Bernard Thibault : "Oui, j'ai fêté la défaite de Nicolas Sarkozy"

VIDEO - Le secrétaire général de la CGT répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie lundi matin. Bernard Thibault a estimé "indispensable de discuter des modalités d'application" du premier décret que François Hollande doit publier pour permettre de revenir à la retraite à 60 ans, une mesure qualifiée d'"événement en Europe".

Bernard Thibault sur RTL le 1er mars 2012
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Bernard Thibault sur RTL le 1er mars 2012
Philippe Corbé >
Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT : "Oui, j'ai fêté la défaite de Nicolas Sarkozy" Crédits : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Bernard Thibault.

Bernard Thibault : Bonjour.

Vous souhaitiez la défaite de Nicolas Sarkozy, vous  avez débouché le champagne dimanche dernier ?

Non, je ne suis pas un adepte du champagne.

Ou autre chose... Vous avez fêté ça, ça s'arrose ?

Bien sûr, évidemment comme des millions de Français je suppose.

Vous étiez heureux ?

Attendez, on a suffisamment été repérés, on a été soit été acclamés, soit critiqués, je pense au meeting du Président de la République, pour ne pas manifester une certaine satisfaction, vu le verdict prononcé par les électeurs.

La CGT a commis un faux pas, c'est Laurence Parisot qui disait ça jeudi dans "Les Echos".

Oui, peut-être qu'elle a aussi commis un faux pas en considérant que le quinquennat de Monsieur Sarkozy avait été cinq années de bonheur pour le patronat. Ça n'a manifestement pas contribué à sa réélection.

Première réforme attendue de François Hollande, la retraite à 60 ans, pour les personnes qui ont cotisé 41 ans, un décret être pris assez rapidement. Souhaitez-vous Bernard Thibault, membre de la CGT, être consulté avant que ce décret ne soit pris.

Oui, oui j'imagine que ça sera dans le cours de choses, puisque le Président de la République, dernièrement élu, a affirmé à maintes reprises, que sur les questions sociales, en terme de dialogue social, il souhaitait renouer quelque part avec les organisations syndicales.

Donc sur cette réforme, vous demandez à être consulté avant qu'elle ne soit prise.

J'espère bien que c'est dans le cycle naturel de préparation des premiers textes, dès lors qu'il s'agit d'un décret permettant de revenir sur des dispositions concernant la retraite, autrement dit réinstaurer le droit au départ à 60 ans, pour une certaine catégorie de Français, il est indispensable de discuter des modalités d'application. Et chacun a repéré qu'il y avait certaines zones de flou. Je vais le dire comme ça pour l'instant.

Pas forcément de flou ! François Hollande ici l'avait précisé lors de la question d'un auditeur sur RTL, les auditeurs de RTL, sont très bons, vous allez voir ça tout à l'heure, et bien François Hollande, on prendra en compte les trimestres cotisés, et pas les trimestres validés, c'est à dire qu'on n'intègrera pas le chômage, maladie, maternité. Il y a un point de désaccord, avec vous.

Oui, ça sous-entendrait qu'on ait une forte discrimination sur les règles applicables de départ en retraite, en fonction des générations de salariés. Ça soulève toute une série de questions.

Un problème constitutionnel ?

Moi, je ne désespère pas, et j'espère même qu'au vu de ces échanges, puisque je souhaite qu'il y ait échange sur ces premiers décrets, nous réussissions à convaincre que les modalités d'application doivent être plus larges que celles qui ont été annoncées jusqu'à présent. 

Et plus largement, vous souhaitez un retour à la retraite à 60 ans pour tous les salariés ?

Nous l'avons réaffirmé à l'occasion d'un meeting national en début d'année.

Vous y croyez, on a les moyens financiers de faire ça ?

Mais ce n'est pas qu'une question de moyens financiers. Par exemple...

Pas que... Mais aussi !

Bien sûr, évidement. Mais on a des propositions, on a apporté des propositions à l'époque. Si 70% des Français désapprouvaient la réforme de Nicolas Sarkozy sur les retraites, au moment où le Parlement a été saisi, c'est que chacun avait bien conscience que tout n'avait pas été examiné, y compris sur des mécanismes de financement, autres évitant d'allonger la durée de travail de ceux en activité. On ne peut pas dans un pays à fort taux de chômage chez les jeunes, fort taux de chômage chez les seniors accroître sans cesse, reculer sans cesse l'âge de départ en retraite.

Et en ce sens, le premier décret du gouvernement de monsieur Hollande, ce sera un événement en Europe. Ce sera la première fois depuis très longtemps, qu'un gouvernement reviendra en arrière, sur ce cycle infernal d'un recul sans cesse de départ de l'âge de départ en retraite. Donc, il y a pour nous d'autres voies possibles, le tout étant d'obtenir un cadre de négociations, de véritables négociations permettant d'examiner toutes les pistes possibles en présence. Mais nous sommes, je le redis, favorables à un retour du droit au départ en retraite à 60 ans et surtout, et surtout une reconnaissance des métiers pénibles.

On ne pas négliger non plus les difficultés financières importantes dans lesquelles nous nous trouvons, et dans lesquelles se trouve notamment l'Europe ? Vous n'en parlez jamais, mais elles existent.

