Laurent Fabius : "Les aménagements au projet de réforme des retraites sont insuffisants"

L'ancien Premier ministre socialiste, député de Seine-Maritime, répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie jeudi matin.

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L'ancien Premier ministre socialiste, député de Seine-Maritime, répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie Crédits Média : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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Jean- Michel Aphatie : Bonjour, Laurent Fabius.


Laurent Fabius : Bonjour.

Le Président de la République a annoncé, hier, des aménagements au projet de réforme des retraites. Vous paraissent-ils suffisants ?
 
Non. Non. Ce sont des retouches mineures et comme l'on dit les syndicats, notamment la CFDT, c'est du bricolage, donc ça ne touche pas au fond de la réforme nécessaire et donc, ce n'est absolument pas suffisant.

Et donc ?

Et donc, il faut continuer la mobilisation. Elle a lieu évidemment à l'Assemblée nationale où nous présentons notre projet parce qu'il y a un point qui est quand même très intéressant dans les derniers jours, c'est que jusqu'à présent, le gouvernement faisait croire que c'était ou son projet, ou rien du tout. Aujourd'hui, on commence à s'apercevoir qu'il y a deux projets.

Ah quand même !

Oui, on commence.

A peine !

Mais c'est difficile, vous le savez bien. On commence à s'apercevoir qu'il y a deux projets : la régression qui est proposée par le gouvernement et le projet élaboré par les Socialistes en liaison avec les syndicats. Et là, le débat  va être plus intéressant. Donc, il faut continuer la mobilisation au parlement, et puis...

... En liaison avec les syndicats.

... Dans la rue.

Comment ça, en liaison avec les syndicats ?

Mais bien sûr ! Il y a une concertation très approfondie avec les syndicats avant que nous publions notre projet qui est un projet qui a deux caractéristiques tout à fait différentes du gouvernement. D'une part, il est juste. Et d'autre part, il est financièrement équilibré. Alors, le projet du gouvernement est complètement injuste ; et en plus, il ne tient pas la route financièrement.

Qui fait la loi dans une démocratie représentative, Laurent Fabius ? La rue, ou le Parlement ?

Le Parlement.

Ah !

Le Parlement.

Quelquefois, quand on écoute des dirigeants socialistes, on a l'impression que ça n'est pas comme ça que ça se passe...

Non. Non. C'est le Parlement, c'est clair ! Mais la question que vous posez, c'est celle de la légitimité ?

Je ne sais pas.

Si. C'est la légitimité ; mais moi j'ai repris quand même tout ce qui s'est dit depuis quelque temps là-dessus ; et je voudrais vous faire une citation de monsieur Sarkozy. En 2008, il était Président de la République, monsieur Sarkozy (et elle est très courte...). On lui disait : est- ce que vous allez allonger la durée du travail à 62 ans ? Et il disait, en 2008 - Président de la République...

Et où a-t-il dit ça, d'ailleurs ?
    Il a dit ça en réponse à une question sur madame Parisot.

Ah ! C'était sur RTL.

... Ah très bien, vous le savez. "Je ne le ferai pas pour un certain nombre de raisons ; et la première, c'est que je n'en ai pas parlé pendant ma campagne présidentielle. Ce n'est pas un engagement que j'ai pris devant les Français. Je n'ai donc pas de mandat pour faire cela et ça compte, vous savez, pour moi".

Donc, si je reprends votre raisonnement, la réforme n'est pas injuste. Elle est illégitime ?

Elle est non seulement injuste, non seulement non financée mais en plus, je trouve extrêmement choquant  que le Président de la République qui n'a pas de mandat dans sa campagne présidentielle et qui reconnaît lui-même une fois élu qu'il n'a pas de mandat, utilise finalement - je reviens à votre question - la Majorité parlementaire pour faire passer ce texte.

Entendez-moi bien, Jean-Michel Aphatie ! Il est évident qu'il y a besoin d'une réforme, ça personne ne le conteste, en tout cas personne de censé. Mais dire comme le Président, le gouvernement, monsieur Woerth, que c'est ça leur projet ou rien, je n'en suis absolument pas d'accord et nous demandons, je demande, que l'on se fonde sur le projet des socialistes : projet contre projet.

Puisque vous citez le Président de la République sur RTL en avril 2008, la réforme est illégitime, si on vous suit ?

Non, je ne dis pas ça ! Je dis qu'elle est mauvaise. Je ne conteste pas la légitimité...

Quelqu'un qui n'a pas présenté ceci dans une campagne électorale a le droit ou pas de faire une réforme des retraites ?

