Un nouveau président, la Grèce, l'Espagne 07/05

François Hollande a été élu hier président de la république française. Les Grecs ont renouvelé hier leur parlement. Les Espagnols vivent dans l’inquiétude. Et ces trois éléments sont étroitement liés les uns aux autres.



La victoire de François Hollande est incontestable. Assez faible, cependant. Il sera le premier président élu au suffrage universel à ne pas avoir recueilli une majorité des suffrages exprimés. Par ailleurs, son écart avec Nicolas Sarkozy n’est pas écrasant pour ce dernier. Mais sa victoire est réelle, son mandat solide grâce à des institutions ingénieuses, et sa légitimité pour agir pleine, entière et reconnue par tous.

Son action à la tête de l’Etat sera le produit de ses engagements de campagne, de son tempérament, du résultat des élections législatives françaises qui se dérouleront les 10 et 17 juin, et aussi de l’environnement international, notamment européen.

Nous l’avons un peu oublié durant les longs mois de la campagne électorale, mais la France n’est une île protégée des vents du monde. Lesquels, les vents, sont mauvais, voire très mauvais.

Hier, les citoyens grecs ont renouvelé leur parlement. Le résultat, qui n’est inattendu, est catastrophique. Le peuple qui a toujours raison s’est massivement détourné des deux partis centraux, droite et gauche, qui ont gouverné le pays depuis trente ans, accordé plus de 15% des suffrages à la gauche radicale et permis aussi l’entrée au parlement d’un parti ouvertement nazi.

Ne détaillons pas ces résultats quoi appartiennent au peuple grec qui a toujours raison. Ne relevons même pas ce fait historique bouleversant et effrayant que représente l’entrée dans un parlement de la vieille Europe d’adorateurs d’Adolf Hitler, une première depuis 1945. Ne posons pas la question, à partir de cela, de la légitimité de la présence de la Grèce dans l’Europe unie.

Concentrons-nous plutôt sur la lecture française des élections grecques. Au hasard, parce que c’est la première réponse sur Internet à la recherche « Grèce législatives », ce titre du Télégramme.com

Grèce, législatives : un vote anti austérité

Ce titre est juste, mais il ancre dans nos consciences une idée fausse : la Grèce en serait là où elle en est par notre faute, parce que nous lui avons imposé, l’Europe et la finance réunies, une cure d’austérité. Ce qui est outrageusement mensonger.

La Grèce s’est gouvernée toute seule comme une grande. Puis un jour, à bout de ses propres tricheries, elle s’est rendu compte qu’elle ne pouvait plus rembourser la masse des emprunts qu’elle avait contractée. Les autres pays européens, plutôt que de l’abandonner, ont cherché à rééchelonner sa dette, d’une part en lui apportant 240 milliards d’euros d’argent frais, remboursables un jour, peut-être, d’autre part en incitant le secteur privé, banques, fonds de pensions, acteurs financiers, à abandonner 100 milliards d’euros de créance.

En deux ans, sous l’impulsion des autorités européennes, 340 milliards d’euros ont été apportés à la Grèce. Ce qui n’a aucun précédent dans le monde connu et inconnu. En contrepartie, car les contreparties sont dans ces cas-là inévitables, il a été demandé aux autorités grecques d’ajuster ses dépenses à ses recettes. Et même, dans le cas de la Grèce, d’en finir avec cet incivisme profond qu’a représenté et représente toujours dans ce pays la fraude aux impôts. Ce sont ces demandes, légitimes au regard des sommes colossales, qui entraînent le marasme que l’on connait en Grèce, marasme dont on peut comprendre qu’il est insupportable pour une partie importante de la population, mais marasme dont il est criminel pour les autre pays de faire porter la responsabilité sur les prêteurs de la Grèce qui en sont aussi les sauveteurs.

Or, c’est ce que ne nous faisons en France. Si la Grèce s’avère aujourd’hui ingouvernable, c’est de notre faute, puisque nous lui imposons une cure évidemment trop sévère d’austérité.

Cette perspective intellectuelle fausse ne peut conduire qu’au relâchement d’un effort proche de l’insoutenable. Mais renoncer à cet effort aurait pour conséquence l’écroulement de la Grèce, qui pourrait bien entraîner le nôtre.  

Comment réagira le nouveau pouvoir français face à l’ingouvernabilité de la Grèce ? Que dira-t-il ? Quelles mesures soutiendra-t-il ? Cherchera-t-il ou non à s’accorder avec l’Allemagne ? Avec le reste de l’Europe ?

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Et pendant ce temps, l’Espagne poursuit sa dégringolade. Ce pays détruit 150.000 emplois par mois, quand nous qui nous angoissons de la montée du chômage en détruisons entre 10.000 et 20.000 par mois.

La vérité est simple à énoncer, effrayante à admettre. L’économie de l’Espagne est en train de disparaitre. Bientôt, peut-être très vite, nous serons obligés d’aider l’Espagne qui ne pourra plus, elle non plus, honorer les échéances de sa dette. Il faudra débloquer des centaines de milliards et faire face, alors, un renchérissement important des taux d’intérêt, ce dont la France, au premier chef, souffrira terriblement.

Ce contexte-là comprime jusqu’à les supprimer les très maigres marges de manœuvres du nouveau pouvoir français. Ceci n’est pas écrit de gaieté de cœur. Ceci est même écrit avec une peine infinie. Mais nier la réalité est infiniment moins satisfaisant que l’affronter.

Existe-t-il une autre politique ? Personnellement, je n’en connais qu’une. Poursuivre la fuite qui est la nôtre depuis trente ans, par la nôtre entendez celle des pays occidentaux, pas seulement la France, procéder comme nous l’avons si souvent fait par une addition d’emprunts nouveaux avec l’espoir chimérique d’une relance qui ne vient jamais à cause de fondations vermoulues et prendre ainsi le risque de détourner définitivement de nous ce monde honni de la finance sans lequel nous nous serions écroulés depuis longtemps.

Ecrire ceci n’est ni populaire, ni majoritaire. C’est aussi désagréable à écrire que cela l’est probablement à lire. C’est inutile, pour une large part, car trop de personnes, de citoyens, de journalistes, de responsables politiques, se détournent de la réalité qui nous environne. On peut donc se demander quelle perversité de la pensée pousse, ce matin, à le faire encore, car ce n’est pas ici la première fois que de telles choses sont écrites.

Il serait, évidemment, beaucoup plus facile et gratifiant d’écrire ce qui est par ailleurs une réalité. Un nouveau président va entrer en fonctions en France. Il a fait, globalement, une belle campagne. A défaut d’un état de grâce, il bénéficiera durant un certain temps d’une forme de bienveillance républicaine. A lui de l’utiliser correctement. Le président sortant a fait preuve, hier, d’un esprit républicain dont la société française a bien besoin.

Tout ceci conduit à une conclusion que nous pourrons tous partager, car c’est notre destin qui est en jeu : bonne chance M. le président.

   

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Un nouveau président, la Grèce, l'Espagne 07/05
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François Hollande a été élu hier président de la république française. Les Grecs ont renouvelé hier leur parlement. Les Espagnols vivent dans l’inquiétude. Et ces trois éléments sont étroitement liés les uns aux autres.
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2012-05-07 10:35:00