Claude Guéant : "Le climat de sécurité s'améliore à Marseille"

Le ministre de l'Intérieur, de l'Outre-Mer, des Collectivités territoriales et de l'Immigration répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mardi matin. Claude Guéant a affirmé que "le climat de sécurité s'améliorait" à Marseille, où "les habitants ne cessent de dire leur satisfaction", alors que deux faits divers sanglants sont survenus dimanche et lundi. "Un fait divers ne fait pas un climat général de sécurité dans une ville de cette importance", a argumenté le ministre, assurant que la police n'était "pas dépassée" à Marseille où elle avait fait "quelques coups de filet très remarquables dans des milieux de grand banditisme". Claude Guéant a, par ailleurs, a assuré qu'il n'avait "rien de commun avec le Front National" sur l'immigration, tout en répétant que "pour que l'intégration se fasse", il fallait "moins d'immigrés accueillis chaque année".

Claude Guéant sur RTL le 26 octobre 2011
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Claude Guéant sur RTL le 26 octobre 2011
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Claude Guéant, ministre de l'Intérieur, de l'Outre-Mer, des Collectivités territoriales et de l'Immigration : "Le climat de sécurité s'améliore à Marseille" Crédits : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Claude Guéant.

Claude Guéant : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

Victime d'une fusillade, hier matin à Vitrolles, dans les Bouches-du-Rhône, un fonctionnaire de police lutte ce matin contre la mort à Marseille. Marseille encore où des malfaiteurs ont braqué un magasin, hier après-midi, avec des fusils mitrailleurs. L'un de ces malfaiteurs a été tué dans un échange de tirs avec des policiers. Et samedi, à Cannes, c'est un bijoutier qui a été tué par des malfaiteurs. Cette vague soudaine de violences saisit l'opinion publique. La police est-elle dépassée par cette violence extrême, Claude Guéant ?

Non, la police n'est pas dépassée. A Marseille, de façon globale - il suffit d'interroger les élus marseillais, les habitants de Marseille -  les choses depuis quelques mois, s'améliorent très sensiblement. Le climat de sécurité revient en ville et les habitants ne cessent de dire leur satisfaction. Ceci dit, c'est vrai...

... On peut être étonné par vos propos.

Mais non, vous ne pouvez pas être étonné ! C'est la délinquance en général, mais un fait divers ne fait pas un climat général de sécurité dans une ville de cette importance.

Alors, c'est vrai, c'est vrai... J'ajoute que la police a fait quelques coups de filet très remarquables dans des milieux de grand banditisme, ces dernières semaines. Ceci dit, c'est vrai, qu'il y reste à Marseille un certain nombre de voyous qui sont puissamment armés, qui tirent pour un oui, pour un non ; et c'est un risque auquel il faut que la police fasse face. C'est tout à fait clair.

Ce sont de vieilles expressions, Claude Guéant ; mais on a de nouveau l'impression du retour d'un sentiment d'insécurité !

C'est vous qui le dites, Jean-Michel Aphatie. Je prétends qu'à Marseille et je vous invite à aller faire un reportage sur place, le climat de sécurité s'améliore. C'est le sentiment qu'éprouvent les gens ; mais il n'empêche que nous avons ces agressions très violentes et il faut que nous y répondions, ça c'est tout à fait évident.

J'ajoute que de façon générale, puisque vous évoquiez le climat d'insécurité de façon indistincte ; eh bien, les vols à main armée en France sont en recul comme ils l'étaient l'année dernière. Et en recul sensible.

Voilà, c'est ce que je disais : c'est un vieux débat.Les statistiques peuvent dire des choses et puis, on peut ressentir la situation différemment.

Oui, oui, non mais c'est vrai que des faits divers aussi violents que ceux qui sont survenus à Marseille impressionnent à juste titre l'opinion et donnent le sentiment que quelque chose ne va pas. Et c'est vrai que quelque chose ne va pas. Il faut que la police fasse son travail, y compris contre ce type de banditisme.

Yves Calvi recevra dans un quart d'heure Michel Unik, qui est le frère jumeau...

... Oui.

...Du bijoutier assassiné à Cannes, samedi. Beaucoup de petits commerces qu'il s'agisse de bijouteries, de bars tabac, des commerces de proximité sont aujourd'hui victimes d'agresseurs qui veulent prendre les quelques euros qui se trouvent dans la caisse. C'est un phénomène qui vous inquiète ?

Oui, là aussi, il faut faire des distinctions. Quelques jours auparavant, à Lyon, un buraliste avait été agressé. Les auteurs de l'agression ont d'ailleurs été immédiatement arrêtés dans le quart d'heure qui a suivi. Dans les débits de tabac, les agressions reculent très sensiblement. En revanche, dans les bijouteries, c'est vrai que le nombre de vols à main armée augmente parce que le prix de l'or augmente.

J'ai reçu au mois d'avril dernier les représentants de la profession, je les recevrai à nouveau cette semaine. Nous avons un certain nombre de mesures ensemble pour mieux protéger, mieux alerter lorsque quelque chose ne va pas ; mais il faut continuer à être très, très vigilant.

Il faut chercher à sécuriser spécialement les bijouteries puisqu'on dit que le commerce de l'or étant ce qu'il est...

... Ah oui, oui... Oui, oui, le prix de l'or augmente et par conséquent, ça augmente la convoitise des voyous à l'égard des bijouteries. Et donc, il faut que l'on trouve la parade ; et ces parades sont notamment dans le domaine de l'équipement, dans le domaine de l'équipement de prévention de ces commerces et ça se déploie actuellement.

Le policier que j'évoquais, ce matin, lutte toujours contre la mort à Marseille ?

Oui, il est toujours effectivement avec un pronostic vital réservé.

