L'opération au Mali a coûté "plus de 100 millions d'euros", révèle Le Drian

L'intervention militaire française au Mali a déjà coûté "un peu plus de 100 millions d'euros" depuis la mi-janvier, a indiqué mardi sur RTL le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

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Jean-Yves Le Drian répondait aux questions des auditeurs de RTL mardi Crédits : Laurent Bazin | Durée : | Date :
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"Aujourd'hui on peut estimer qu'on est à un peu plus de cent millions d'euros depuis la mi-janvier", a déclaré le ministre sur RTL, en soulignant que "tous ces chiffres seront publiés devant la Commission des finances de l'Assemblée nationale, qui est tenue informée toutes les semaines" de l'évolution du conflit. Les combats au Mali font "beaucoup, beaucoup de morts jihadistes", a précisé Jean-Yves Le Drian.

Retrouvez l'interview de Jean-Yves Le Drian en intégralité :

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Jean-Yves Le Drian
   
Jean-Yves Le Drian : Bonjour, 

Une vidéo diffusée, hier, montrait pour la première fois la famille française : 3 adultes et 4 enfants pris en otage, il y a exactement une semaine au Cameroun.
   
Oui.
  
Savez-vous quel jour cette vidéo a-t-elle été tournée, Jean Yves Le Drian ?
   
Non, à l'instant, je ne peux pas vous le dire. On mène les analyses pour savoir exactement dans quelles conditions cela a été tourné ; mais il n'empêche que l'horreur s'ajoute à l'effroyable. Je pense à ces enfants. C'est la première fois qu'il y a des otages enfants.
   
Entre 5 et 12 ans pour les enfants concernés.

Pour les familles, c'est épouvantable. Je pense beaucoup à eux, là : aux enfants, aux parents qui doivent être dans l'angoisse eux-mêmes qui sont prisonniers. Et puis, alors à leurs Proches. C'est une situation inacceptable. C'est le terrorisme dans tous ses états et dans toutes ses prolongations parce que la vidéo devient un instrument du terrorisme pour utiliser l'opinion publique à des fins de développement de ces groupes jihadistes qu'ils soient au Mali, ou qu'ils soient au Nigéria ou qu'ils interviennent au Cameroun. C'est la même chose finalement depuis la Guinée Bissau jusqu'au Soudan en traversant le Mali et le Nigéria et toutes ces zones, le Sud Libyen, on a un grand espace qui est un espace de non droit où fleurissent les groupes terroristes qui sont à la fois des Jihadistes fondamentalistes mais aussi pour une part, des grands trafiquants de drogue, de trafiquants d'otages, des trafiquants ...
   
Et par espace, un vaste espace dangereux aujourd'hui pour les Français.
   
Un vaste espace très dangereux ... Très dangereux pour les Français mais pour les Européens.
   
Puisque nous sommes engagés dans la guerre au Mali.
   
Mais pas uniquement. Boko Haram dont on parle qui est le groupe qui revendique l'enlèvement au Cameroun, maintenant au Nigéria. Une semaine avant qu'ils aient ravi la famille française, ils ont pris d'autres otages d'autres pays : des Grecs, des Libanais. Bref, c'est un commerce et ce n'est pas parce que la France a été au Mali. Ils sont dans des systèmes qui sont tout à fait condamnables et qui aboutissent à cette situation de non droit et de grande violence qui est inacceptable. Alors, il fallait pour cela aussi que l'on éradique la situation au Mali parce que le Mali allait devenir le sanctuaire.
   
On va reparler du Mali mais restons un instant sur la famille : savez-vous si elle a été séparée après le tournage de cette vidéo puisque le Président de la république, jeudi soir dernier, avait dit : probablement, la famille a-t-elle été séparée ?
  
On est dans l'incertitude là, à l'heure actuelle, même si nous avons une collaboration de grande qualité avec les autorités du Cameroun et les autorités du Nigéria, mais je ne peux pas vous dire tout ce qui se passe ... évidemment. La question principale ...
   
Par exemple, la question de savoir si la famille est séparée ou pas ? Vous ne le savez pas ou vous ne souhaitez pas répondre ?
   
Je ne souhaite pas répondre.   Parce que la question principale dans cette situation difficile, c'est la discrétion, y compris parce que votre émission est très écoutée, y compris par tous ceux qui ne devraient peut-être pas l'écouter. En tout cas, je ne dirai rien sur ce point.

Avez-vous localisé les otages ?

Je n'en dirai pas plus. Je suis désolé.
   
Non, non, mais je peux comprendre. Mais il y a tout de même des questions à poser.
  
Oui, il y a des questions qu'on se pose nous. Mais ...

