Prism : les différences entre les Big Brother français et américain

DÉCRYPTAGE - Les services de renseignement français espionnent des milliards de connexions électroniques françaises, incarnant une sorte de "petit frère" du Big Brother américain.

Le siège de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI)
Crédit : AFP / Archives, Bertrand Guay
Le siège de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI)

Si les révélations du programme d'espionnage américain Prism n'ont que faiblement ému la France, c'est sans doute parce que "Paris fait la même chose", ainsi que l'a révélé Le Monde le 5 juillet. Mais les techniques de l'agence américaine NSA et de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), diffèrent, notamment en matière de moyens. Explications.

Le Prism à la française

Les services de renseignement français ne collecteraient pas le contenu des messages, ils ne chercheraient pas à savoir qui dit quoi, mais qui parle à qui, en espionnant les "métadonnées", c'est-à-dire des signaux électriques. Celles-ci correspondent par exemple aux relevés téléphoniques des abonnés. La DGSE retiendrait ainsi l'identifiant des appelants et de l'appelé, ainsi que le lieu, la date, le poids du message, etc. Elle ferait de même avec les mails, et, si elle ne peut lire son contenu, elle accèderait en revanche à l'objet. Les SMS et l'activité internet seraient également concernés par ces collectes.

Que deviennent les données ?
D'après Le Monde, elles sont regroupées en graphiques, permettant ainsi de dessiner l'ensemble de l'activité numérique d'une personne et des ses connexions avec les autres. C'est seulement lorsqu'un "journal intime" est jugé intéressant que les services de renseignement s'intéresseraient au contenu des échanges.

A quoi servent-t-elles ?
Ce programme de surveillance permettrait d'un côté de lutter contre le terrorisme, mais aussi d’œuvrer à la défense du patrimoine économique. Ainsi, Tracfin, le service de lutte contre le blanchiment d’argent, mais aussi les douanes, sont successibles d'accéder à ces données, qui pourraient notamment servir contre la fraude fiscale.

Légalité.
Toujours selon Le Monde, la loi n’encadre pas ce stockage de métadonnées collectées par les services de renseignement, dont la CNIL n' a d'ailleurs pas accès. Ce flou juridique permet notamment aux agences de renseignement de considérer leur dispositif non pas comme illégal, mais "a-légal".

Moyen financier.
Le service de renseignement français dispose d’un budget d'environ 600 millions d’euros, qui lui sert pour l'ensemble de ses activités, rapporte de son côté France 24.


Le Prism américain

L'agence nationale de sécurité américaine (NSA) est chargée, entre autre, de surveiller les communications émanant des puissances étrangères. Elle a créé, en 2007, un programme secret répondant au nom de code "Prism", qui espionne une partie des milliards de données téléphoniques des citoyens américains sur le sol étranger. Elle a notamment accès aux serveurs de neuf géants américains d'internet (Microsoft, Yahoo!, Google, Facebook...), qui lui permettent également de surveiller les institutions européennes.

A quoi servent ces données ? L'objectif premier est la lutte contre le terrorisme. Mais la NSA est suspectée d'utiliser ses informations récoltées pour s'adonner à de l’espionnage économique, notamment via Echelon, l'un de ses programmes de surveillance par satellite de communication.

Légalité.
Le Prism américain est encadré par la loi. Il a été initialement validé par le parlement américain et diverses commissions de renseignements. La section 215 du Patriot Act, texte voté en octobre 2001 après les attentats du Word Trade Center, a notamment établi que l’espionnage des communications pouvaient se faire sans aucune ordonnance judiciaire. La Foreign Intelligence Surveillance Court (FISC) - serait notamment chargée de vérifier qu'aucun abus n'est commis, précise France 24.

Moyen financier. Le budget américain alloué à l’espionnage technologique s'élève à près de 10 milliards de dollars pour l'année 2013, et l'agence compterait des dizaines de milliers d'employés.

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par Eléonore TaicherJournaliste RTL
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DÉCRYPTAGE - Les services de renseignement français espionnent des milliards de connexions électroniques françaises, incarnant une sorte de "petit frère" du Big Brother américain.
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2013-07-08 21:49:00
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