Référendum grec, avenir de l'euro et toujours Jean-Luc Mélenchon 01/11

Le premier ministre grec a décidé de soumettre à référendum l’accord européen concernant le traitement de la dette de son pays. Une décision normale et qui pourtant s’apparente à l’introduction d’une bombe nucléaire au cœur du système monétaire européen. C’est à des détails de ce type que l’on comprend combien l’époque est formidable.




Le référendum grec annoncé hier est légitime. La droite grecque condamne l’accord trouvé jeudi à dernier à Bruxelles entre les dirigeants européens. Le gouvernement grec ne peut donc se prévaloir d’un consensus partisan. Par ailleurs, les citoyens grecs qui subissent des coupes de salaires, ou de traitements de leurs retraites, ou le chômage pour eux-mêmes et pour leurs proches, témoignent eux aussi une forte hostilité à la politique menée par le gouvernement sous l’injonction des partenaires européens.

Dans ces conditions, on peut comprendre, et on doit admettre, le recours au référendum. Il appartient au peuple de dire ce qu’il souhaite. L’Europe a voulu aider la Grèce et se montrer solidaire à son égard. La Grèce, endettée par les errements et les mensonges de ses gouvernements successifs, pénalisée par le manque de civisme de ses propres citoyens, renâcle devant les conditions très dures qui sont imposées aux habitants de ce pays. Soit. Respections leur opinion. Il appartient maintenant aux Grecs eux-mêmes de dire s’ils refusent ou s’ils acceptent l’aide proposée. La procédure est démocratique, légitime. Elle-même, vu l’état du débat grec, utile et indispensable.

Première conséquence immédiate : la paralysie. Le premier ministre grec a indiqué que le référendum aura lieu au début de l’année prochaine. D’ici là, rien ne se produira donc sur la scène européenne qui pourra tempérer la nervosité des marchés financiers, ces salauds qui aident l’occident à faire les fins de mois depuis trente ans. Le prix à payer pourra être lourd, mais tout le monde se retrouve pris au piège.

Imaginons maintenant le résultat du référendum. Le « oui » l’emporte. Ce n’est pas le plus probable, loin de là. Le fardeau grec se trouve allégé de 100 milliards, si du moins les banques et autres institutions financières se sentent toujours liées par l’accord du 27 octobre. Avec des difficultés, la Grèce peut espérer commencer son travail de reconstruction.

Le « non » l’emporte. C’est très possible. Et c’est aussi une catastrophe. Ceci équivaut pratiquement à une cessation de paiement de la Grèce. Plus craintifs que jamais, les marchés financiers, ces salauds qui font nos fins de mois depuis plus de trente ans, rechignent à prêter. Les taux d’intérêts grimpent en flèche. L’Italie est asphyxiée. La France aussi. D’autres aussi bien évidemment. Crise monétaire maximum. Sous quelles formes ? Indicibles aujourd’hui. Mais dans le bordel ambiant, on peut prévoir une paralysie bancaire, un tarissement du crédit, une chute de la production, une panne de croissance, une flambée du chômage, et d’autres bonnes nouvelles de cet acabit.

Pour rire, on pourra dire : merci la Grèce. Mais le rire sera jaune, comme le monde bientôt.

Un jeu amusant à propos de ce référendum. Quelle sera la position des principaux dirigeants français pour le référendum grec ? Prôneront-ils le « oui » ou le « non » ? Pour l’UMP, ce sera probablement le « oui », et pour le PS aussi, encore que quelques troupes pourraient manquer à l’appel. Le Front national préférera presqu’à coup sûr le « non ». Les Verts, personne n’en sait rien, pas même eux. Quant à Jean-Luc Mélenchon… Passionnant, le cas Mélenchon au filtre de l’épisode grec. Analyse.

