Le lapsus de Jospin sur RTL : "DSK, directeur général du Front national international" (vidéo)

L'ancien Premier ministre socialiste répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie vendredi matin, à l'occasion de la publication de son livre "Lionel raconte Jospin", aux éditions du Seuil. Evoquant Dominique Strauss-Khan, l'ex-leader de la Gauche plurielle a commis un lapsus, le qualifiant de "directeur du Front national international" - au lieu de dire "directeur du Fonds monétaire international". Et de reprendre : "Vous voyez, il était temps que je m'arrête !"

Elizabeth Martichoux >
L'ancien Premier ministre socialiste répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie Crédits Média : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Lionel Jospin.

Lionel Jospin : Bonjour

Vous avez raconté votre long parcours politique - plus de quarante ans- à Patrick Rotmann et Pierre Favier, qui en ont fait un documentaire que France 2 diffusera les 14 et 21 janvier prochains, et un livre publie l'intégralité de vos entretiens. Il est édité par les éditions du Seuil. Quel a été le plus beau jour de votre vie politique, Lionel Jospin ?

Le 10 mai 1981.

Incontestablement ?!

Ah oui, incontestablement ! En plus, c'est le pivot de la période pour moi. Mais c'est le plus beau jour du point de vue des émotions, de la joie.

C'est le plus beau souvenir, la victoire et ce qui a suivi qui s'est...

Non, les souvenirs sont diffus parce que les souvenirs c'est les souvenirs des meetings, du plaisir, des rencontres, de la fraternité, comme je l'ai dit. Dans tout un parcours comme celui-là, ce qui me frappe c'est que quand je regarde en arrière, c'est la gaieté.

La gaieté !

Donc, la gaieté, elle a été presque constante.

Vous avez été un homme politique heureux ?

Oui, absolument complètement, oui. C'est pourquoi je suis un ancien - pour reprendre les termes qui ont été employés - serein.

Mais pourtant, beaucoup d'épreuves, beaucoup d'échecs, beaucoup de désillusions, l'histoire collective de la Gauche, votre défaite à l'élection présidentielle de 2002. Qu'est-ce qui fait qu'au bout du chemin vous puissiez dire que malgré tout, vous avez été un homme politique heureux ?

Quand on voit les tragédies du siècle et même les tragédies du jour, quand on voit, par exemple, avec quel courage les jeunes Iraniennes et Iraniens se battent contre un régime despotique, on se dit que les défaites dans les démocraties sont douces par rapport à ce qui menace les combattants de la liberté, ailleurs. Donc moi je relativise ça, peut-être parce que je suis un peu historien.

L'histoire vous a épargné dans votre carrière politique, les épreuves, au fond, c'est ce que vous voulez dire ? Pas de tragédies ?...

J'ai subi des défaites, je les ai partagées avec les socialistes ; je pense, par exemple, à 1993, la défaite aux élections législatives. Celle qui a été peut-être la plus solitaire, mais de mon fait,  puisque j'ai décidé de me retirer de la vie politique active, c'est évidemment celle de 2002. Mais quand vous savez pourquoi vous avez été battu, un type un peu rationnel comme moi, eh bien finalement, est à l'aise.

Un peu rationnel ou beaucoup, on vous l'a reproché selon vous ?

Oui, enfin il vaut mieux un peu trop de rationalité qu'un peu trop d'irrationalité !

Vous dites ceci à la page 265 du livre, Lionel Jospin,à propos justement de votre élimination au premier tour de l'élection présidentielle. "Le 21 avril, aujourd'hui, la Gauche ne s'est apparemment toujours pas remise de ce coup de massue". Vraiment ?

Oui, c'est possible ; mais d'abord je voudrais...

"C'est possible", quoi ! Ah non, vous le dites ? Non, c'est vous qui dites : "La Gauche ne s'est pas remise".

