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Les "cumulards", suite 08/11

Avec ou sans moi, le monde finira par s’écrouler. Donc, je peux parler d’autre chose.



Cumulard. Le mot a été choisi pour rabaisser et stigmatiser. Je ne suis pas un cumulard. Je suis un journaliste professionnel qui évalue ce qui est à ma portée, ce que je peux réaliser sans amoindrir la qualité de mon travail, ce que je peux assumer sans y laisser ma santé nerveuse.

Par exemple, je n’écris pas de livre. Parce que je sais que je ne pourrais pas y consacrer le temps nécessaire, que la longueur de l’exercice me procurerait un stress que ne saurais pas concilier avec mon activité quotidienne.

D’autres journalistes font un choix différent. Ils écrivent régulièrement dans le journal qui les emploie, et en plus, à côté, ils réfléchissent, enquêtent, rédigent. Ce cas de figure doit exister au journal Le Monde, et il ne me viendrait pas à l’idée des journalistes du service média de les traiter de cumulards.

Dans sa vulgarité, le mot a été employé pour rapprocher dans l’esprit du lecteur la situation du journaliste avec celle de l’homme politique. J’ai, pour ma part, beaucoup écrit, parlé et questionné dans le sens d’une hostilité au cumul des mandats. Il me semble, aujourd’hui encore, qu’un député devrait être voué à cette tâche exclusive, non pas parce qu’il ne peut pas en remplir d’autres, mais parce que le service des citoyens et du pays justifie cet engagement. Et le même raisonnement vaut pour un maire, dont la tâche est lourde, exigeante, multiforme. S’y consacrer à plein temps ne peut que représenter un plus pour la communauté.
Quand ceci est exposé, on comprend immédiatement que la situation d’un journaliste n’a rien à voir avec celle d’un responsable politique. Etre obligé de l’écrire témoigne amplement de la confusion de certains esprits, submergés par une forme de jalousie aigre qui leur fait écrire littéralement n’importe quoi, hélas à la Une d’un aussi beau journal.

Une question demeure, peu et mal posée dans l’article du Monde : le débat public est-il confisqué par quelques journalistes en France ? Evidemment non, et pour des raisons simples.

D’abord, les journalistes ne sont pas des militants. Et si jamais ils le sont, leur parole est entendue ainsi, et la portée de leurs propos s’en trouve amoindrie. Les journalistes cités dans l’odieux papier, et beaucoup d’autres qui ne l’étaient pas, peuvent parfois – et c’est rare - afficher des préférences partisanes, ils s’expriment tout de même en permanence, pour l’immense majorité d’entre eux, avec les armes de leur métier : mise en perspective, distance, sens critique.

Dans le débat public, la parole la plus forte, celle qui engage et marque les esprits, demeure, heureusement, celle des responsables politiques. L’apport des journalistes est tout différend. Ils peuvent pointer les limites, les contradictions, les reniements, et tant d’autres attitudes si évidemment humaines de ceux qui nous dirigent et nous représentent.

Il est faux et archi faux de penser et d’imaginer qu’une « caste » de journalistes dévoie la démocratie. Jamais le travail des journalistes n’a empêché l’éclosion d’un courant de pensée, ou son triomphe quand celui-ci entre en résonnance avec l’opinion publique. Et puis accessoirement, un journaliste peut aussi exercer son travail avec une certaine conscience de son rôle dans la société.

Je ne peux ici engager que moi, et pour ne fatiguer personne, je me bornerai à un seul exemple : la campagne pour le référendum européen de 2005. Vous vous souvenez de l’empoignade ? Responsable de l’interview de RTL à 7h50, j’ai abordé professionnellement cette campagne, c’est-à-dire avec le souci de l’équité. Donner la parole à tout le monde, évidemment, mais dans un certain état d’esprit, que j’avais résumé à l’époque dans la formule suivante : puisque le président de la République, Jacques Chirac en l’occurrence, organisait un référendum, c’était donc que lui-même reconnaissait à chaque citoyen le droit de voter oui ou de voter non. Les deux votes étant légitimes, j’ai considéré, durant toute cette période, que je n’avais pas à donner mon avis sur le sens du vote et me suis borné, tout au long de la campagne, à une tentative d’expertise des arguments des uns et des autres.

Mais le reproche fondamental, je le sais, tient à cette formule magique, la « pensée unique », que les cumulards propageraient de média et média, ce qui finalement donnerait tout son sens à la formule ignoble : « ils sont partout », comme un virus dans la démocratie.

Qui peut définir la « pensée unique » ? Pas fastoche, parce qu’au fond du fond, la « pensée unique », c’est comme l’enfer, ce sont les autres. Pendant des années, j’ai tempêté et vitupéré contre la dette. Beaucoup même s’en sont moqués, m’ont jugé au mieux obsessionnel, au pire stupide, au motif notamment que n’est-ce pas, un Etat ce n’est pas un ménage, m’a toujours fait rire celle-là, enfin…

Pendant ce temps où je luttais, en vain, contre les moulins à vent, j’avais moi aussi l’impression de me heurter à la « pensée unique », celle des autres, qui ne partagent pas votre opinion. Comme quoi, on peut « être partout » sans avoir pour autant l’influence que l’on vous prête sur quatre colonnes à la Une.

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Les "cumulards", suite 08/11
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Avec ou sans moi, le monde finira par s’écrouler. Donc, je peux parler d’autre chose.
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2011-11-08 10:10:00