Laurent Wauquiez : "En face de chaque délit, il doit y avoir une peine"

Laurent Wauquiez, député UMP de la Haute Loire, ancien Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, répondait aux questions de Philippe Corbé mercredi matin. Il a réagi aux propos de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, sur les centres éducatifs fermés. "Ce que révèle ce fait, comme d'autres précédents, c'est un vrai problème d'autorité du président de la République sur son équipe", a-t-il dit. L'ancien ministre a aussi donné son point de vue sur les prix de l'essence et sur le combat pour la présidence de l'UMP entre François Fillon et Jean-François Copé.

Laurent Wauquiez le 4 janvier 2012 sur RTL
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Laurent Wauquiez : "En face de chaque délit, il doit y avoir une peine" Crédit Média : Philippe Corbé Télécharger

Philippe Corbé : les prix à la pompe poursuivent une tendance à la hausse depuis le début de l'été. Est-ce que vous demandez au gouvernement de bloquer temporairement les prix comme l'avait promis le candidat François Hollande ?

Laurent Wauquiez : moi, ce que je demande au gouvernement, c'est d'arrêter de tergiverser tout de suite. Sur ces questions de pouvoir d'achat, ce qui me gêne, c'est qu'il y a deux poids deux mesures. Quand il s'agit de mettre les pénalités sur les classes moyennes, c'est tout de suite. Et on l'a vu sur les heures supplémentaires, où le gouvernement et le parlement, même par voie d'amendement, a fait sauter immédiatement les avantages qui étaient liés aux heures supplémentaires, y compris l'impôt sur le revenu. Donc là, quand il s'agit de prendre de l'argent, on décide tout de suite. Et alors qu'en plein mois d'août, au moment des vacances, on voit le prix à la pompe qui augmente, là, par contre, on tergiverse. Ça fait 3 mois. C'était une promesse du Président de la république François Hollande, et on a une réponse de Moscovici qui nous dit, bah ça viendra le moment opportun.

Ce que disait Pierre Moscovici justement à ce micro de RTL la semaine dernière, c'est ce c'était assez cocasse de voir l'UMP demander d'appliquer cette promesse que vous dénonciez de manière assez violente pendant la campagne.


J'ai envie de dire, il faut que cette campagne arrête de servir d'alibi. Maintenant, on est un gouvernement. Il y a des mesures et des nouveaux faits auxquels il fait face, notamment la hausse du prix de l'essence, ce que nous attend de lui, c'est qu'il agisse. La question, ce n'est pas de savoir si nous on l'a fait il y a deux ans, si on l'a fait il y a trois ans. Maintenant, ils sont au pouvoir, il faut qu'ils agissent. Et je le dis très simplement : il faut qu'il y ait une action tout de suite. On ne peut pas avoir deux poids deux mesures ou quand il s'agit d'aller faire la poche des Français, ils agissent tout de suite.

La poche des Français ? Vous y allez un peu fort quand même.

Je ne sais pas si vous avez vu ce qui s'est passé sur les mesures au Parlement qui ont été adoptées. Il y a 3 milliards d'euros qui sont repris par le biais des heures supplémentaires sur le pouvoir d'achat des Français. Et là, ce qu'on voit au contraire, c'est qu'il y a une volonté un peu de repousser, de prendre du temps pour en fait engranger par la hausse du prix de l'essence, le maximum de recettes. Donc le moment opportun, c'est tout de suite. Arrêter et empêcher l'inflation du prix de l'essence, il ne faut pas attendre. C'est maintenant.

Alors, Laurent Wauquiez, on parlait avec Yaël Goosz il y a un instant de ces propos de Christiane Taubira concernant les centres éducatifs fermés, et plus généralement l'enfermement comme politique pénale. On peut être d'accord ou pas avec ce qu'elle dit, mais elle pose quand même la question de la surpopulation carcérale, et on constate aujourd'hui qu'on atteint des chiffres absolument record de surpopulation dans les prisons, et pour autant, quand on regarde les chiffres de la délinquance de ces derniers mois et de ces dernières années, il y a une hausse constante des violences aux personnes et une explosion des cambriolages. Donc l'enfermement ne peut pas être, comme elle le dit, la seule réponse à la délinquance.