Oui, mais ce n'est pas parce que je le dis que c'est vrai. Je veux dire, donc je dis : c'est possible.

Ah bon !

Moi je le pense.

Vous le pensez. Mais pourquoi le pensez-vous alors, oui c'est ça la question ?

Attendez... Ce que je voudrais dire, d'abord, à ceux qui nous écoutent c'est que ce livre n'est pas un livre sur le 21 avril. On le tire vers soi, bien sûr ; mais c'est l'histoire d'un itinéraire, personnel et politique, et une histoire des socialistes et de la Gauche, peut-être aussi subjectivement dans la Gauche, un peu pas une histoire de France mais une histoire d'un certain nombre de grands événements auxquels les Français ont été mêlés et la Gauche aussi quand elle était en responsabilités. Bien.

Si j'essaie  d'être politique et pas psychologique, pour répondre à votre question. Le 21 avril, quel était le problème ? L'unité.Aujourd'hui, quel est le problème ? L'unité. Voilà. Donc, c'est dans ce sens qu'elle ne s'en est toujours pas remise parce qu'il y a plutôt plus de fractionnements depuis, que plus d'unités. Il y a eu un rassemblement quand même fugitif au moment de 2007, derrière la candidature de Ségolène Royal... Et puis, les choses... Parce que, bon, on avait compris que s'il y avait cinq candidats de la Gauche de gouvernement, celle qui était dans ma majorité plurielle, eh bien on recommençait, si vous voulez... Donc, il y a eu ce rassemblement. Depuis, il y a fractionnement, voilà.

C'est en ce sens que vous dites que la Gauche n'est pas remise parce qu'elle est toujours divisée, c'est ce que vous voulez dire ?

C'est l'explication la plus simple, parce qu'on a dix minutes.

Voilà, il y en a peut-être d'autres, mais on n'aura pas le temps de les explorer. Vous n'avez pas été remplacé à la tête du Parti socialiste, on peut dire les choses comme ça, Lionel Jospin ?

Non, il n'y avait pas à me remplacer à la tête du Parti socialiste, puisque François Hollande y était depuis cinq ans.

Vous comprenez ce que je veux dire : comme leader du Parti socialiste, vous n'avez pas été remplacé ?

C'est vrai qu'il y a une période (où François Mitterrand...) la plus longue, sans doute la plus fructueuse parce qu'elle a été fondatrice, elle a fait d'un parti d'à-point comme je dis dans "Le Monde", hier, un parti d'influences, un parti capable de construire une coalition et de remporter le pouvoir, autour de François Mitterrand dont le leadership a été contesté, par exemple par Michel Rocard, mais finalement assuré.

Et puis, il y a eu une période plus brève où j'ai assumé ce rôle de leader. Disons qu'aujourd'hui, des hommes et des femmes ont rempli des fonctions estimables de combat électoral ou de direction du parti, et je les respecte tous, mais la question d'un leadership est encore posée. C'est une des questions que le Parti socialiste s'apprête à résoudre dans la période qui vient.

Pourquoi êtes-vous si difficile à remplacer, Lionel Jospin ?

Non, mais c'est donné par les événements. A un moment, il faut...

Je sais que je vous oblige à être immodeste en répondant à ces questions. Vous refusez !

A un moment, il faut un primus inter pares. Le problème c'est qu'il y a beaucoup de talents au Parti socialiste. Il faut que ces talents en acceptent un, de talent, qui les fédère. A eux de le faire.

Vous le dites très justement. Lire votre livre c'est comprendre quarante ans d'histoire de la Gauche française, de ce courant de pensées.

Oui. J'essaie, oui.

Alors telle que vous connaissez et ressentez l'histoire de la Gauche, telle que vous l'avez décrite, pensez-vous qu'un directeur général du Fonds monétaire international avec ce que ça veut dire puisse un jour représenter la Gauche française lors d'une élection présidentielle ?

Ce n'est pas un directeur général du Front national classique...

... Du FMI.

