Lettre ouverte à M. Emmanuel Todd, candidat à la présidence de la République 02/11

Cher M. Emmanuel Todd,





Comme vous, je l’imagine, j’ai été déçu par le discours de Toulon du président de la République. Inutile d’épiloguer, de s’étendre, de tergiverser, de batifoler, de faire le café. Nous sommes d’accord, et j’en suis heureux. Ainsi, je vais à l’essentiel.

J’ai noté vos interventions de plus en plus fréquentes dans les médias ploutocratiques. Le magazine GQ d’abord, l’inestimable émission de M Taddei sur France 3 ensuite, où vous fîtes une impression que je ne peux qualifier tant les mots de ma pensée molle n’y suffisent pas, Le Point ensuite, quatre pages que j’ai relues plusieurs fois tant elles sont admirablement drôles (c’est d’ailleurs là que j’ai puisé le substantif « ploutocratique » que vous appliquez à notre société décadente), et enfin une interview sublimissime à Médiapart, moins longue qu’un discours de Fidel Castro mais moins courte aussi que la plupart des assez médiocres entretiens que nous réalisons nous-mêmes, journalistes bourgeois.

Ceci, me semble-t-il, vous savez comme les journalistes de la ploutocratie française, plus intuitifs qu’enquêteurs, ce qui me définit particulièrement bien, ressemble à un plan média savamment coordonné par une quelconque agence de publicité que je ne nommerai pas et préfigure peut-être, sans doute, certainement, une envie à peine contenue de vous porter candidat à la présidence de la République.

Il est possible même, en allant au bout de l’intuition qui me chatouille ce matin, que vous ne soyez pas vous-même conscient de l’envie qui vous anime. Votre inconscient, n’écartons pas cette possibilité, guide sans doute vos pas dans cette entreprise et, permettez-moi de l’écrire ici comme je le pense, votre inconscient est une chance pour la France.

Je n’aurai jamais osé vous adresser cette lettre excessivement ouverte, vous savez comment les journalistes français, en plus d’être mous, sont veules. Mais j’ai compris, en écoutant ce matin la minute qui condense votre interview sur Médiapart, et que je mets en lien ici, que vous étiez à deux doigts de passer à l’acte. D’où mon audace.

Médiapart vous demande quelles premières mesures vous prendriez si vous étiez élu chef de l’Etat. Et forçant une modestie que l’on devine profonde chez vous, vous répondez, ce qui est un indice, convenons-en. Et la force de vos réponses laisse supposer que quand elles seront connues du grand public, ce à quoi je tente de participer, l’enthousiasme populaire sera tel que votre destin, M. Todd, nous appartiendra. Telle est la loi des grands hommes qui, jadis, sauvèrent la France.

Je reproduis ici fidèlement vos quatre premières mesures dont vous dites avec raison que leur application nécessitera une finesse dont ne rend pas compte leur énoncé nécessairement bref

1/ Engager un dialogue musclé avec l’Allemagne sur la réorganisation protectionniste du continent.

Commentaire (distinction classique dans le journalisme moderne des faits et du commentaire ) : vous avez hésité sur « musclé », faut, pas se gêner, surtout avec les Allemands, on a l’habitude

2/ Nationaliser les banques

Commentaire : putain, ça c’est fort !

3/ Préparer le défaut de la dette publique

Commentaire : pas de commentaire

4/ 100.000 nouveaux postes dans l’Education nationale

Commentaire : tant qu’on y est, on ne pourrait pas dire 200.000 ?


Ce programme, simple et précis, audacieux et réfléchi, splendide et splendide, ne pourra que vous attirer les faveurs de la foule au jour où il sera connu. La question n’est plus tant celle de votre candidature, acquise, et ne vous inquiétez pas pour les parrainages, mes multiples réseaux de journaliste de connivence vous amèneront sans problème des centaines d’élus, non, la question qui se pose est bien celle de votre élection qui n’est pas encore certaine mais qui est déjà probable tant votre intelligence est foudroyante et votre ramage spectaculaire.

Bien sûr, mais le précise car les gens sont généralement méchants, ma démarche est désintéressée. Je ne vise, ni pour moi ni pour les miens, aucune fonction, aucun poste, aucun avantage. Comme vous, je place l’intérêt de la Nation au-dessus, nettement au-dessus, de toutes autres préoccupations contingentes.

Toutefois, sachez que si vous l’estimez nécessaire, ou indispensable, je laisse le terme à votre appréciation, je puis assumer à vos côtés, et sous votre haute autorité bienveillante, une fonction ministérielle dans un secteur qui vous paraitrait fondamental et important pour la réussite de votre action présidentielle. Je ne cite pas de secteurs précis, mais sachez que le sport me plait beaucoup, la culture aussi, Louis de Funès, tout ça, ou alors l’Outre-Mer, c’est bien aussi l’Outre-Mer.

M. Todd, je ne sais si cette lettre, telle une bouteille à la mer, vous parviendra. Mais laissez-moi vous redire en conclusion ma certitude du destin qui vous tend les bras. La France a besoin de vous, alors même que la réciprocité n’est pas certaine. Vive la République, vive la Nation et bon week-end.

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2011-12-02 10:51:00