Je pense, et d'ailleurs vous l'avez très bien souligné sur votre antenne, il y a deux sujets. Le premier sujet, d'abord, c'est effectivement un sujet de fond. Mais la surpopulation carcérale ça ne se gère pas en envoyant moins de gens en prison. C'est-à-dire qu'en gros on répondrait à des peines et à des délits. On ne va pas vous sanctionner parce qu'on n'a pas assez de place pour vous mettre en prison. C'est pas possible.

Non, mais ce n'est pas la seule solution. C'est ce qu'elle dit en fait.

Je trouve surréaliste que la ministre de la Justice dise ça. C'est-à-dire qu'en fait, face à des délits, on ne mettrait plus de peines en place parce qu'on n'a plus de places en prison ?

Non, mais ce sont des peines différentes. Des aménagements de peines par exemple, ce que faisait déjà en partie le gouvernement précédent d'ailleurs.

En tout cas, ce qui me semble très clair, c'est qu'en face de chaque délit, il doit y avoir une peine. Et que la principale difficulté aujourd'hui, c'est un sentiment d'impunité de certains, qui se disent : de toute façon, dans la République aujourd'hui, on peut faire un certain nombre de délits, on peut enfreindre les lois de la République, on ne sera pas poursuivi. Et que la ministre de la Justice, qui est là pour défendre les lois de la République, tienne ce genre de discours, je trouve ça personnellement un peu inquiétant. Mais derrière, si je puis me permettre, il y a un problème de forme. Il y a un problème très important. C'est que ce que révèle ce fait là, comme d'autres précédents, c'est un vrai problème d'autorité du président de la République sur son équipe. Christiane Taubira contredit ostensiblement les propos du président de la République sur les centres éducatifs fermés, et avant elle, Manuel Valls, au fond, s'est assis sur une des promesses de campagne qui était le récépissé sur le contrôle d'identité. Et on a eu également Delphine Batho, qui, sur le sujet qu'on a évoqué, le blocage des prix de l'essence, a également pris une position inverse.

La ministre de l'Ecologie...


Exactement. Et donc je trouve qu'on a un vrai problème en ce moment d'autorité. C'est qu'on a un président de la République qui ne tient pas son équipe gouvernementale. Alors évidemment, il nous explique que ce n'est pas son travail. Mais c'est son travail. On a besoin d'un Président qui tient, surtout dans cette période, fermement le gouvernail. Chacun exprime ses idées, ses convictions personnelles. Et il n'y a pas de cap qui soit tenu.

Alors pour préciser à ceux qui ne suivent pas dans le détail le combat pour la présidence de l'UMP, vous, vous êtes un lieutenant de François Fillon dans la course à la président de l'UMP. Il est candidat. Jean-François Copé sera candidat à la fin août. On a du mal à comprendre, au fond, ce qui sépare vraiment en réalité Copé et Fillon, à part la compétition pour la présidentielle de 2017 dans 5 ans, ce qui est long quand même.

D'abord, la première chose, c'est que la volonté de François Fillon, c'est de faire une campagne en positif. Ça repose d'abord sur une conception de ce qu'est un parti et un débat démocratique. Nous, on plaide pour avoir le débat qui soit le plus large et le plus transparent possible. Donc chaque militant doit pouvoir être impliqué. Et on vient d'avoir une nouvelle, qui est une nouvelle importante pour la façon dont ça va se passer, c'est que la CNIL vient de valider nos positions en disant que bien évidemment, rien ne s'opposait à ce que les candidats à cette présidence puissent consulter et s'adresser directement aux militants, notamment par le biais des fichiers de militants.

Qu'est-ce que vous voulez dire ? Que Jean-François, secrétaire général du parti, retenait les fichiers de militants et l'utilisait pour sa propre campagne ?

Ce n'est pas ce que j'ai dit. La seule chose, c'est qu'on avait un débat interne....

Je décrypte pour les auditeurs.

