Cahuzac, pour démêler l’écheveau 20/03

Jérôme Cahuzac n’est plus ministre. Mais le feuilleton continue




1/ Après quelques investigations, la justice a décidé d’ouvrir une enquête préliminaire pour « blanchiment de fraude fiscale » qui concerne évidemment la recherche d’un éventuel compte suisse de Jérôme Cahuzac

2/ La présomption d’innocence n’a rien à voir ici. Aucune enquête sérieuse n’est possible sans un minimum de sérénité. Et de sérénité, il ne peut y en avoir si la justice, dont l’indépendance conditionne l’efficacité des recherches, doit enquêter sur l’un des membres de l’exécutif. Dès lors, la démission de Jérôme Cahuzac du gouvernement était à la fois souhaitable et inévitable. En elle-même, elle ne signifie rien. Mais elle est le préalable à une enquête sérieuse, dès lors que le parquet juge qu’il y a, précisément, matière à enquête.

3/ Parlons donc de ce fameux enregistrement. Trois témoins, nous dit-on, ont reconnu la voix de Jérôme Cahuzac. Et, ajoute le parquet, une expertise technique renforce le poids de ces témoignages.

4/ Les trois témoins ont quelque chose de Croquignol, Filochard et Ribouldingue. Si l’on comprend bien, tous les trois ont connaissance de l’enregistrement dès les premiers jours, soit en décembre 2000. Stupéfaits et indignés, on l’imagine, un ex-gendarme, un avocat et un huissier, quand même, ils gardent le secret pour eux. Stoïques au point de ne pas avertir les habitants de Villeneuve-sur-Lot quand Jérôme Cahuzac se présente aux élections municipales de 2001 et 2008. Et même lorsqu’il brigue la députation, en 2007 puis en 2012, ce n’est pas rien un député, un représentant de la Nation, ils conservent pour eux ce lourd secret du compte en Suisse. Drôles de citoyens, quand même nos trois loulous, pas étouffés par grand-chose, surtout pas par le civisme.

5/ Tout de même l’un d’entre eux bougera le petit doigt. A une date imprécise que l’on peut situer aux alentours de 2006, il assure avoir remis une copie de l’enregistrement à un magistrat de sa connaissance. Lequel magistrat d’ailleurs reconnait le fait. Lequel magistrat par ailleurs assure avoir mis la copie de l’enregistrement à la poubelle. Sans doute ce magistrat méconnaissait-il à l’époque l’article 40 du code de procédure pénal qui oblige tout fonctionnaire ayant connaissance d’un fait potentiellement délictueux d’en alerter le procureur le plus proche de son domicile. Comme les Mousquetaires, les trois Pieds nickelés étaient en fait quatre.

6/ Là-dessus, arrive Médiapart, le site d’informations exclusives qui détient le monopole du journalisme en France. Quelqu’un, mais qui donc, met un limier du site sur la piste de l’enregistrement. Lequel, après trois sceaux d’armagnac, récupère l’objet convoité et le pose en place publique.

7/ Quelle information apporte exactement Médiapart ? Celle ci : un enregistrement circule qui attribue à Jérôme Cahuzac des propos suggérant un compte en Suisse. C’est peu, et c’est beaucoup. Suffisamment pour porter l’ombre d’un lourd soupçon sur le ministre du budget.

8/ Pourtant, Médiapart écrit beaucoup plus que cela. Le site affirme que le dit Cahuzac a géré durant près de vingt ans le compte en question. Qu’il la clôt en janvier 2010. Que les avoirs figurant sur ce compte, combien ? dix euros ? dix mille ? cent mille ? davantage ?, ont été transférés à Singapour.

9/ Sur ces points, contenus au paragraphe 8 du dit procès-verbal que je tape péniblement avec deux doigts, suis pas journaliste moi, greffier tout au plus, sur ces points du paragraphe 8 et seulement sur eux, Médiapart affirme et n’apporte aucun, aucun, aucun élément. Ceci est un problème. Ceci revient à demander aux lecteurs de croire sur parole. Mais on ne croit jamais un journaliste sur parole. On le croit parce qu’il apporte les éléments correspondant à ces affirmations. Ce que Médiapart ne fait pas.

10/ Du coup, immodestement, appuyé sur ma carte de presse indûment obtenue, j’ai puisé en moi l’audace de dire et d’écrire que Médiapart franchissait allégrement des bornes au-delà desquelles il n’y a plus de limites. Que n’ai-je fait camarade ? Du « retourne à l’école » du président du site, au qualificatif de clown utilisé par ses subalternes, les animateurs de Médiapart  ont clairement signifié que toute critique ou question étaient incompatibles avec leur grandeur.

11/ Voilà sans doute l’un des enseignements de cette histoire à tiroirs, et pour cela passionnante. Défenseur acharné de la citoyenneté et de la République, Médiapart affiche une conception restrictive du débat. Soit on est d’accord, soit on se tait. Que le travail fourni suggère des questions, voire nourrisse des critiques, semble totalement incongru aux animateurs du site. De dialogue, il ne peut être question qu’entre gens qui partagent la même opinion. Pour ceux qui ont en désaccord, soit le mépris, soit la délégitimation, retourne à l’école de journalisme, soit l’insulte. Belle conception de la démocratie.

12/ N’allez pas croire que ce comportement me chagrine. Je m’en moque. Et je répète qu’en matière ce compte suisse transféré à Singapour, il manque toujours des preuves. Peut-être. Peut-être pas. Personne ne sait. Pas plus moi que vous, et Médiapart que nous. Et si Médiapart a des éléments, qu’il les publie. Un journalisme sans preuves, c’est comme un yaourt aux abricots sans abricots : une arnaque.

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2013-03-20 10:49:00