Jean-Luc Mélenchon est favorable à l’euro quand les communistes qui soutiennent sa candidature à l’élection présidentielle y sont opposés. Déjà, pas simple. Cependant, tous sont d’accord pour critiquer le plan de réduction de la dette grecque adopté à Bruxelles au motif qu’il met à la torture le peuple grec, ce qui n’est pas faux. Logiquement donc, le Front de gauche qui réunit Jean-Luc Mélenchon et les communistes devraient souhaiter la victoire du « non » au référendum grec. Avec le front national. Et avec la droite grecque. Et au risque de l’explosion nucléaire que pourrait déclencher la victoire du « non » en Grèce, dont les victimes alors ne seraient sûrement pas que du côté de la bourgeoisie.

Intéressant, non ?

Tiens, j’en profite puisque je parle de Jean-Luc Mélenchon, je continue. Je suis très attentif, les fidèles de ce blog le savent, au comportement du candidat à l’élection présidentielle avec les journalistes. Vous trouverez ici le récit de deux journalistes des Inrockuptibles. Ils racontent comment Jean-Luc Mélenchon s’est énervé après eux. C’était la semaine dernière. Il buvait un verre avec Brice Hortefeux, lors d’une interruption de séance au parlement européen. Surpris d’avoir été vu en compagnie de l’ancien ministre de l’Intérieur, il s’en est pris à eux, ils le racontent, d’une manière qui les a surpris car eux même confessent n’avoir pas vu malice particulière à la scène dont ils étaient les témoins.

Ceci nous ramène encore une fois à la conception du réel dont témoigne, épisode après épisode, Jean-Luc Mélenchon. Ce réel que le candidat cherche en permanence à ordonner, à recomposer, pour des raisons au fond que personne ne connait ni ne comprend. Il voudrait tout maîtriser, l’image qu’il produit et les questions qu’on lui pose. Tout jusqu’à ne plus parvenir à dissimuler tout à fait ce qui apparait comme une obsession qui le ronge et le met en colère, à en croire du moins le récit des journalistes des Inrock.

Ce comportement surprend. Il suggère aussi des interrogations solides et profondes sur le rapport aux mécanismes démocratiques que nourrit Jean-Luc Mélenchon. Un responsable politique doit accepter que les journalistes déterminent librement le contenu de leur papier comme celui de leurs questions. Certes, leur travail peut être soumis à la critique, il serait d’ailleurs inconcevable d’imaginer qu’il ne le soit pas. Mais quand celle-ci est récurrente, permanente, qu’elle porte en outre le plus souvent sur des aspects futiles, alors oui, on peut s’interroger sur la démarche même de celui qui les véhicule.

Notons toutefois une exception pour Jean-Luc Mélenchon. La forme de violence qu’il oppose aux journalistes en général disparait lorsqu’il est confronté aux journalistes de TF1. Il fut d’une courtoisie extrême avec Claire Chazal au mois de juin dernier, laquelle l’avait convié dans son vingt heures dominical. Et récemment encore, il fut charmant avec Laurence Ferrari qui l’interrogeait dans le cadre de son émission politique « Parole directe ».

TF1 produirait-elle l’information dont rêve en secret Jean-Luc Mélenchon ? C’est à des détails de ce type que l’on comprend combien l’époque est formidable.

VOUS AIMEREZ AUSSI
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

article
7771228452
Référendum grec, avenir de l'euro et toujours Jean-Luc Mélenchon 01/11
Référendum grec, avenir de l'euro et toujours Jean-Luc Mélenchon 01/11
Le premier ministre grec a décidé de soumettre à référendum l’accord européen concernant le traitement de la dette de son pays. Une décision normale et qui pourtant s’apparente à l’introduction d’une bombe nucléaire au cœur du système monétaire européen. C’est à des détails de ce type que l’on comprend combien l’époque est formidable.
http://www.rtl.fr/actu/politique/aphatie-referendum-grec-avenir-de-l-euro-et-toujours-jean-luc-melenchon-01-11-7771228452
2011-11-01 10:18:00