L'occident au tournant de l'histoire 31/10

L’accord survenu jeudi entre les dirigeants européens commence à être digéré par les acteurs du monde financier (les méchants), les peuples (les gentils) et les divers élus (entre les deux). Et la digestion a l’air laborieuse.



Alerte AFP, 9h01 ce matin :

La Bourse de Paris ouvre en baisse de 1,37% à 3.302,78 points


Mais qu’est-ce qu’ils veulent à la fin, ces boursicoteurs ? Pas d’accord dans la zone euro : la bourse baisse. Un accord dans la zone euro, un accord qui sauve pour la deux-cent-vingtième fois l’euro s’il vous plait, et la bourse baisse. Marre à la fin !

En réalité, je vous explique, l’accord on s’en moque un peu. Certes, mieux vaut un accord que pas d’accord. Mais ce n’est pas le problème. Le problème est et demeure celui de l’état des finances publiques des pays européens. Et là, catastrophe, plus personne ne peut tricher.

En 2008, voyez-vous, on a triché, comme on triche depuis 35 ans. Quand le système financier s’est déglingué, malade d’avoir trop prêté, à n’importe qui et n’importe comment, révélateur de l’artificialité de la croissance européenne depuis des décennies, idem pour les Etats-Unis, les pays occidentaux ont trouvé la parade : ils ont compensé par l’emprunt public. Et vas-y que je relance, discours officiel, que je maintiens à peine à flot, réalité, le système économique des pays riches.

Trois ans plus tard, le constat est amer. Beaucoup de pays sont à la limite de leurs capacités de remboursements, certains ont même dépassé la limite, et les prêteurs traditionnels ne veulent plus prêter. Ah les salauds ! Pour éviter le naufrage du système, les pays doivent assainir leurs finances publiques. Obligé ! Pas le choix. Certains responsables politiques assurent que oui, nous avons le choix, parce que nous avons toujours le choix, qu’il suffit de vouloir pouvoir et qu’enfin les peuples ne vont pas ployer devant les marchés.

On connait le discours. On voit le résultat.

Pour ne parler que de la France, le poids de la dépense publique est tellement fort que même des niveaux record de prélèvements sur la richesse produite n’ont pas suffi à la financer. A un moment, ce n’est plus supportable. Il faut, c’est inévitable et nous y sommes, ajuster mieux les dépenses sur les recettes. On ne peut pas vivre à crédit toute sa vie. En France, voilà deux générations que l’on vit à crédit. Nous sommes au bout du système à la manière de gens qui sont au bout du rouleau.

Ce constat vaut pour toutes les économies de la zone euro (Italie, Espagne, Belgique, Portugal, Irlande) et même hors de la zone euro (Grande Bretagne, Pologne). L’assainissement est obligatoire, partout, et cette simultanéité est en elle-même un problème.

L’effet est facile à comprendre. Si tout le monde réduit la voilure au même moment, l’énergie, l’activité, la croissance, chutent partout. Et c’est ce que veulent dire les marchés aujourd’hui en faisant la tête : l’Europe va devenir une terre immense de récession. Pour plusieurs années, quatre, cinq, dix, tout ce que l’on sait, c’est que ce ne sera pas court, donc que ce sera long, donc que ce sera douloureux, et pénible.

Ne croyez pas ceux qui vous disent que ceci n’est pas fatal. Reportez-vous à La Fontaine. Nous dansons depuis trop longtemps, nous n’avons plus maintenant les moyens de chanter.

Observons l’attitude des constructeurs automobiles, par exemple en France, Peugeot-Citroën notamment. Plan d’allégement de la production en Europe, confirmation des investissements au Brésil.

Sur la planète qui tourne, l’histoire elle-même est en train de tourner. L’Europe a longtemps dominé le monde et c’est cette domination qui se trouve désormais contestée. Le volontarisme politique, d’ailleurs, devrait s’appliquer plutôt à cette réflexion. Comment éviter ce retournement de l’histoire ? Quelles forces devons-nous mobiliser pour cela ? Quelles faiblesses devons-nous corriger ? Voilà un enjeu pour les générations futures, et réfléchir ainsi aurait l’avantage de dévoiler le mensonge des discours que tout peut être préservé sans effort ni correction, maintenant, tout de suite. Ce que dissimule le mensonge de ce discours, c’est l’égoïsme dans lequel nous nous vivons depuis trente ans et qui possède sa volupté propre puisque nous ne voulons pas en sortir.

L’année prochaine, les économies de la zone euro ne produiront pas de richesses. En France notamment, le taux de croissance sera plus proche de zéro que même du 1% révisé par le président de la république jeudi soir. L’obligation d’assainir les finances publiques trop longtemps délaissées porte en elle ce piège mortifère. Pendant un temps, nous ne créerons plus de richesses. C’est un fait, un fait brutal, lourd de conséquences, mais que nous devons accepter comme une contrainte incontournable de la situation dans laquelle nous nous sommes mis nous-mêmes.

Ceci, les responsables politiques devraient l’expliquer. Leurs discours devraient se fonder sur cette réalité. Or, nous en sommes loin. Le président de la République a laissé penser que six ou huit milliards de recettes supplémentaires feront l’affaire. Il en faudra plus. Son challenger socialiste laisse penser lui que nous reviendrons à la retraite à 60 ans. Mieux vaut en rire tout de suite. Comme il faut rire des discours qui font des agences de notation et des banques les responsables d’une situation entièrement créé par un choix politique simple : financer à crédit un modèle d’organisation sociale pour lequel nous ne créons plus assez de richesses. Voilà le problème fondamental de l’Occident, celui qui peut engloutir un modèle de civilisation.

La preuve de la gravité de la menace réside dans l’appel au secours lancé à la Chine la semaine dernière. Ceci aussi rend l’accord de jeudi inacceptable. Qui donc aurait pensé cela il y a trente ans. Et comment concevoir que notre destinée dépend aujourd’hui du bon vouloir d’une société aux valeurs aussi éloignée de la nôtre ?

VOUS AIMEREZ AUSSI
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

article
7771228513
L'occident au tournant de l'histoire 31/10
L'occident au tournant de l'histoire 31/10
L’accord survenu jeudi entre les dirigeants européens commence à être digéré par les acteurs du monde financier (les méchants), les peuples (les gentils) et les divers élus (entre les deux). Et la digestion a l’air laborieuse.
http://www.rtl.fr/actu/politique/aphatie-l-occident-au-tournant-de-l-histoire-31-10-7771228513
2011-10-31 10:21:00