Le groupe que vous citiez demande la libération de prisonniers au Cameroun et au Nigéria. Est-ce une demande sur laquelle la France peut peser ou elle ne peut pas peser ?
   
On ne négocie pas sur ces bases-là avec ces groupes-là. Donc, nous utiliserons tous les moyens possibles pour assurer la libération des otages, que ce soit ceux-là ou les autres. C'est ce que nous faisons mais on ne ne joue pas à ce jeu de surenchère parce que ça, c'est le terrorisme.

On a longtemps dit que ce groupe Boko Haram qui donc revendique la prise d'otages, n'intervenait généralement pas pour des raisons politiques. Or, dans leur message, les ravisseurs disent, s'adressent directement au Président français, font référence à l'intervention française au Mali.
  
Il y a déjà eu une intervention de ce groupe qui a kidnappé un industriel français il y a maintenant quelques semaines, avant l'intervention au Mali.
   
Hum, c'était en décembre.
   
Boko Haram aurait des tensions avec un autre groupe issu de lui-même qui s'appelle Ansaru et il y aurait une compétitition idéologique. Tout ça, c'est des hypothèses de travail. La réalité c'est que le terrorisme est le même, que vous soyez en Somalie avec des Shebabs ou que vous soyez au Mali avec Ansar Dine ou Mujao, que vous soyez au Nigéria avec Boko Haram ou Ansaru  ... c'est les mêmes systèmes, c'est les mêmes méthodes et c'est des méthodes qui nous menacent, nous, ici en Europe.  Et donc, il faut les éradiquer.

Quelle est la situation, ce matin, au Mali, Jean Yves Le Drian où interviennent les Forces françaises ?

Au Mali, on est en train de toucher au "dur" puisque dans ce que  l'on appelle l'Adrar des Iforas, vous entendrez beaucoup parler de ces montagnes-là qui sont un peu grands comme le Massif Central, un peu moins élevées, qui est un secteur où nous pensions que les groupes terroristes les plus radicaux s'étaient réfugiés. Nous n'en étions pas sûrs. Maintenant, nous en sommes certains. Donc, les combats sont violents. Ils se poursuivent, y compris au moment où nous parlons. Notre objectif, c'est évidemment de permettre au Mali de retrouver sa totale intégrité y compris dans cette zone qui est le repaire de ces groupes depuis longtemps.

Nous sommes chez eux. Nous sommes rentrés dans leur maison puisque depuis 10 ans, la fin de la guerre civile algérienne, une partie de ces groupes s'étaient réfugiés dans cette zone qui est parfois un peu inaccessible, et qui est géologiquement, géographiquement très complexe et qui nécessite de notre part, une action très méticuleuse. Mais ils sont là et comme ils se battent fort, c'est qu'ils ont des choses à défendre.

Les combats se déroulent actuellement ?
   
Oui, absolument. Il y en a eu avant-hier ; il y en a en ce moment.
  
Et il y a les otages, 8 otages français retenus au Nord-Mali. Ils sont là dans ces montagnes ?
   
C'est une hypothèse de travail.
   
Pas de certitude ?
   
Hypothèse.
   
Vous ne voulez pas répondre plutôt que ?
   
Hypothèse.
   
Hypothèse.

Donc, nous allons en rester là.

L'intervention militaire française va durer encore longtemps parce que les combats sont ce que vous décrivez, les combats qu'il faut terminer ?
   
L'intervention a été très rapide. Elle a permis de libérer la quasi totalité du territoire en 45 jours parce que nous sommes à 45 jours là maintenant du 11 janvier. Il reste la partie la plus dure. On savait que c'était là. Et là, c'est plus compliqué parce qu'il faut passer au sol, au peigne fin, doucement, mètre après mètre quasiment,  sur un territoire qui est quand même assez vaste mais c'est là que se trouve le réduit des terroristes.
   
Ça peut durer longtemps ?
   
On ira jusqu'au bout.
   
C'est quoi, aller jusqu'au bout ?
   
Quand on aura fini. C'est-à-dire quand l'ensemble de ce secteur-là sera libéré complètement
   
Vous faites des prisonniers ?
   
Très peu.
   
Beaucoup de morts ?
  
Oui. Des morts. Tous les jours.
   
Et parmi les soldats français ?
   
Pardon ! Il y a deux morts français qui ont été très héroïques et qui ont reçu l'hommage solennel de la Nation, y compris la semaine dernière. 2 Morts français, beaucoup, beaucoup de morts jihadistes.

Vous restez avec nous, Jean Yves Le Drian, et les auditeurs de RTL pourront vous interroger sur cette intervention militaire et peut-être sur d'autres questions.

par Laurent BazinJournaliste RTL
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