Martine Aubry : "Je n'ai jamais pensé à démissionner de la tête du PS" (vidéo)

La première secrétaire du Parti socialiste répondait jeudi matin aux questions de Marc Tronchot. L'occasion de s'expliquer sur les attaques dont elle est la cible, depuis plusieurs semaines, au sein même de sa formation. Martine Aubry a dénoncé "les petites phrases qui occultent le travail du parti". Elle s'estime "soutenue par la majorité des socialistes" et dit "n'avoir jamais pensé à démissionner". Selon elle, "le PS va bien".

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La première secrétaire du Parti socialiste répondait aux questions de Marc Tronchot Crédits Média : Marc Tronchot | Durée : | Date :
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Marc Tronchot : Bonjour, Martine Aubry.

Martine Aubry : Bonjour

Vos amis et faux amis du Parti socialiste, on en reparlera dans quelques minutes. Vos adversaires politiques, et c'est déjà un message, ont la priorité. Vous avez été reçue hier par le ministre de l'Intérieur, lequel recevra tous les chefs de partis pour leur expliquer qu'il faut réformer l'organisation des collectivités territoriales de notre pays, en urgence : régions, départements, communes. Qu'avez-vous compris des projets du gouvernement ? Martine Aubry, sont-ils acceptables par le parti que vous dirigez ?

Et bien très franchement, j'ai compris que c'était la poursuite de la main mise que le Président de la République veut mettre sur tous les pouvoirs. Sur la justice, sur la presse, on l'a vu il y a quelques jours. Vous venez de parler du CSA qui nous a donné raison sur le temps de parole du Président ; sur l'opposition : quand on voit la réforme qui a été réalisée à l'Assemblée nationale pour faire taire l'opposition dans les débats. Et puis aujourd'hui, ce qui achoppe, ce sont les collectivités locales. Les collectivités locales, parce que la Gauche les gère, et je crois que les Français sont contents de voir les TER qui se développent, les cars scolaires qui arrivent à l'heure, les personnes âgées qu'on peut accueillir dans les maisons de retraite. Ce sont cela les collectivités locales.

Qu'est-ce que l'on voit ? C'est que la réforme que propose le gouvernement, loin de moderniser notre pays et nous y sommes favorables pour conforter les régions et les métropoles qui préparent l'avenir, organisent le territoire, l'accessibilité, les villes et puis pour conforter les conseils généraux et les communes qui font de la proximité, et bien on fait une grande réforme qui mélange tout ça et qui surtout change le mode d'élection pour pouvoir obtenir par une manipulation électorale un succès dans les urnes qu'on n'obtient pas dans la réalité.

Donc on met en place les conditions d'affaiblissement du Parti socialiste qui aujourd'hui...

Les conditions d'affaiblissement de la Gauche et tout simplement du rééquilibrage comme les Français peuvent le décider lorsqu'il y a des élections. Ceci va de pair avec les circonscriptions électorales qui, vous le savez, ont été modifiées. Nous y étions favorables, le Conseil constitutionnel l'avait demandé. Pour des raisons démographiques mais aujourd'hui le Conseil d'Etat va nous dire ce qu'il pense des modifications menées par monsieur Marleix, des circonscriptions électorales, qui entraînent 40 circonscriptions en moins pour la Gauche ; ce qui fait que la Gauche devra avoir 52% des voix si elle veut avoir la majorité à l'Assemblée nationale.

Donc une manœuvre ?

Oui, une petite manœuvre politique. Mais ce qui est très inquiétant sur les collectivités locales, c'est que c'est l'avenir de notre pays. Et que les français savent que les collectivités locales leur rapportent des services mieux que quand l'Etat le faisait dans la proximité. Mais ils sont aussi capables d'entraîner le développement économique, l'emploi, le développement durable de nos villes. Tout cela risque d'être cassé pour des raisons électoralistes.

Comment vous appréciez le travail du groupe socialiste, des groupes socialistes sur les textes Hadopi, celui du travail du dimanche au Sénat, à l'Assemblée ?

Un formidable travail. Très franchement je crois qu'on a des députés et des sénateurs...

... Donc le PS fonctionne bien d'une certaine manière : c'est ce que vous voulez dire ?...

