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Valenciennes : les étudiants de l'IUT dénoncent un exercice abusif

TÉMOIGNAGES - Pour être formés au travail de commercial, chaque étudiant de l'IUT doit vendre des produits en porte-à-porte. Leur chiffre d'affaires déterminera leur note. Certains d'entre eux crient au "chantage" et au "travail dissimulé".

Des étudiants en salle de classe
Des étudiants en salle de classe Crédit : AFP
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Clémence Bauduin
Journaliste

Drôle de rentrée pour les étudiants de première année de l'Institut universitaire de technologie (IUT) spécialité Techniques de commercialisation (TC) de Valenciennes (Nord). Trois semaines après leur arrivée dans l'établissement, ces derniers se seraient vus donner un exercice aux méthodes douteuses. Dans le cadre d'un projet intitulé "Show 7", ils auraient été invités à vendre "chaussettes, serviettes, peignoirs" sur la méthode du porte-à-porte. 

L'objectif avancé est de se familiariser au travail de commercial auquel se destinent certains d'entre eux. Le problème : la méthode, dénoncée sur les réseaux sociaux par bon nombre d'intéressés. Cette pratique semble se renouveler depuis plusieurs années déjà, comme en témoigne le récit d'une étudiante datant de 2014 sur un forum. "Nous devons faire un chiffre d'affaires de 500 euros en un mois", raconte l'étudiante. Si l'objectif est atteint, la note de 20 sur 20 est attribuée. "Sinon c'est un système de palier", explique la jeune femme. Et d'après un message posté par les organisateurs du projet sur leur page Facebook - disparue depuis - une certaine pression semble peser sur les étudiants.

Une note correspondant au chiffre d'affaires

Cette année, le processus ne semble pas avoir changé, selon des étudiants contactés par RTL.fr. C'est d'abord un étudiant de Valenciennes, étranger à l'IUT concerné, qui a alerté à propos de cet exercice sur Twitter. "Un ami de l'IUT m’a envoyé un message pour me demander ce que j'en pensais. Vu que j’ai une petite communauté sur Twitter, j'ai posté un message pour leur demander leur avis, et ça a pris de l'ampleur", explique celui-ci. Cette ampleur grandissante semble inquiéter le corps enseignant. "Ce matin, un professeur nous a demandé que cela reste en interne", confie-t-il.

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Joint au téléphone par RTL.fr, l'étudiant se trouvait en présence de son ami, étudiant en première année à l'IUT TC, et de deux autres camarades de ce dernier. "Début septembre, nous avons eu une conférence en amphithéâtre, se souvient-il. On nous a présenté un TP (travail pratique, ndlr) consistant à vendre des produits Divam", du nom d'une société qui se présente comme "spécialisée dans la vente à domicile". "On est en DUT (Diplôme universitaire technologique) de techniques de commercialisation, alors je trouve normal que l’on nous apprenne à vendre, mais un chiffre d'affaires aussi élevé, c’est un peu compliqué", explique l'un d'entre eux, fraîchement titulaire du baccalauréat et plongé depuis un mois seulement dans la filière épinglée sur les réseaux. 

Pas de rémunération directe des étudiants

"Sur Twitter, il y a eu un début d’indignation", poursuit l'un des étudiants. Entre-temps, chacun s'est renseigné sur cet exercice, pratiqué par les 1ères années pour - au moins - la troisième année consécutive. "Les 2e années nous ont dit qu’il y avait déjà eu des rebellions mais pas de cette ampleur. Là, les profs sont en pression, affirme l'un d'entre eux. On nous a même dit que c’était monté jusqu’au rectorat." Pour gérer cet exercice et "encourager" les 1e années à atteindre leurs 500 euros de chiffre d'affaires chacun, un groupe de "6 ou 7 étudiants de 2e année" - selon les personnes jointes par téléphone - chapeaute le projet. Deux professeurs au moins sont au fait de la pratique, ainsi qu'un représentant de la société Divam - "le directeur" d'après les étudiants, qui selon leur récit "était là pour animer la conférence" début septembre.

"On n’a pas accepté d’être traités comme ça. Ça m’a choqué. Je n'accepte pas de me faire traiter comme un chien, de devoir rassembler des sommes astronomiques", s'agace un étudiant. Pour l'heure, l'ensemble des étudiants avait réuni "47.000 euros" selon les trois jeunes de l'IUT joints par téléphone. D'après eux, "20% seront injectés dans le budget de l’IUT. Pour les 80% restants, on suppose que ça doit partir à Divam". "En fin d'action, 20% du chiffre d'affaires est reversé à l'association 'Show 7' et l’intégralité de la part obtenue par chaque étudiant subventionne le projet tuteuré dans lequel il s'investira en deuxième année de DUT", affirme de son côté l'Université, injoignable par téléphone mais qui a envoyé par mail un communiqué pour répondre aux accusations pesant sur l'IUT. 

Une première expérience professionnelle pour certains

"Ces derniers récupèrent exactement 21% du chiffre d'affaires réalisé lors de ce challenge de vente, et ce pour les aider dans le cadre de leur projet tuteuré de 2e année inscrit au PPN (programme pédagogique national, ndlr)du DUT TC", tient à éclairer un étudiant de 2e année qui a participé au challenge l'année précédente et défend la position de l'établissement. "Ce challenge est mis en place par l'IUT pour nous donner une première expérience en vue du stage de vente se de 1e année se déroulant en magasin lors de la période de Noël. Les élèves venant en TC savent exactement à quoi s'attendre en 1e année, et savent également que les TC sont des commerciaux de premier plan", poursuit-il.

"Ils nous mettent la pression avec une note coefficient 4 alors que toutes les autres notes sont coefficient 1", avance pourtant l'un des étudiants qui conteste le projet. "On nous incite à vendre des chaussettes à 20 euros, mais aussi des torchons, des serviettes de plage... Une prof m’a dit de vendre dans le cadre familial, de même qu'une personne de Divam, le directeur", soutient-il. Parmi les captures d'écran circulant autour de cette affaire, les conditions de Divam précisent toutefois que l'exercice n'est pas imposé aux étudiants. "Mais on nous oblige à l’université, nuance l'un des concernés. Nous avons dû signer une charte qui précise que l'on sera pénalisé au jury de passage (qui détermine le passage en 2e année, ndlr) si l'on n'atteint pas la somme de 500 euros". De son côté, l'Université de Valenciennes dit appliquer une règle de notation bien définie "15 points sont indexés sur le chiffre d'affaires. L'objectif de vente est de 500 € de chiffre d'affaires (CA) par étudiant. 15 points sont attribués dès que cet objectif est atteint, sinon 1 point est attribué par tranche de 35€ de CA. 5 points sont attribués pour le respect du calendrier de l'opération Divam", explique le communiqué.

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2016-10-10 16:06:00
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