Elles reposent surtout ces difficultés financières sur le taux de chômage.

Sur le surendettement des états et de leurs difficultés à faire face à leurs engagements, ce qui créent...

... Oui, mais dès lors qu'on est sur des taux de chômage pour les plus jeunes ou pour les plus anciens à ce niveau là, qu'on est sur des taux de précarité, le nombre de personnes qui est à temps partiel, si on ne s'attaque pas à tous ces sujets-là, effectivement le système de protection sociale, notre modèle social est menacé, c'est évident.

Sur le Smic, qu'est-ce que vous demandez au gouvernement ?

Notre référence, c'est 1.700 euros de Smic...

... 1.700 euros...1.400 aujourd'hui... 1.700 que vous demandez, que vous n'aurez pas. Vous pensez que vous l'aurez ?

On nous disait qu'on n'était pas sûr de changer de président de la République, on a changé de président République. Comme quoi, il faut éviter les paris ...

Le Smic à 1.700 euros, vous y croyez ?

Il y a aujourd'hui un salarié sur deux qui ne gagnent pas 1.500 euros... Pas 1.500 euros !

Nets... Mais là 1.700 euros, pour qu'il n'y ait pas de confusion, pour ceux qui nous écoutent, c'est le Smic à 1.700 euros brut.

Brut, et oui, nous pensons que c'est le minimum décemment pour faire face...

Et vous pensez que vous serez entendus par le gouvernement ?

Ah ne nous ne pensons pas qu'il suffit de demander au gouvernement, pas plus à celui-ci qu'aux autres pour obtenir satisfaction. Il y a place à l'intervention syndicale, il y a place à la mobilisation syndicale. Ce qui est important, puisque nous sommes dans un pays où il y a un salaire minimum, ça n'est pas le cas dans tous les pays d'Europe, donc là, il y a un acte politique possible du gouvernement, déjà sur le montant du Smic, mais plus largement sur les conditions d'application, parce qu'il se trouve qu'au delà de la décision politique, il n'y a pas forcément une application immédiate dans les différentes branches professionnelles. Donc, il y a aussi au-delà du montant du Smic, à fixer des mécanismes plus automatiques, qui fassent qu'aucune entreprise ne rémunère ses salariés en-dessous du Smic. Ça se pratique encore aujourd'hui.

Ce n'est pas vous qui nommerez le Premier ministre, Bernard Thibault...

Non. Et je ne le revendique pas.

Vous êtes indifférent au choix du Premier ministre, ou vous avez une envie...

Non pas de préférence...

On attendra...

Je sais d'expérience que les différents profils, ça ça appartient au Président de la République, on fera avec le gouvernement, qui je l'espère occupera une place plus importante que dans la manière de fonctionner de l'ancien Président de la République. Mais là aussi, j'ai cru comprendre que François Hollande avait le souhait de rééquilibrer les pouvoirs différents acteurs dans nos institutions.

On suivra ça attentivement. En revanche vous avez peut-être votre mot à dire sur votre succession, Bernard Thibault, votre mandat se termine en mars de l'année prochaine...
 
Ça c'est pas le Président de la République qui va décider...

Il faut dire que c'est assez opaque, ces successions..Alors, j'ai une ou deux questions...

Si vous étiez adhérent de la CGT, monsieur Apathie, peut-être que vous en sauriez un peu plus.

Si j'étais adhérent, ou si j'étais membre des instances supérieures ?

Si vous étiez effectivement parmi les dirigeants habilités dans nos instances à voter sur cette question...

C'est ça, c'est ça ! Eric Aubin, le "monsieur retraites" de la CGT, est-il candidat à votre succession ?

Il n'y pas de candidat déclaré, mais je pense qu'il est dans une attitude de postulant, on peut le dire comme ça.

Nadine Prejean qui dirige la Fédération de la Santé, l'est aussi ?

Oui, on a 54 dirigeants, je ne vais pas tous les évoquer ce matin..

Il n'y a pas 54 candidats... Alors qui ?

Il y a une procédure de consultation, à terme, et vous comprendrez que je réserve à la fois mes appréciations, et mes propositions pour les instances internes.

C'est vous qui choisissez votre successeur ?

Non, c'est pas moi, c'est le comité confédéral national, c'est à dire les représentants des fédérations professionnelles et des unions départementales.

Vous avez un préféré ?

Il y a une procédure de consultation, et je donnerai mon opinion et j'émettrai ma proposition à la fin du mois de mai. Vous connaîtrez la décision de la CGT, le 31 mai.

Elle est faite votre opinion ?

Elle est en cours, elle se construit progressivement.

Donc elle est faite. Juste une dernière question, vous avez témoigné d'une certaine sympathie pour Jean-Luc Melenchon durant la campagne présidentielle. Vous pensez quoi de son affrontement, sa décision d'aller à Hénin-Beaumont.

Je n'ai pas à apprécier, l'opportunité qu'ont tels ou tels candidats, ou les choix qu'ils peuvent faire quand à la localisation...
   
Vous le faîtes parfois...

Non, non..Vous ne me verrez pas commenter le choix de responsable politique de se présenter dans telle ou telle circonscription. Ça n'est pas l'objet du syndicat.
2012 et vous

par Jean-Michel AphatieJournaliste RTL
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