... Oui, qu'est-ce que j'ai dit ?

Du Front national !

Oui. Bon. Voyez que... qu'il était temps que je m'arrête, hein (rire)...

FMI, voilà.

Donc, ce n'est pas un directeur général du Fonds monétaire international classique, d'une part parce que lui-même n'est pas tout à fait classique puisqu'il vient du socialisme, et d'autre part, parce que la période n'est pas classique. La période est une période de crise. Le Fonds monétaire international, donc, doit jouer un rôle de régulateur. Ce n'est pas facile. Il y a d'autres forces  qui veulent le jouer à sa place ce rôle ; mais si ce rôle est rempli, écoutez c'est une fonction dans laquelle quelqu'un se sera exprimé.

A vos yeux, ce n'est pas rédhibitoire ?

Je fais remarquer, d'ailleurs, que le personnel socialiste ne doit pas être si mauvais puisqu'on a pu trouver qu'un socialiste pour diriger le Fonds monétaire international et un autre socialiste, Pascal Lamy, que j'avais d'ailleurs désigné, proposé comme commissaire européen quand j'étais au gouvernement pour diriger l'autre grande organisation jumelle, l'Organisation mondiale du commerce, l'OMC. Vous avez dit l'OMS, ou quoi ?

Non, non j'ai dit l'OMC.

Vous faites des lapsus ! (rire)

Ah pas du tout, moi je ne fais pas de lapsus. Enfin, ça m'arrive aussi mais donc ça n'handicape pas Dominique Strauss-Kahn, la fonction qu'il occupe aujourd'hui parce que dans l'imaginaire de Gauche, le FMI a toujours été plutôt libéral...

Non, tout le monde sait... Oui mais là... On n'est plus à l'époque du consensus de Washington, c'est-à-dire d'une doctrine libérale qu'on devait d'ailleurs imposer aux pays débiteurs qui étaient des pays pauvres ; mais maintenant, les pays débiteurs sont les pays riches. Donc, ils sont bien obligés de changer. Simplement, il y a plusieurs hommes et femmes qui sont susceptibles d'être le candidat du Parti socialiste à la prochaine élection présidentielle 2012 ; et je n'ai personnellement à en désigner aucun.

Le documentaire que diffusera France 2 et qui donc, relate votre vie politique, le 14 et le 21 janvier prochains, est passionnant, il y a beaucoup d'images d'archives ; et il est aussi étrange, Lionel Jospin. Vous racontez votre vie politique et aucune autre personne ne vient contredire les faits que vous rapportez ou la version des choses que vous y livrez, c'est assez rare ; est-ce vous qui avez souhaité cela ?

Non. Absolument pas. Il faudrait poser ces questions à Michel Rotmann, le producteur et plus encore à Patrick Rotman, le réalisateur du film. Il avait fait 68, il avait fait ce film remarquable "le Mur de Berlin", il y a quelques mois, il avait fait un Mitterrand et un Chirac, et ...

... Mais où les points de vue sont confrontés, là.

Absolument. Mais c'est lui qui a choisi cela, totalement. Moi je n'ai rien demandé et je n'ai d'ailleurs pas contrôlé le résultat du film.

Ce n'était pas une condition pour faire le film, que vous soyez le seul à vous exprimer ?

Non, absolument pas. Il n'a pas voulu répéter un exercice, il a voulu tenter celui-là ; et moi je ne porte pas jugement sur les prestations de l'acteur principal ou de l'acteur unique mais vous avez eu raison de rappeler qu'il y a d'autres personnages parce qu'ils sont là avec les archives, les images, etc. Mais le travail d'expressions d'une interrogation sans question d'une certaine façon et avec un seul présent, du point de vue d'un travail de réalisation, est absolument remarquable.

Lionel racontait Jospin, ce matin, sur RTL. Bonne journée.

par Jean-Michel AphatieJournaliste RTL
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2010-01-08 08:55:00