On avait un débat interne où certains nous disaient, non, on peut pas utiliser les fichiers parce que la CNIL nous l'interdit. Non. La CNIL vient de dire et de valider ce qu'étaient les positions de François Fillon depuis le début. On peut organiser un débat large et transparent. Et pour notre parti, ça peut être un grand exercice démocratique.

Au fond, on n'a pas compris quelle était la différence entre Copé et Fillon.


Alors ensuite, il y a une différence sur la conception de l'UMP. Ce que François Fillon veut faire, c'est imprimer un nouvel élan à l'UMP où on remet les militants au cœur du parti. Un parti qui fonctionne correctement, ce n'est pas avec des instructions qui tombent du haut en bas. C'est pas le siège national qui doit tout décider.

Comme ça fonctionnait auparavant avec Nicolas Sarkozy qui donnait des ordres, lorsqu'il était président de l'UMP, de manière très ferme.


Pas du tout. Là, c'est votre approche. Et permettez-moi... Je vais revenir à ce que j'ai dit au début. C'est-à-dire que nous, notre souhait, c'est de faire une campagne en positif, ce qui ne veut pas nécessairement dire qu'on considère que les autres en face sont en négatif ou qu'avant, tout était mauvais. On essaye de faire bouger les choses. Notre parti a rarement eu des débats comme ça. C'est pas dans notre tradition. Ce que nous on souhaite, c'est de l'utiliser au maximum pour que ce soit un vrai moment démocratique et notamment qu'on fasse en sorte que les adhérents de notre parti puissent être quelque part les vigies du bon sens. Et puis la dernière chose, c'est que oui, nous, notre approche, c'est que cette élection, c'est pas juste une élection où on choisit le tenancier du parti. C'est un débat et c'est une élection qui touche à l'avenir de notre pays. On voit bien qu'en ce moment, il y a des nuages noirs, qui s'accumulent à répétition à l'horizon. Qu'on a un parti socialiste qui roule un programme très idéologique, que l'on a évoqué tout à l'heure avec les positions de Christiane Taubira sur les peines et les centres éducatifs fermés. Ce que François Fillon dit, c'est qu'on ne peut pas être spectateur. On doit pouvoir arrêter ça. On doit pouvoir proposer une alternative. C'est des propositions très fortes que Fillon a faites, qui sont des propositions sur lesquelles il a mis des marqueurs dès le début. Par exemple sur les déficits.

On y reviendra. Je voulais juste vous poser une question rapidement. Vous êtes maire du Puy-en-Velay. Il y aura le 15 août lors de l'assomption une prière adressée par l'Eglise de France, qui est interprétée comme une prière contre l'homoparentalité, contre l'évolution du droit de la famille voulue par le gouvernement. Est-ce que vous allez vous, vous associer à cette prière ?


Pardonnez-moi, mais moi je suis un homme politique, donc la question n'est pas de savoir si je vais aller prier ou non et quel est le contenu de ma prière.

Nadine Morano nous disait avant-hier qu'elle ne s'associait pas, elle, en tant que femme politique catholique à cette prière.

Moi, je prends des positions qui sont des positions dans le débat public, et dans mes interventions politiques, pas par ma prière. Et mon rôle et dans l'action publique. Et mon rôle dans l'action publique est très clair. C'est la position qui est la position de ma famille politique. Et qui est contre la possibilité d'adopter des enfants pour les couples homosexuels. Et mes positions je les prends pas mes débats publics, pas par ma prière. C'est mon rôle d'homme politique.

par Philippe CorbéJournaliste RTL
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Laurent Wauquiez, député UMP de la Haute Loire, ancien Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, répondait aux questions de Philippe Corbé mercredi matin. Il a réagi aux propos de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, sur les centres éducatifs fermés. "Ce que révèle ce fait, comme d'autres précédents, c'est un vrai problème d'autorité du président de la République sur son équipe", a-t-il dit. L'ancien ministre a aussi donné son point de vue sur les prix de l'essence et sur le combat pour la présidence de l'UMP entre François Fillon et Jean-François Copé.
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2012-08-08 08:15:00
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