Voilà, je veux dire qu'il est occulté. Vous voyez sur le CSA nous avons eu raison. Sur le travail du dimanche, cette nuit, le Sénat ; la Droite a obtenu 165 voix contre 159. Parce que pourquoi, parce que pourquoi ils se battent nos députés et nos sénateurs ? Parce que c'est un modèle de société derrière. Le Président de la République, il laisse fermer les usines. La semaine, il veut nous faire travailler le week-end. Nous on veut qu'on se batte pour relancer l'économie. C'était le plan de relance que nous avions proposé. Et on veut pas qu'on travaille le dimanche parce qu'il nous semble qu'il faut une journée où on ne parle pas de consommation, on s'occupe de sa famille, on s'occupe de ses amis, ou on a envie de se retrouver. C'est un vrai choix de société. Je crois que beaucoup le partageaient y compris à droite.

Donc quand certains, comme Manuel Valls, prônent une opposition constructive ou que d'autres comme Jack Lang déplorent le manque de doctrine du parti, ils ont tort ?

Non, je crois que nous avons le même problème que toute la démocratie, la social-démocratie européenne. Nous avons faibli sur nos valeurs alors qu'on a de plus en plus besoin de ces valeurs, de solidarité, de prise en compte de l'individu dans ce qu'il a envie d'apporter à la société. Mais d'être pris en compte aussi dans la réussite scolaire. Chaque enfant doit être pris en compte. Nous avons besoin de retrouver nos valeurs, et nous avons besoin de moderniser nos réponses. Ces dernières années on n'a pas assez travaillé pour moderniser nos réponses dans la société numérique d'aujourd'hui, au moment de la mondialisation, au moment du choc démographique et écologique. Et nous avons faibli sur nos valeurs. Donc tout le travail que nous essayons de faire aujourd'hui, mais dont on ne parle pas beaucoup parce que parfois cela est occulté par quelques paroles, c'est effectivement de reproposer un modèle de société et en attendant de nous battre pied à pied sur ce qui nous apparaît ne pas aller dans le bons sens en faisant des propositions. Parce qu'un parti d'opposition c'est aussi un parti qui propose.

Précisément sur le chômage des jeunes qui s'annonce comme le grand dossier de la rentrée, vous avez des propositions ?

Voilà. Alors nous nous travaillons ces jours-ci, c'est beaucoup plus important que tout le reste, vous comprendrez bien, sur ce que j'appellerai les impréparations de la rentrée. Le gouvernement va encore supprimer 35.000 emplois de fonctionnaires, dont 18.000 dans l'Education nationale. Nous avons besoin d'aider chaque enfant à réussir ; nous avons des propositions. Deuxièmement vont arriver sur le marché du travail 650.000 jeunes alors que le chômage des jeunes est de 20% aujourd'hui; un jeune sur cinq. Et qu'il a augmenté de quasiment 40% cette année. Nous, nous proposons qu'on crée 5.000 emplois verts; un peu comme les emplois jeunes sur des emplois d'avenir. Que nous redonnions une chance de formation à ceux qui sont partis. On appelle ça , vous savez des décrocheurs, qui sont sortis tôt de l'école et que nous soyons capables effectivement de donner une indemnisation du chômage à tous ces jeunes précarisés par des petits boulots. Voilà quelques propositions que nous mettons sur la table.

Donc vous travaillez. Venons-en à ce déballage de linge sale au parti socialiste; à cette lettre en forme d'ultimatum adressée à Manuel Valls. C'était nécessaire de la rendre publique; est-ce que vous aviez besoin de prouver votre autorité à ceux qui la contestent ?

Je pense que c'était pas cela. J'avais vu Manuel Valls ; cela ne s'est pas suffisamment dit, pendant une heure et demie. Je l'avais vu et je lui avais parlé. C'est un garçon intelligent. Je lui ai dit que je souhaiterais qu'il mette son intelligence à faire des propositions à l'intérieur du Parti socialiste, sur des sujets comme la sécurité, comme la ville qu'il connaît bien et sur d'autres. Et que je ne comprenais pas son attitude qui visait à la fois à se déclarer candidat à la présidentielle en 2017 et à dire que le Parti socialiste était mort. Et donc je lui en avais parlé. Nous en avons parlé d'ailleurs très correctement pendant une heure et demie. Je lui avais même fait  des propositions pour savoir s'il voulait rentrer à l'intérieur du parti pour travailler avec nous. Il n'a pas souhaité changer d'opinion.

