Michel Sapin : "Les chiffres du chômage pour le mois d'avril ne devraient pas être bons"

VIDEO - Le ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mercredi matin. Interrogé sur les chiffres du chômage en France pour le mois d'avril - qui seront annoncés à 18 heures -, Michel Sapin a laissé entendre qu'ils seraient une nouvelle fois mauvais. "Il m'étonnerait que l'évolution soit bonne", a-t-il déclaré. pour lui, le chiffre de 45.000 emplois directement menacés en France avancé par la CGT, est "réaliste".

Michel Sapin sur RTL le 20 octobre 2011
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Michel Sapin sur RTL le 20 octobre 2011
Philippe Corbé >
Michel Sapin, ministre du Travail : "Les chiffres du chômage pour le mois d'avril ne devraient pas être bons" Crédits : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Michel Sapin.

Michel Sapin : Bonjour.

Les représentants des partenaires sociaux étaient reçus hier à Matignon. Avez-vous une idée plus précise, Michel Sapin, ce matin, du nombre d'emplois concernés par les plans sociaux que l'on évoque souvent ?

Il y a ceux qui ont été cités, y compris par la CGT. Mais les rencontres avec le patronat montrent aussi qu'il y a des inquiétudes du côté patronat sur la situation des entreprises. Il y a les chiffres que nous verrons ce soir, sur l'évolution du chômage. Je ne peux pas vous dire cela comme ça à 100 ou à 1.000 ou même à 10.000 près ; ce qui est déjà beaucoup ; mais oui, il y a des inquiétudes réelles, il y a des urgences dans un certain nombre d'entreprises ; et à ces urgences-là, il faut s'attaquer tout en construisant l'avenir, et en construisant l'avenir dans le dialogue.

Ca veut dire quoi, s'y attaquer ? Vous pouvez faire quelque chose pour éviter les plans sociaux ?
   
Il faut éviter la généralisation. On emploie, par exemple, le terme de plan social ; or, il y a des tas de situations très différentes d'une entreprise à l'autre. Ce qu'il faut c'est faire du cas par cas. C'est s'intéresser à chaque dossier, à chaque situation, d'où les propositions. L'action, nous sommes maintenant dans l'action qui consiste à faire en sorte qu'il y ait des personnes qui sont compétentes, qui sont dynamiques et qui vont au contact,  qui vont dans l'entreprise, qui vont voir les uns et les autres pour essayer de trouver des solutions.

On peut appeler ça des médiateurs, on peut appeler ça comme on voudra, mais ce qui est important, c'est de ne pas laisser les dossiers s'endormir parce que quand ils s'endorment, ils pourrissent et quand c'est pourri, c'est très mauvais pour tout le monde.

45.000 emplois menacés, dit la CGT.
 
C'est le chiffre qu'avance la CGT. Il y a d'ailleurs...

... Il vous paraît réaliste ?

Oui c'est un chiffre qui est réaliste avec des situations extrêmement différentes. Dans certains cas, ce sont des emplois qui sont, voilà, déjà sur la table, qui sont déjà quasiment détruits. Dans d'autres cas, il est parfaitement possible de les sauver.

La tendance du chômage - donc, les chiffres seront connus tout à l'heure - demeure mauvaise ?

Je ne les connais par définition.

Si, vous les connaissez ; mais peut-être que vous ne voulez pas en parler ?

Il m'étonnerait que l'évolution soit bonne.

Il vous étonnerait que l'évolution soit bonne ! Beaucoup d'inquiètudes autour des sites de PSA, le constructeur automobile Peugeot. C'est un dossier prioritaire pour vous, particulier, que vous regardez attentivement ?

Mais il  faut le regarder extrêmement attentivement. Pourquoi ? Parce que d'abord, c'est une inquiétude. Une inquiétude locale. Ce sont plusieurs centaines de salariés ; et ensuite, parce qu'on est au cœur même de l'industrie. On est au cœur même de ce qui pendant très longtemps, a fait la fierté de l'outil industriel français : la fabrication d'automobiles. Et donc, il faut regarder tout cela, c'est l'urgence, c'est des sites et en même temps, c'est des politiques qui doivent changer parce que tout le monde sait très bien que le seul moyen d'arriver à retrouver du dynamisme industriel, du dynamisme en terme d'emplois, c'est retrouver aussi du dynamisme en terme de croissance, en terme de capacité de produire, en terme aussi de pouvoir d'achat pour acheter des voitures.

Augmenter le Smic, c'est participer à la croissance, d'après vous, Michel Sapin ?

Ca peut l'être si c'est fait dans des conditions maîtrisées, dans des conditions qui sont compatibles avec le bon fonctionnement, en particulier des petites et moyennes entreprises. Il faut bien avoir en tête que le Smic, c'est d'abord et avant toute chose, les petites et moyennes entreprises, donc des entreprises qui peuvent être fragiles et auxquelles les uns et les autres, l'ensemble des Français tiennent beaucoup parce qu'elles sont partout sur le territoire français.

Est-ce que c'est une manière de dire que l'augmentation du Smic sera très faible ?

