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Mesures sécuritaires : Mgr André Vingt-Trois se méfie des discours flamboyants

Mgr André Vingt-Trois était l'invité de RTL jeudi matin. A la veille du week-end de l'Assomption, l'archevêque de Paris répondait aux questions de Philippe Corbé. Pour la première fois, il s'exprimait sur les mesures sécuritaires du gouvernement qui suscitent la polémique cet été.

Philippe Corbé
Philippe Corbé
et La rédaction numérique de RTL

Podcast chronique

Bonjour, André Vingt-Trois.


Bonjour, Monsieur Corbé.

L'actualité de cet été 2010 est marqué par un débat de société autour des questions d'immigration et de sécurité. Pour la première fois, un Président de la République a fait le lien, publiquement, entre délinquance et immigration. En tant qu'homme d'église, mais aussi en tant que citoyen, André Vingt-Trois, est-ce qu'il y a des liens, selon vous, entre immigration et délinquance.

Je crois qu'il est difficile de nier qu'il y a un rapport entre l'immigration et la délinquance. Le problème, c'est comment on le perçoit et comment on l'exprime, car il n'y a pas de culpabilité collective et anonyme. Il y a des responsabilités personnelles, alors qu'il y ait des délinquants qui soient immigrés ou ... Français de souche, c'est évident...

- ... Français de souche...

C'est évident. Qu'il y ait des quartiers qui soient plus exposés que d'autres, c'est évident, mais de là à stigmatiser une partie de la population, il y a une marge.

Vous pensez qu'aujourd'hui, le gouvernement de Nicolas Sarkozy stigmatise une partie de la population ?

Non, je ne veut pas entrer dans ce débat, qui a pour résultat principal d'augmenter l'argumentaire, c'est-à-dire que si on se met à réagir phrase par phrase à ce que dit le Président, on donne encore plus de poids à des propos qui sont quand même des propos de circonstance. Alors, donc, je ne pense pas que ce soir un service à rendre à la collectivité que de faire un cas exceptionnel d'un propos de circonstances

Par exemple, votre Ministre, Brice Hortefeux, puisqu'il est Ministre de l'Intérieur et Ministre des Cultes, propose d'étendre la déchéance de nationalité à des personnes coupables d'excision, de traite d'être humain, de délinquance grave. Est-ce que la déchéance de nationalité c'est une piste qu'il faut évoquer ?

C'est une mesure tout à fait exceptionnelle. Alors, que le législateur puisse élargir les cas où la déchéance de nationalité puisse être appliquée, c'est une chose dont il faudrait débattre au Parlement. Et débattre sur un texte et pas sur des propos qui sont quand même marqués par le désir de frapper l'opinion... Donc, je ne pense pas qu'il faut prendre au pied de la lettre un projet comme celui-là sans examiner précisément de quoi il s'agit.

Pourquoi vous dites "frapper l'opinion... Parce que parler de la sécurité, c'est un sujet qui agite l'opinion ?...

Probablement, puisque vous voulez en parler à tout prix. Moi, je pense que nous avons un système d'information et de perception de la réalité qui est particulièrement concentré sur des faits divers, sur des accidents, sur des chocs violents et qui donnent l'impression qu'on vit dans un état de guerre. Alors, je ne crois pas qu'on vit dans état de guerre. Il y a des secteurs, il y a des zones qui sont des zones particulièrement dures, dans lesquelles il faut appliquer l'ordre républicain. Mais de là à décréter que la France est en état de guerre, il y a un pas...

C'est exactement ce que dit le Président, qui veut mener "la guerre contre la délinquance", c'est son expression...

Ca, il y a aussi la guerre économique.

Absolument. Vous êtes notamment membre, vous avez été nommé par Benoit XVI membre du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants... Que vous inspirent notamment, les mesures concernant les Roms et les gens du voyage ?

Je pense que ce sont des mesures qui sont, d'une certaine façon, d'une grande continuité parce que, dans tous les villages de France, depuis des décennies, pour ne pas dire des siècles, les gens du voyage et les Roms -à l'époque, on n'appelait pas ça les Roms- ont été la bête noir des mères et des populations.

Et vous le regrettez ?

