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Questions posées aux journalistes 18/05

L'affaire Strauss-Kahn pose et suggère un nombre innombrables de questions. Sans doute la cause de la difficulté à écrire sur cette histoire hors normes. Sans paradoxes, le monde serait ennuyeux.

Faut-il ou non diffuser les images de Dominique Strauss-Kahn menotté? Oui, mais avec « la plus grande retenue », a dit hier le Conseil supérieur de l'audiovisuel, notre bienveillant gendarme à nous, les médias. Digne d'un sketch de Coluche, cette « plus grande retenue ». Soit tu diffuses, soit tu ne diffuses pas. Soit il est légal de diffuser, soit il n'est pas légal de diffuser. Montrée une fois, l'image produit les dégâts que l'on redoute.

Donc la question est bien de savoir si l'on peut interdire la diffusion des images en France, notamment en s'appuyant sur la loi française qui le fait à propos des personnes non reconnues coupables, et donc présumées innocentes. La réponse est simple: non. Ces images existent, elles circulent à travers la planète. Difficile d'imaginer en interdire la diffusion dans l'hexagone à l'heure d'Internet, à l'heure aussi d'une certaine maturité de  l'opinion publique. Donc, faux débat. Donc, hypocrisie drolatique du CSA.

Tiens, la présomption d'innocence. Le concept est intellectuellement juste mais pratiquement difficile à appliquer. Les responsables socialistes, par exemple, ont-ils tenu Eric Woerth pour présumé innocent en demandant à longueur de journée durant trois mois sa démission à cause de l'affaire Bettencourt? Si vous répondez oui, l'espace de commentaires vous permettra d'argumenter ce qui n'apparait pas comme une évidence.

Les journalistes savaient, à propos de l'attirance de Dominique Strauss-Kahn pour les femmes. Oui, c'est vrai. Les dirigeants socialistes aussi. Nous savions même, je crois qu'on peut l'écrire ainsi, la lourdeur de ses insistances assez éloignées de ce que l'on appelle généralement la séduction. Ceci a d'ailleurs été écrit, un peu, lors de sa nomination à la tête du FMI, le papier le plus spectaculaire sur le sujet étant signé par un journaliste de Libération, Jean Quatremer. Ecrit encore à l'occasion de la passade adultère de DSK avec sa collègue hongroise du FMI.

Mais fallait-il, à partir de cela, enquêter et décrire la vie sexuelle de Dominique Strauss-Kahn? La presse peut-elle entrer ainsi dans la vie privée des personnages publics? En a-t-elle la légitimité?

Réponse: non. Si une transgression de la loi n'est pas repérée, si des victimes ne se manifestent pas, si aucune histoire ne signale la violence, ou toute autre forme de transgression du consentement dans des échanges entre adultes, alors la presse ne peut pas, d'elle même, évoquer une vie sexuelle débridée. Si des journalistes ne sont pas d'accord avec ce point de vue, ils en ont le droit, alors qu'ils démontrent par leur travail la validité de l'opinion inverse.

Je fus naguère convive d'une tablée où une femme raconta des violences dont elle aurait été victime de la part de Dominique Strauss-Kahn. Le film de ce dîner est visible sur Internet. Mais ce qui est visible n'est qu'une partie du dîner.

Hier en fin d'après-midi, une femme se présentant comme journaliste d'un site Internet m'appelle sur mon téléphone portable. Je ne connais pas cette personne qui me dit être journaliste. A peine s'est-elle présentée, tellement vite que je n'ai pas retenu son nom, qu'elle me somme de m'expliquer sur ma présence à ce dîner, et surtout sur mon attitude par la suite. « Avez-vous enquêté », me demande-t-elle?

Son intrusion dans ma vie par l'intermédiaire de mon téléphone portable, son absence de courtoisie élémentaire, est-ce que je vous dérange?, aurait-elle pu me demander, son ton inquisitorial que même un juge du siège français, américain ou sri lankais, n'emploierai pas instinctivement, m'ont conduit à lui dire que je ne lui ferai aucun commentaire. J'ai cru comprendre que ma réponse l'empêchait d'avaler correctement sa salive. Son refus d'admettre que j'avais le droit de ne pas répondre à ces questions s'est transformé en insistance: mais enfin, pourquoi, comment... J'ai dû hausser un peu le ton pour lui faire comprendre que notre conversation allait s'arrêter là.

Pensez-vous, mademoiselle, que le journalisme vous dispense de la politesse? De la courtoisie? Voire même, ce n'est pas inutile dans ce travail, de la gentillesse? Il faut un certain savoir faire pour obtenir ce que l'on cherche. Il ne faut en rien se compromettre, mais enfourcher tout de suite le cheval de Torquemada n'est peut-être pas le meilleur moyen d'obtenir le récit d'une scène à laquelle une personne a assisté.

L'histoire du dîner mérite d'être racontée. J'y ai souvent repensé. Mais j'ai le droit, je crois, de le faire quand je l'aurai décidé, où je voudrais, et sous des formes que je choisirai.

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Questions posées aux journalistes 18/05
Questions posées aux journalistes 18/05
L'affaire Strauss-Kahn pose et suggère un nombre innombrables de questions. Sans doute la cause de la difficulté à écrire sur cette histoire hors normes. Sans paradoxes, le monde serait ennuyeux.
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2011-05-18 09:22:00