Manuel Valls : "En matière de sécurité, Nicolas Sarkozy n'est pas à la hauteur de sa fonction"

Le député-maire socialiste d'Evry répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie lundi. Manuel Valls a dénoncé des "propos tout à fait insupportables" de Brice Hortefeux, membre d'un gouvernement "qui a lié son destin aux plus riches dans ce pays". "Est-ce que le maire d'Evry, de Sarcelles, de Clichy ou de Tourcoing ou la plupart des élus socialistes qui agissent tous les jours auprès de leurs concitoyens sont dans les cafés de Saint-Germain ? Non", a-t-il fait valoir. "Cela ne nous blesse pas mais cela veut bien dire que ce pouvoir a échoué sur le sujet qui avait été pourtant l'élément de la victoire de Nicolas Sarkozy" à la présidentielle de 2007, a-t-il ajouté.

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Le député-maire socialiste d'Evry répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie Crédits Média : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Manuel Valls.

Manuel Valls : Bonjour.

Le Président de la République a remis la lutte contre l'insécurité au cœur du débat politique. Et ce week-end, dans le journal "Le Monde", le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a déclaré que "certaines voix de la Gauche milliardaire ont du mal à comprendre l'action du gouvernement en matière de lutte contre l'insécurité". Quelle est votre opinion, Manuel Valls ?

Si les violences sur les personnes n'augmentaient pas (+14%), s'il n'y avait pas autant de policiers agressés, si on n'assistait pas à des actes barbares dans notre société, si même - on pourrait en sourire - on ne  rentrait pas dans un commissariat à Nanterre par effraction pour brûler une voiture, on pourrait sourire des propos tout à fait insupportables du ministre de l'Intérieur ; et si  enfin, on considère ces propos tout à fait indécents de la part d'un ministre, membre d'un gouvernement qui depuis 2007, a lié son destin aux plus riches de ce pays, on se dit décidément que le débat sur l'insécurité qui est un sujet de préoccupation pour les Français, qui concerne notamment les couches populaires de ce pays, on se dit : assez ! Un peu plus de décence.

La formule vous blesse ?

Non parce que vous savez, est-ce que le maire d'Evry que je suis ; ou le maire de Sarcelles ; ou le maire de Clichy ; ou le maire de Tourcoing ; ou la plupart des élus socialistes qui agissent tous les jours auprès de leurs concitoyens notamment en matière de lutte contre l'insécurité, sont dans les cafés de Saint Germain ? Non. Donc, ça ne nous blesse pas mais ça veut bien dire que ce pouvoir a échoué sur le sujet qui avait été pourtant l'élément de la victoire de Nicolas Sarkozy.

Brice Hortefeux, toujours dans "Le Monde" de ce week end : "L'action engagée sous l'autorité du Président de la République, rassemble les Français". "Je me suis déplacé, dit-il, partout en France cet été et j'en reviens convaincu que nous sommes totalement en phase avec nos compatriotes". C'est peut-être vrai ?

Les affirmations de ce type ne correspondent évidemment pas à la réalité. Le pouvoir, Nicolas Sarkozy qui est en charge de la sécurité des Français depuis 2002, a échoué malheureusement aussi sur la question de la lutte contre la délinquance. Je viens de vous dire...

C'est pas forcément perçu comme ça par la population ; ce n'est pas ce que disent, par exemple, les sondages ou des éléments dont on peut disposer dans le débat ?

Malheureusement, les chiffres parlent d'eux-mêmes et l'augmentation des violences sur les personnes, les agressions contre les policiers, contre les pompiers, contre les professeurs, contre les agents des services publics, sont là pour démontrer, malheureusement et plus particulièrement dans les quartiers populaires, que l'insécurité est une réalité. Donc il y a là un échec. La question peut-être, est posée sur l'alternative, sur quelle politique de sécurité la Gauche peut fonder sur ce sujet comme sur d'autres sa véritable crédibilité...

Ca n'existe pas aujourd'hui.

... C'est là-dessus qu'il y a aujourd'hui évidemment du travail. Mais Jean-Michel Aphatie...

On n'entend pas. On ne perçoit pas. On ne voit pas quel est le sujet de la Gauche...   

Eh bien je crois qu'on va attendre parce que moi, je vais vous le dire, je suis convaincu que les socialistes plus particulièrement et la Gauche d'une manière générale, ont opéré ces dernières années, un véritable changement dans ce domaine-là grâce notamment à l'action des maires.

Ca ne s'incarne ni dans une personnalité, ni dans des propositions que l'opinion publique aurait repérées ?

Ca viendra progressivement, vous savez à l'Assemblée nationale,  j'y viendrai, Bruno Leroux, Delphine Batho, moi-même avons déjà porté les propositions du Parti socialiste ; et encore une fois, je le répète : la somme de l'expérience, la force que représentent les élus locaux doivent bâtir une politique de sécurité qui, moi j'en suis convaincu sera bien plus efficace que celle qui est menée depuis 2002 et qui allie évidemment  tous les aspects de la rénovation urbaine à la politique éducative, en passant  - et pour moi c'est essentiel - aux moyens qu'on donne à la chaîne pénale, police - justice pour être véritablement efficace.