Non, c'est une manière de dire que quand on parle de ces sujets-là - et nous en parlons avec les partenaires sociaux - il faut regarder ce qui est légitime, indispensable parce qu'il y a des situations insupportables. Ceux qui sont au Smic, mais c'est ceux aussi qui sont à trois quarts de temps payés au Smic, ou à mi-temps payés au Smic.

Donc, ce sont des situations effrayantes du point de vue du pouvoir d'achat. Donc, il faut s'intéresser à cela et en même temps, nous sommes dans une économie qui va mal, on en parlait au début, des  petites et moyennes entreprises qui, parfois, sont confrontées à des difficultés. Donc, il faut aussi tenir compte de cette situation.

C'est toujours le "mais" ; "mais en même temps,il faut...", qui suggère que l'augmentation ne peut pas être très importante parce que le contexte ne le permet peut-être pas.
 
Vous faites vous-même le commentaire. Ce commentaire n'est pas faux.

Et "ce commentaire..." Ah vous êtes subtil, ce matin, pour faire passer les messages ! Vous avez évidemment parlé de retraite avec les partenaires sociaux, hier, puisque vous prévoyez de revenir à la retraite à 60 ans pour certaines catégories de personnes, celles qui ont commencé tôt. Déclaration de François Fillon, hier : "La gauche s'était engagée au retour de la retraite à 60 ans, pour tous. Les syndicats vont être les premiers cocus de la gauche"

 Oui, d'abord, il ferait bien de faire attention au terme qu'il utilise ;  d'ailleurs, il y en a qui vont je trouve  assez mal dans la bouche de François Fillon. Et si quelqu'un a été maltraité, peut-être pas de la même manière pendant cinq ans, c'est bien lui. Donc, il devrait faire attention à ce genre de termes.

Mais au-delà de cela il est dans le mensonge parce qu'il sait très bien - vous le savez - vous nous l'avez dit d'ailleurs pendant la campagne que nous ne proposons pas  (François Hollande n'a pas proposé) le retour à 60 ans pour tout le monde. Il a dit, il y a une injustice flagrante des gens qui ont cotisé, des gens qui ont 60 ans, des gens qui ont commencé à 18, 19 ou 20 ans  et à qui on dit : tu restes encore un peu, le plus souvent d'ailleurs au chômage en attendant de pouvoir partir à la retraite. C'est à cette injustice-là qu'il sera mis, immédiatement ou dans les jours qui viennent, fin.

Le salaire des patrons des entreprises publiques sera baissé très rapidement ; c'est ce qu'a annoncé le Premier ministre, hier, dans "L'Express". Il y a quinze jours, Michel Sapin, vous aviez dit : "Il est rare en cours de contrat de baisser les salaires, on est humains".

J'ai dit ça ?

Vous vous êtes désavoué ; vous avez dit ça, oui.
 
Mais il y a longtemps que j'ai dit ça ?

Le 10 mai.

Et il n'y avait pas de Premier ministre ?

Le 10 mai. Ah, vous n'étiez pas encore ministre ! Vous étiez dans une zone de transition

Voilà. Et donc, il n'y a même pas un Premier ministre ; c'est le Premier ministre qui décide.

Ah, Vous êtes quand même un peu désavoué. C'est : en cours de contrat, on va baisser les salaires. Ce qui peut d'ailleurs poser beaucoup de problèmes juridiques.
 
Le Premier ministre décide. Qu'est-ce qu'il y a derrière cela ? Il y a derrière cela que les salaires des patrons d'aujourd'hui ne sont pas les salaires des patrons d'il y a dix ans. Ils ont énormément augmenté.

Beaucoup de choses changent, vous savez, en dix ans !

Ah oui ! mais par contre, le niveau du Smic n'a pas beaucoup changé depuis dix ans. Il a augmenté tout juste du montant de l'inflation. On voit le contraste. Sur le Smic, on chipote. On discute, on fait valoir des arguments éventuellement valables sur l’équilibre des entreprises ; mais sur le salaire des patrons, ah là on ne chipote pas. On y va carrément. Ce n'est pas possible, c'est plus possible ; et donc, il est légitime dans le Public là où l'Etat décide,  comme dans le privé là où l'Etat impulse de revoir les choses parce qu'il faut de la justice quand on demande de l'effort aux uns comme aux autres.

Petite question de politique rapide. Martine Aubry a suggéré que peut-être après le congrès du Parti socialiste, à l'automne, eh bien elle resterait encore à la tête du Parti socialiste. C'est une bonne nouvelle ?

Mais pourquoi pas !

Ah, je ne sais pas ; je vous demande, moi ?

Ecoutez, elle a fait un travail extraordinaire pendant ces dernières années. Elle a permis qu'une campagne se fasse dans d'excellentes conditions ; elle a elle-même donné pour le rassemblement de l'ensemble des socialistes derrière François Hollande. Si elle veut continuer ainsi pendant que nous gérons, pendant que nous décidons, eh bien ce serait une très bonne chose.

Michel Sapin, qui dit les choses sans les dire, était l'invité de RTL.
2012 et vous OK

par Jean-Michel AphatieJournaliste RTL
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