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Quelle place pour l’insulte dans notre société numérique ?

Le 15 juin, la justice doit dire si le maire d’un petit village près de Périgueux doit être condamné pour avoir traité un de ses administrés de "gros bâtard" sur Facebook.

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Rémi Sulmont
Rémi Sulmont et Loïc Farge

C'était le 24 décembre 2015. En ce soir de réveillon, le maire de Teillots, petit village près de Périgueux, songe à sa centaine d’administrés. "Bon réveillon à vous tous", écrit Michel Lapouge, 34 ans, aux 515 "amis" de sa Facebook personnelle. "Pensée pour notre voisine qui est seule à cause de ce gros bâtard". Depuis, le maire regrette depuis d’avoir agi "sous le coup de la colère. Mais le mari en question, en instance de divorce, a fait appel à un avocat. Les huissiers ont réalisé des saisies d’écrans. Un Facebook privé avec 515 "amis" constitue-t-il une injure publique ? Le tribunal de Périgueux répondra le 15 juin. En apparence, les insultes sur les réseaux sociaux semblent avoir un très bel avenir devant elles.

Un autre exemple : Alain Finkielkraut, expulsé par les Nuits Debout à République et insulté lui-même, réplique. Il oublie les réseaux sociaux et les téléphones portables qui tournent toujours. Il distribue un tonitruant "Pauvre conne !". L'Académicien a choisi des mots tristement ordinaires. Il a tapé dans la liste des quinze insultes les plus communes. "Sortir de ces quinze mots nous expose à échouer dans l’art d’insulter", expliquent les linguistes. L’insulte s’est retournée médiatiquement contre Alain Finkielkraut. L’agressé se retrouve ridiculisé.

Autocensure

Ces deux cas récents contribuent peu à peu à changer la manière dont on s’insulte dans notre société. On va très probablement avoir tendance dans l’avenir à s’autocensurer. Ces deux cas servent en tout cas d’exemples à ne pas suivre. Va-t-on alors vers une société où l’on va moins s’insulter ? "Il va y avoir de plus en plus de procès d’incidents, avant qu’ensuite on s’autocensure", analyse la sociologue Julienne Flory. Elle vient d’écrire un livre passionnant en forme d’appel, Injuriez-vous.

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L’insulte, dit-elle, représente "une prise de risque de plus en plus grande dans notre société numérique". Avec les outils connectés, mémorisant nos faits et gestes à tout moment, une insulte a aujourd'hui beaucoup plus de chance qu’autrefois de dépasser la volonté initiale de son auteur.

L'autre phénomène qu’on observe et qui prend de l’ampleur, c’est la réutilisation des insultes. Une insulte choc dans une appellation vous assure un succès phénoménal. Comment sinon le groupe féministe "Ni putes, Ni soumises" se serait-il imposé aussi vite ? Autre exemple plus récent : le groupe "Gouine comme un camion". Là c'est un groupe qui se réapproprie une insulte qui les a fait souffrir pendant des années.

Une arme qu'on retourne

L'insulte devient de plus en plus une arme qu’on retourne, explique Julienne Flory. "Quand des homosexuels décident de se réapproprier cette insulte 'pédé' qu'ils ont entendue toute leur vie, ces personnes changent le sens de ce mot en s'auto-désignant. Ces personnes deviennent acteur et s'auto-nomment, alors qu'avant elles étaient vraiment désignées et c'était insultant. Là elles décident elles-mêmes de ce qu'elles sont", analyse-t-elle.

On comprend le processus. On réutilise une insulte. Elle choque la société. Si des groupes s’autoproclament "gouines" ou "pédés", on est obligé de les écouter. Plus l’insulte reprise est violente, plus la visibilité médiatique est maximum. Le groupe a alors le champ libre pour faire entendre ses revendications politiques. Redoutablement efficace, surtout dans l'année électorale qui s'ouvre.

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Le 15 juin, la justice doit dire si le maire d’un petit village près de Périgueux doit être condamné pour avoir traité un de ses administrés de "gros bâtard" sur Facebook.
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2016-05-27 12:18:36
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