Je le regrette, mais c'est comme ça. Ca veut dire qu'il y a un phénomène d'anxiété, de peur à l'égard de ce lui qu'on ne connaît de celui dont on ne sait pas d'où il vient, celui dont on ne sait pas où il va. Mais, là aussi, on ne peut pas développer une culpabilité générique. Il n'y a pas des gens du voyage qui sont coupables parce qu'ils sont gens du voyage. Il y a des gens du voyage qui sont dans des situations peut-être plus instables que d'autres, dans lesquelles la délinquance peut se développer, mais elle se développe aussi dans les banlieues françaises où il n'y a pas de gens du voyage.

La peur de l'autre, monter les uns contre les autres, ce n'est pas précisément le message de l'Evangile.

Ce n'est pas le message de l'Evangile et ce n'est pas le message d'une société civilisée. Une société civilisée suppose d'avoir une stabilité des relations, une stabilité des liens. S'il n'y a pas de stabilité dans les liens familiaux, il n'y a pas d'éducation. S'il n'y a pas de stabilité dans les liens sociaux, il n'y a pas de vie civilisée. Et sur ce travail de cohésion et de stabilité que l'on doit investir nos efforts.

Cette semaine, au milieu du mois d'août est une semaine importante pour des millions de croyants en France. Pour des millions de musulmans, puisque c'est le début du Ramadan. Pour des millions de catholiques, puisque c'est la semaine de l'Assomption. Et finalement, regardez, dans l'actualité, dans la société française, on ne parle pas de l'Assomption. Est-ce que, aujourd'hui, les événements marquants de l'année catholique sont finalement un peu passés sous silence ?

Je pense que non puisque je suis là.

Mais vous voyez bien que, finalement, ce n'est plus un événement de parler de l'Assomption aujourd'hui.

C'est probablement parce qu'on accorde plus d'importance à des événements ponctuels qui se passent dans un petit coin de la France qu'aux événements massifs, où il y a des milliers de gens qui se déplacent.

Il y a des milliers de gens dans les pélerinages pour l'Assomption ?

Des centaines de milliers même, parce que, entre Lourdes, Paris, le Puy, où je vais aller demain.

Le Puy-en-Velay.

Le Puy-en-Velay, pour le 150ème anniversaire de Notre-Dame-de-France, et quelques autres lieux, vous allez avoir des centaines de milliers de gens qui vont se rassembler pour l'Assomption.

Qu'est-ce que ces centaines de milliers de gens viennent chercher en se rassemblant autour du culte de la Vierge Marie ?

Ils viennent chercher un message et une lumière d'espérance. Tous ces gens, comme tous nos concitoyens, sont soumis à des difficultés, à des contraintes, à des problèmes quotidiens de leur existence, quelquefois à des situations dramatiques de maladies, d'accidents, de ruptures, de divisions, et ils se disent : "D'où viendra une solution ?". Est-ce que c'est des discours flamboyants qui vont nous apporter une solution ? Est-ce qu'il y a une chance pour l'homme qu'il y ait un avenir de bonheur ? Cette chance pour l'avenir de bonheur, ils pensent qu'ils le trouvent dans la promesse du Christ et dans la présence du Christ.

Dans une situation d'angoisse sociale, d'angoisse économie, d'angoisse familiale parfois, l'Eglise, aujourd'hui, est une solution, plutôt que les discours flamboyants dont vous parliez ?

Je pense que toutes les solutions qui se nourrissent de l'amour et du respect de l'autre sont des solutions utiles et positives. Toutes les solutions qui se nourrissent de l'exclusion et de la violence sont des réponses négatives.

Juste en un mot : il y a un an, entrait en vigueur la loi sur le travail du dimanche. Vous vous y étiez opposé, à l'époque. Est-ce que vous tirez un bilan négatif de l'application de cette loi ?

Pour être tout à fait honnête, je n'ai pas remarqué que ça a changé grand chose dans mon quartier, mais c'est vrai, que je ne suis pas dans un quartier touristique, mais enfin, j'ai cru comprendre, en écoutant les informations qui ont été données, que ça n'avait pas bouleversé le monde du travail, donc je pense que là aussi, il ne faut pas se battre contre les moulins à vent. On dit ce qu'on a à dire et après, on attend de voir la réalité. Et la réalité ne rejoint pas toujours l'ambition des projets.

André Vingt-Trois, qui se méfie des discours flamboyant, était l'invité de RTL ce matin.

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Mgr André Vingt-Trois était l'invité de RTL jeudi matin. A la veille du week-end de l'Assomption, l'archevêque de Paris répondait aux questions de Philippe Corbé. Pour la première fois, il s'exprimait sur les mesures sécuritaires du gouvernement qui suscitent la polémique cet été.
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2010-08-12 12:50:00