Sur ce sujet, cet été, Martine Aubry a été muette. Ca vous inquiète ?

Mais moi, je crois que ça ne sert à rien non plus de courir derrière les propos du Président de la République et des ministres qui se livrent à une course à l'échalote dans ce domaine-là. Martine Aubry interviendra dans quelques jours à l'université de La Rochelle, sa parole sera d'autant plus forte. Mais nous devons parler sur cette question de la sécurité avec force et moi je propose que nous lançions l'idée de véritables états généraux en matière de sécurité pour mobiliser la société. Vous savez, pour lutter contre l'insécurité, il ne faut pas uniquement des moyens, il ne faut uniquement plus de policiers, il faut aussi mobiliser toute la société, tous les acteurs, créer les conditions d'une véritable coproduction.

Et puis, il faut évidemment plus de moyens parce qu'on a supprimé 9.000 postes de policiers depuis 2007 ; et puis, il faut, par exemple, que les 5.000 policiers qui sont chargés du transport des détenus soient, eux, véritablement aussi sur le terrain et qu'on les remplace par un corps particulier qui soit chargé de cette fonction.

Voterez-vous au Parlement, Manuel Valls, comme l'a proposé le Président de la République dans un discours à Grenoble, la déchéance de nationalité de tout Français naturalisé récemment qui agresserait un représentant des forces de l'ordre ? Est-ce que ce serait un signal qui vous paraîtrait adapté ?

Non, parce que c'est contraire à nos principes républicains, à nos valeurs. Évidemment, il faut que ceux qui se livrent à des actes de violences qui sont des criminels soient punis avec la plus grande sévérité, notamment quand on s'attaque aux forces de l'ordre ; mais là ce qui est encore une fois insupportable, c'est cet amalgame entre l'insécurité et l'étranger, et c'est ce que cherche le Président de la république en désignant ce qui serait de véritables ennemis de l'intérieur. Vous me parliez de rassemblement tout à l'heure à travers les propos de Brice Hortefeux : non le Président de la République n'est pas à la hauteur de sa fonction, parce que précisément, il divise les Français à un moment où la crise économique et sociale nécessiterait au contraire du rassemblement, il joue là avec le feu, avec des thèmes qui peuvent créer les conditions qui remettent le Front national au cœur du débat, c'est peut-être ce que le Président de la république recherche, c'est une mauvaise chose, c'est dangereux pour la démocratie et pour nos valeurs.

Le gouvernement procède actuellement au démantèlement de camps illégaux de Roms et reconduit chez eux, en Roumanie notamment ceux qui le souhaitent, ce sont des reconductions volontaires pour l'instant. Vous approuvez cette politique, Manuel Valls ?

Nicolas Sarkozy en juillet 2002, avait déjà annoncé comme ministre de l'Intérieur, le démantèlement de tous les camps de Roms. Il était déjà allé en Roumanie, en Bulgarie pour traiter ce problème-là. Il se sert à travers également là les mots qui amalgament la question des Roms, la question des gitans, des gens du voyage pour désigner une population. Il y a un problème Roms, incontestable au niveau européen...

Mais est-ce qu'il faut démanteler ?...

Mais évidemment qu'il faut démanteler. Mais pourquoi ça n'a pas été fait avant ? Les Roms vivent dans des conditions tout à fait insupportables. Nous avons dans le département de l'Essonne des camps de Roms, évidemment il faut traiter cette question-là ; mais faire croire que c'est à travers ce démantèlement qu'on règle les problèmes de sécurité dans notre pays, c'est se livrer là encore une fois à un amalgame qui est tout à fait insupportable.

Mais le faire maintenant, il faut le faire ?

Il faut toujours agir pour faire respecter la loi, mais pas dans ces conditions, pas dans ces mots, et en désignant encore une fois des gens à la vindicte.

Un commentaire rapide d'un sondage que publie ce matin Libération. Sondage Viavoice. Beaucoup de Français souhaitent l'alternance : 55%, en 2012. Donc ça c'est favorable à la Gauche. Loin en tête, très loin en tête : Dominique Strauss-Kahn. Un commentaire ?

Que Dominique Strauss-Kahn, de par les fonctions qu'il occupe aujourd'hui à la tête du FMI, soit plébiscité par de nombreux Français qui espèrent qu'il soit candidat à la Présidence de la république, me paraît au fond assez logique.

Vous l'espérez, vous ?

Mais c'est une décision qui lui appartient...

Non mais ça, je sais ! Oui mais vous, vous l'espérez ?

Mais quand on est candidat à la présidence de la République, quand on aime son pays, quand on veut apporter son expérience, c'est une décision qui lui appartient. S'il prend cette décision, Jean-Michel Aphatie, ça changera la donne. En attendant, moi je trace tranquillement la voie d'une Gauche populaire, et moderne, et d'une nouvelle génération.

D'accord. Et dans ce sondage, Martine Aubry loin derrière !

Dans ce sondage, il y a une envie de Gauche et c'est ça qui aujourd'hui m'intéresse ; mais il y a aussi, Jean-Michel Aphatie, beaucoup de travail à faire pour être encore crédible ; c'est à ce à quoi nous devons tous nous attacher.

Manuel Valls, invité de RTL ce matin. Bonne journée.
    
   
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2010-08-23 09:55:00