Hier soir, sur France 2 16/09

Le débat entre prétendants socialistes s’est déroulé hier soir sur France 2. Quelques remarques.




Qui a gagné ? Personne, et tout le monde. L’écoute de chacun est trop subjective pour livrer un verdict. Disons seulement que le radical Jean-Michel Baylet a crevé l’écran pour cette seule raison que personne, et peut-être même pas lui, ne comprenait pourquoi il était là. Mais il est apparu suffisamment bonhomme pour transformer l’inutilité de sa présence en courant de sympathie. Quant à Ségolène Royal,  comment exprimer correctement le sentiment procuré par sa prestation ?, elle avait l’air de ne pas comprendre ce qu’elle faisait encore là, cinq après, comme si elle ne parvenait pas à masquer la déception de devoir recommencer à convaincre les siens qu’elle est bien la meilleure. Une forme de lassitude était perceptible dans son attitude, hier soir, ce qui ne laissait pas d’étonner chez une femme qui aime autant le combat. Quant aux quatre autres, disons qu’ils ont chacun réussi la partition que leurs partisans attendaient d’eux.

La dette, la dette, la dette, tous les six n’ont pas arrêté de parler de la dette. Incroyable. Il y a six mois, chacun d’eux donnait l’impression de ne pas savoir qu’elle existait, la dette. Et maintenant, elle est au centre de tout. Comment expliquer ce phénomène ? Pourquoi la pensée Schneidermann-Cohen qui a si longtemps dominé le monde s’est-elle tout à coup dissoute ? La dette, la dette, faudrait pas qu’ils en fassent trop, tout de même avec la dette.

C’était la fête aux banquiers, hier soir. Les phrases que l’on a entendues étaient surprenantes. Il faut les dominer avant qu’ils ne nous dominent. Il faut qu’elles obéissent. Il faut contrôler les banques, les mettre sous tutelle. Est-il normal que les banques spéculent sur les dettes des Etats ? Etc.

La politique aime désigner des acteurs de la société comme responsable des maux qu’elle traverse. Il s’agit le plus souvent d’éléments indéterminés, la finance et la banque, ou bien le patronat, ou bien les syndicats. Ces appellations sont utilisées pour nourrir des démonstrations qui, du coup, dédouanent les responsables politiques. Le procédé a été beaucoup utilisé hier soir, mais il appartient au catalogue traditionnel de la politique. Surtout, il exprime une psychologie sous-jacente : puisque je suis élu du peuple, je ne peux me tromper. Donc, je suis irresponsable au premier sens du terme, c’est-à-dire non responsable de la situation actuelle.

Evidemment, c’est faux. Les subprimes ont été inventé aux Etas-Unis dans les années quatre-vingt-dix par des banquiers certes peu scrupuleux mais qui voulaient se couvrir de la politique d’argent bon marché qu’encourageait la FED et le gouvernement américain. Chacun voyait bien que cette politique conduisait à un endettement dangereux des ménages, à la constitution d’une bulle colossale qui un jour exploserait. En attendant l’explosion, les banquiers se sont gavés, ce qui n’est pas bien, et ils ont triché en dissimulant des actifs pourris dans des actifs sains, ce qui est mal. Mais la racine de ce dévoiement est d’ordre politique, l’argent pas cher, l’encouragement à vivre à crédit, et donc la première responsabilité est bien d’ordre politique.

Reprenez tous les articles explicatifs de la crise de 2008. Ils pointent la finance et ses acteurs, pratiquement jamais la politique.

Hier soir, sur France 2, le mécanisme était le même. Est-il admissible que les banques spéculent sur la dette ?, fut-il demandé. Personnellement, je ne sais même pas quels faits motivent la question. Imaginons que ces faits existent. La racine du problème, voire le problème, c’est la dette. Trente-cinq ans que l’Etat français dépense plus qu’il ne gagne. Des décennies que la société française n’est même pas capable de financer sa couverture de santé par la production de richesses. Ce sont ces dérèglements-là qui sont qui représentent les fondations de nos problèmes, et ces fondation-là sont toutes le fruit de décisions politiques.

Allez donc retrouver les responsables ? En trente ans, nous avons eu deux dizaines de ministres de l’économie, et une quinzaine de premiers ministres, et même quatre présidents de la République. Tous sont responsables. Donc, aucun ne l’est. Impunité. Irresponsabilité. Donc, la faute aux banquiers.

Ceci fut un des temps forts du débat d’hier soir. Et cette manière de penser n’est pas propre à la gauche. La droite la possède en partage.

Réfléchissez donc à tout ceci qui m’a éloigné de ce que je voulais vous dire. Ecrivez donc dans l’espace de commentaires que je raconte n’importe quoi. Défoulez-vous. Mais observez juste ceci : « Responsable oui, coupable non », ce n’est pas moi qui l’ait inventé, j’aurai pas osé, je le regrette, c’est tellement juste.

Bon week-end

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Hier soir, sur France 2 16/09
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Le débat entre prétendants socialistes s’est déroulé hier soir sur France 2. Quelques remarques.
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2011-09-16 09:56:00