Et les malfaiteurs qui l'ont blessé, continuent, eux...

L'un d'entre eux a été tué par un de ses complices d'ailleurs puisque aucune balle policière n'a été tirée dans cette affaire. Et la police judiciaire, évidemment, a mis en place tous les moyens pour retrouver les auteurs.

Vos déclarations récentes vous placent au centre du débat politique, Claude Guéant. Dimanche, vous avez évoqué les 200.000 immigrés qui rentrent, chaque année, en France, en disant : "C'est trop !" Et hier matin, dans un communiqué, Marine Le Pen, la présidente du Front National, vous dit "merci". Merci d'avoir repris ce qu'elle dit elle-même depuis des années : trop d'immigration. Ce "merci" de Marine Le Pen vous gêne-t-il, Claude Guéant ?

Marine Le Pen a ses propres thèses ; ce ne sont pas du tout les miennes. En matière d'immigration, je me souviens que voici quelques jours, elle a proposé que la France n'accepte plus que 10.000 immigrés légaux par an ; ce qui signifie qu'on ne pourrait plus accueillir d'étudiants, qu'on ne pourrait plus accueillir les demandeurs d'asile. C'est tout à fait évidemment impossible et ce n'est pas du tout le point de vue qui est le mien. Voici déjà plusieurs mois, j'ai proposé que l'on réduise de 10% le nombre d'immigrés légaux en France sur la durée d'une année : donc que l'on passe de 200.000 à 180.000.

Pourquoi ? Tout simplement parce que nous souhaitons, je souhaite que la France reste un pays unitaire. Un pays qui obéisse quels que soient les habitants qui sont concernés, à une loi commune. Je refuse les communautarismes, je ne veux pas que se développent des communautés qui vivent selon des références qui ne sont pas celles de la République Française. Il faut que la France reste un lieu d'accueil, de brassage dans lequel une règle de vie commune soit respectée par tous et il faut donc que les personnes qui sont admises sur notre sol venant de l'étranger, s'intègrent à la société française. Et c'est plus facile de s'intégrer si on est un peu moins nombreux que si on est plus nombreux. C'est tout simple.

Mais quand vous dites : "C'est trop !". Pour les immigrés qui rentrent en France, les subtilités de votre raison ne passent pas. Vous connaissez les codes de la communication politique ?

Mais vous me donnez l'occasion de préciser les choses. C'est une vraie vision de la société française que je développe. Je dis qu'il faut une meilleure maîtrise des flux migratoires et que pour que l'intégration se fasse, ce qui est de l'intérêt des Français, ce qui est de l'intérêt des personnes que nous accueillons, eh bien, il faut qu'il y ait moins d'émigrés accueillis chaque année. C'est extrêmement simple et il faut que fasse l'effort de s'intégrer, nous que nous fassions l'effort de nous intégrer, tout cela pour que nous ayons une société harmonieuse. C'est tout simple.

"Libération", ce matin, vous stigmatise, Claude Guéant.

Oui, j'ai vu ça. Oui, oui.

"Guéant - La voix de Le Pen"

Oui, j'ai vu ça.

Comment avez-vous réagi en le voyant ?

Ecoutez, j'ai tendance à considérer que "Libération" ne sait plus quoi faire pour retrouver les lecteurs qu'il a perdus parce que vraiment, je n'ai rien à voir avec le Front National, rien de commun avec le Front National ; et je dois dire qu'il y a, bien sûr,  beaucoup de Français qui sont en attente, en matière de sécurité, en matière de maîtrise de l'immigration, mon devoir de ministre de l'Intérieur c'est de répondre à ces préoccupations, d'y répondre d'une façon républicaine et c'est ce qui me différencie fondamentalement du Front National.

Vous souffrez de l'image qui est la vôtre, aujourd'hui, dans le débat politique français, Claude Guéant. Par exemple, Benoît Hamon, hier : "Monsieur Guéant s'ébroue sur le terrain du Front National en permanence et il ne s'ébroue plus que sur ce terrain-là".

Monsieur Hamon devrait être plus attentif parce qu'il pourrait observer aussi ce que je fais en matière de sécurité, par exemple. Je suis à peu près certain que cette année, pour la neuvième année consécutive, la délinquance va reculer dans notre pays. Bon, c'est quelque chose qui compte.

Dans le domaine de l'immigration, il pourrait observer les efforts que nous faisons pour la meilleure intégration des gens. Des gens mieux intégrés sont des gens plus heureux qui ont plus de chance de réussir dans notre société, qui donnent plus de chance à leurs enfants aussi. Alors, monsieur Hamon, dans l'excès...

... Vous souffrez d'être stigmatisé ?

Eh bien, ça ne me fait pas plaisir, bien évidemment ; mais l'excès condamne les propos par lui-même.

Vous parlez beaucoup d'immigration. Vous n'en parlez pas trop, Claude Guéant ?

Eh bien, j'en parle parce que c'est mon travail et c'est un sujet qui préoccupe beaucoup les Français. Moi, je vais beaucoup sur le terrain ; j 'y suis au moins trois fois par semaine et toujours, j'observe que quels que soient les milieux que je rencontre, les Français sont très préoccupés par cette affaire-là. Ils attendent que nous apportions des réponses à leurs préoccupations. Et le devoir d'un gouvernement, c'est d'apporter des réponses.

Et je pense que tout le monde devrait être content, y compris les socialistes, y compris monsieur Hamon qu'un parti républicain puisse ré-intéresser la population plutôt que de laisser notre peuple aller vers le Front National, un Parti qui n'est pas républicain.

Mais d'après les sondages, il y va quand même !

Ah, ils n'augmentent pas.

Claude Guéant, le ministre de l'Intérieur, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée !      
   
2012 et vous

par Jean-Michel AphatieJournaliste RTL
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