Mais ça pose un vrai problème, c'est-à-dire qu'au fond, appelons un chat, un chat, il a menti.

Humm ! Vous serez dans la rue, le 23 ?

Oui, j'y étais déjà d'ailleurs la dernière fois, à Rouen, chez moi.  Et ce qui m'a frappé, comme tout le monde, c'est le nombre ; mais aussi, la maturité. C'est-à-dire que j'insiste, tous les manifestants reconnaissent qu'il y a besoin d'une réforme, simplement sur quoi ils protestent avec raison ? D'abord, la question de la pénibilité - bon - qui n'a pas été traitée, hier, par le Président. Là, c'est une arnaque, si je peux dire. On appelle pénibilité. En fait, on veut traiter l'invalidité. C'est deux choses différentes. Pendant des années et des années, on a dit quoi ? La pénibilité c'est quand vous avez travaillé en trois-huit, que vous avez travaillé sur les fours, etc. Et il a toujours été entendu qu'on aurait une bonification d'un an pour dix ans de travaux pénibles. Aujourd'hui, c'est quoi ? Vous n'aurez droit à quelque chose que si vous êtes malade et invalide. C'est scandaleux. Mais en plus, la première mesure qui est négative pour la pénibilité, c'est de supprimer le droit à la retraite à 60 ans.

Vous serez dans la rue, comme vous y étiez le 7, vous y serez le 23. Est-ce que c'est la place d'un dirigeant d'un parti de gouvernement d'être dans la rue ?

Je n'y vais pas toujours, bien sûr, parce que c'est d'abord, une affaire syndicale mais lorsqu'il s'agit d'une affaire aussi importante et qui touche des millions et des millions de Français et qui engage le futur du pays, je trouve qu'il est normal, pas d'être en première ligne, mais d'être là au soutien. Bon.

Et j'insiste à nouveau sur cet aspect financier. Vous savez que moi je fais très attention aux finances publiques, ce qui me paraît extrêmement choquant aussi dans le projet du gouvernement, c'est que contrairement à ce qui est dit, il n'est absolument pas financé, c'est-à-dire que si le projet du gouvernement passe, il faudrait revenir dans trois ou quatre ans. Et la proposition des Socialistes qui est plus ambitieuse, difficile d'un certain point de vue, parce que ça demande des efforts, elle permet d'équilibrer pendant des décennies.

Quelle chance !

Non, pas quelle chance. Il est normal d'être responsable ; et il est anormal de proférer des mensonges.

Je voudrais vous soumettre une polémique qui oppose un dirigeant socialiste, Ségolène Royal en l'occurrence, et le gouvernement. Ségolène Royal a écrit la semaine dernière au ministre de la Défense, Hervé Morin, pour lancer "une expérimentation sur l'encadrement militaire des délinquants dans la région Poitou-Charentes". Réponse d'Hervé Morin, ministre de la Défense : "Ce n'est pas le travail des militaires". De quel côté êtes-vous, Laurent Fabius ?

Ma position est connue. Effectivement, les militaires ont en charge d'abord essentiellement la sécurité du pays.

L'encadrement militaire des délinquants, vous n'êtes pas pour ?

Non, je ne crois pas. En revanche, je suis pour une vraie politique de sécurité et puisqu'on parlait du vocabulaire tout à l'heure, je suis toujours choqué lorsqu'on dit : la politique sécuritaire du gouvernement. Elle n'est pas du tout sécuritaire. Sécuritaire pour 95% des Français, ça veut dire qui apporte la sécurité. Or, ils n'apportent absolument pas la sécurité.

D'autres questions d'actualité.

Allez-y !

Bernard Tapie, membre des Radicaux de Gauche, va percevoir 210 millions d'euros pour règlement définitif du dossier du Crédit Lyonnais. Ca vous choque ou vous trouvez ça normal ?

On avait parlé de 50 millions, je crois. Ca faisait déjà beaucoup d'argent.

Ca vous choque alors ?

Je crois que beaucoup de Français considèreront que ça fait beaucoup d'argent ; mais je ne pense qu'il perçoit ça à titre de Radicaux de Gauche. Donc, soyons clairs !

Non, mais par ailleurs, il est membre des Radicaux de Gauche, et peut-être candidat à la prochaine élection présidentielle ?

Ah oui, alors là, si vous faites le rapprochement, ce serait plus gênant. Non, je trouve que ça fait beaucoup d'argent.

Ca fait beaucoup d'argent, nous sommes d'accord. Bonne journée.
 
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L'ancien Premier ministre socialiste, député de Seine-Maritime, répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie jeudi matin.
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2010-09-09 08:37:00