C'est quoi la France? C'est la Grèce, mais en plus grand 19/10

Le cyclone arrive. Il rode aux larges des côtes. Bientôt, il foncera sur nous. Où donc disposer nos maigres sacs de sable ?




Moody’s fait du journalisme. Cette agence de notation, que des journalistes vouent régulièrement aux gémonies, ne dit rien d’autre que ce qui a été déjà écrit à longueur d’articles dans les différents journaux français : économie malade, déficits chroniques, compétitivité en berne, gaspillage d’argent public, etc.

Donc Moody’s dit ceci : la France, dont l’industrie périclite et le commerce extérieur se dégrade, dont les recettes fiscales s’érodent et dont les déficits s’agrandissent, cette France-là n’est pas en mesure de fournir dans dommage un effort supplémentaire pour aider la Grèce.

Comprenons bien le pressoir dans lequel nous nous trouvons. Ne pas aider la Grèce, ne pas lui fournir l’argent qui lui permettra de payer ses fonctionnaires et de rembourser une partie de ces emprunts, autrement dit acculer la Grèce à la faillite, cela serait proprement catastrophique. Pour faire court, l’abandon de la Grèce par les pays de la zone euro équivaudrait à provoquer un Lehmann Brothers puissance 100. Mais aider la Grèce suppose un effort financer tel, soit direct, soit indirect par la recapitalisation des banques, que les marchés financiers commencent à douter de la solvabilité à moyen terme des pays de la zone euro, et singulièrement de la France.

Pourquoi doutent-ils de la France, qui dispose aujourd’hui encore du triple AAA ? Parce que tout le monde voit bien que le roi est nu. Les systèmes sociaux sont structurellement dans le rouge. La compétitivité globale de l’économie française est en constante régression. La croissance faiblit constamment. Les recettes fiscales sont surévaluées. Les dépenses publiques demeurent à des niveaux record. Il n’existe aucun consensus pour opérer des réformes de structures. La France, vu de la planète finance, ressemble chaque jour davantage à l’Espagne et à l’Italie, et les schémas financiers de son économie publique commencent à s’apparenter à la Grèce.

On pourrait, à propos de tout ceci, écrire de longues pages, vitupérer et condamner, s’indigner, s’apoplexer, transpirer, crier, gueuler même, et tout cela serait légitime tant la catastrophe était prévisible et le gâchis considérable. Contentons-nous ce matin de trois remarques, parmi les mille que l’on pourrait faire.

Nous nous réveillons, en France, dix ans trop tard. Le péril  que fait courir l’état des finances publiques est repéré très nettement à la fin des années quatre-vingt-dix, quand s’étiole la période de croissance consécutive à la reprise américaine de l’ère Clinton. C’est dans ces parages de temps qu’un rapport est condamné à Michel Pébereau, un banquier, sur la dette. Et l’opuscule que celui-ci a publié à la fin des travaux en 2005 décrit assez précisément le point d’aboutissement de la crise que nous connaissons.

S’il est possible de prévoir l’histoire, les hommes en revanche ne peuvent jamais dire quels chemins elle prendra pour répandre son malheur. Le rapport Pébereau disait tout du point d’arrivée. Il n’appartenait qu’à nous, citoyens, élus, chanteurs, diseurs de bonne aventure, bouchers-charcutiers, fleuristes, Français, d’éviter la catastrophe. Nous savions tout, et l’un d’entre nous l’a même dit à haute voix, un après-midi de septembre 2007. Devant des agriculteurs corses qui voulaient le dépouiller, François Fillon, premier ministre, s’est déclaré incapable de satisfaire leur demande en se définissant comme le chef d’une Etat en faillite. Le mot fut reçu si violemment, la vérité toute nue parut si insupportable, qu’il le retira prestement et ne le prononça plus jamais.

Nous savions. Nous n’avons rien fait. Là est notre plus grande faute. D’autant plus grande que dans la même période, l’Allemagne, elle, a fait. Quelle blessure à l’amour que nous nous portons à nous même. Quelle honte secrète de nous sentir ainsi dépassé par l’histoire, nous, la France.

La deuxième observation concerne la droite française. Elle gouverne depuis 2002. Qu’a-t-elle fait de décisif pour préparer le pays aux défis qui s’annoncent ? Quelles réformes de structures ? Une action, c’est vrai, sur les retraites. Mais rien sur le coût du travail, rien sur l’empilement administratif, rien sur l’amoncellement de la dépense publique, rien sur la ruine du système de santé. Beaucoup de vent, beaucoup de bruit. Peu d’anticipation, peu de pédagogie, peu de résultats.

Que dit la gauche ? Une partie veut pendre les banquiers. Amusant. La même partie, qui assure que la dette n'est qu'un leurre, une obsession de petits bourgeois névrosés, voue les financiers à l’enfer. Personnellement, je m’en fous, mais comment leur expliquer que ce sont les financiers qui ont permis les folies de 1981, les mêmes qui ont financé les 35 heures, et que d’une certaine façon, sans la finance, la gauche n’aurait pas pu gouverner. L’histoire est moqueuse et la gauche n’a pas d’humour. D’où la méprise.

Une autre partie de la gauche propose de revenir, en 2012, à la retraite à 60 ans, d’embaucher 60.000 enseignants, 10.000 policiers, de créer une allocation pour la jeunesse, et d’autres merveilles encore qui rendront la vie plus douce. Cette partie de la gauche là devrait concourir pour la présidence de Saturne ou de Pluton, parce que sur la planète terre, aujourd’hui, un tel programme n’est pas réalisable.

Voilà où nous en sommes. Proche du cataclysme, sans parapluie ni imper, avec au-dessus de nos têtes des bâches en plastique et quelques sceaux à la main qui entretiennent l’illusion que nous sommes outillés contre les fuites. Sommes-nous idiots ? Naïfs ? Fatalistes ? Certes, nous ne fûmes ni sans doute ne serons bien gouvernés. Mais de cela, nous sommes chacun responsables car tout ce qui se passe et tout ce qui va se passer a déjà été dit, écrit, répété.  

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2011-10-19 11:06:00