Moi j'avais la réaction des Français, mais la réaction aussi des militants, des élus. Parce que vous comprenez, on est en train de préparer un nouveau plan de relance. On l'avait fait déjà fait avec Michel Sapin, avec Guillaume Bachelet, avec Alain Vidalis. On est en train de travailler sur les collectivités locales, avec Elisabeth Guigou, tous nos élus ; nous sommes en train de travailler sur les libertés avec Marie-Pierre de la Gontrie. Je vous cite tous les gens qui travaillent aujourd'hui, comme Pouria Amirshahi...

Valls, il travaille pas ?...

Nous nous battons sur les services publics. Avec Razi Amadi. Il n'apporte pas aujourd'hui les réponses. Donc je lui ai proposé, je ne dis pas qu'il travaille pas. Je suis convaincue qu'il travaille dans sa circonscription. Donc tout cela est occulté et le travail formidable de nos élus, des députés; il y a un moment donné où je joue mon rôle de premier secrétaire du Parti socialiste.

Vous êtes contente de sa réponse ?

Je m'y attendais mais on a besoin de toutes les intelligences. Là il va y avoir une petite pause. Et je pense que Manuel qui est quelqu'un d'intelligent, il va avoir entendu les milliers de militants ; parce qu'on nous avait dit gardez vous de nos amis... Non, non, non mes amis ils sont là au Parti socialiste. Les milliers de militants qui nous ont écrit. Les dirigeants du parti - Bertrand Delanoë, Laurent Fabius, Ségolène Royal -, qui se sont exprimés dans le même sens que moi. Et puis les députés à l'unanimité qui mardi ont dit : "Ca suffit, on travaille, les Français ont besoin de nous". Les français ils attendent nos réponses. Nous y travaillons, y compris pour la rentrée aujourd'hui et on voudrait que tout cela soit occulté par quelques phrases.

Vous avez été blessée par certaines formules : parti tombé dans le formol, déjà mort, arbre sec, appareil vermoulu... ? Personnellement touchée?

Vous savez, moi je crois que les Français me connaissent. Quand j'accepte une mission, je sais que celle-là n'était pas facile, nous avons perdu trois élections présidentielles, c'est pas un hasard. Ils savent que je me bats pour changer les choses. Moi ce qui m'intéresse aujourd'hui c'est d'être au côté des salariés à la rentrée, ceux qui vont continuer à être licenciés. Au côté des jeunes nous avons des propositions; nous en avions d'ailleurs sur le plan automobile; on n'aurait peut être pas les problèmes qu'on a actuellement dans certaines entreprises si on nous avait écouté. Ce qui m'intéresse c'est de faire en sorte que les socialistes soient à nouveau fiers d'être dans leur parti et que surtout les français se disent : et bien ceux-là ils travaillent pour nous. Voilà. Alors c'est tout

Martine Aubry, vous ne serez pas la première secrétaire qui changera le nom du Parti socialiste ?

Je n'en sais rien ! Très franchement, Mitterrand disait quand on a une marque comme celle-là, on la change pas; moi c'est surtout quand on a les valeurs que nous avons; la solidarité, l'égalité. Et puis nous avons montré que nous savions gérer aussi bien la Sécurité sociale dont nous avions rétabli les comptes, que la dette publique que nous avions réduit, que le chômage que nous avions réduit. Et bien quand on a fait ce qu'on a fait, aujourd'hui il nous faut travailler  collectivement et puis franchement, vous savez, ces critiques, l'important c'est la force de ceux qui ont réagi, ce sont les députés qui disent maintenant ça suffit et je pense que nos camarades vont réfléchir pendant l'été, et que nous serons capables à la rentrée d'être auprès des français, c'est la seule chose qui compte, avec des réponses.

Parfois envisager de démissionner Martine Aubry ?...

Non, vous savez moi je suis pas comme ça. Et puis très franchement, Julien Dray et BHL, que j'aime beaucoup, que j'entends, qui annoncent la fin du Parti socialiste chaque année depuis vingt ans ! Moi je suis là pour lui montrer que le Parti socialiste n'est pas terminé et pour dire aux Français vous pouvez compter sur nous. Sur nous avec la Gauche. Parce que c'est aussi ce que je à quoi je m'emploie.

par La rédaction de RTLJournalistes RTL
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2009-07-23 09:00:00