-24 08:10:00
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