3 min de lecture Jacqueline Sauvage

Jacqueline Sauvage livre sa vérité

Sortie de prison il y a deux mois, elle s'est confiée devant les caméras de "Sept à Huit", sur TF1.

Jacqueline Sauvage s'est exprimée dans l'émission "Sept à Huit" sur TF1, le 26 février 2017
Jacqueline Sauvage s'est exprimée dans l'émission "Sept à Huit" sur TF1, le 26 février 2017 Crédit : HANDOUT / TF1 / AFP
Léa Stassinet
Léa Stassinet

Devenue un symbole des violences faites aux femmes, Jacqueline Sauvage a bénéficié de la grâce totale de François Hollande le 28 décembre 2016. Ce geste lui a permis de quitter immédiatement la prison de Réau en Seine-et-Marne, où elle était détenue pour le meurtre de son mari violent. Elle raconte son histoire dans un livre paru ce lundi 27 février, intitulé Je voulais juste que ça s'arrête. Pour l'émission "Sept à Huit", Jacqueline Sauvage témoigne face caméra des violences qu'elle a subi pendant ses 47 ans de mariage, et elle revient également sur son combat judiciaire. 

Le calvaire de Jacqueline Sauvage commence très tôt. C'est à l'âge de 18 ans qu'elle épouse Norbert Marot, contre l'avis de ses frères. Après quelques mois d'une romance sans nuages, l'homme montre son vrai visage : gifles, humiliations, violence physique. "Quand la moto tombait en panne, quand il n'arrivait pas à obtenir quelque chose, il me frappait dessus (...). Il me rouait de coups, me tapait avec ses pieds ; il attendait qu'il n'y ait personne". Parmi les reproches fréquents de son mari, celui d'être une "bonne à rien", ou encore de mal dépenser l'argent. "Au début j'étais amoureuse, je ne disais rien", explique-t-elle. 

Quand on entendait le moteur du camion arriver, on tremblait

Jacqueline Sauvage
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Jacqueline Sauvage raconte "son soulagement" quand son mari, routier, s'absentait plusieurs jours pour aller travailler. "Quand on entendait le moteur du camion arriver, on tremblait". Elle devait parfois se mettre à l'abri dans la voiture de son fils, quand son mari ne la faisait pas dormir dehors. Malgré toutes ces violences, Jacqueline Sauvage n'est jamais allée voir un médecin, "par peur des représailles", et n'a jamais porté plainte ni osé quitter le foyer conjugal. "Je ne pouvais pas partir, qu’est-ce que j’aurais fait avec mes quatre enfants ?", se demande-t-elle encore. 

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Ses enfants, eux aussi étaient victimes de violences de la part de leur père. "Il cognait mes enfants, et frappait essentiellement les filles". Ce n'est que 20 ans plus tard qu'elle apprend le viol de l'une d'elle "quand elle avait 13 ans. Je n'arrive toujours pas à y croire", confie Jacqueline Sauvage. 

Le 10 septembre 2012, là où tout bascule

Elle revient ensuite sur ce 10 septembre 2012. Son mari, alcoolisé lui dit : "Je vais te crever tes enfants, tes bâtards, te crever aussi". Il lui assène un coup de poing dans la figure. C'est à ce moment-là qu'elle décide d'aller chercher son arme. Dans son livre, elle raconte la scène. "Il était avachi sur le fauteuil, dans son maillot de corps blanc et son pantalon kaki, un bras pendant, l’autre accoudé sur la table blanche, main à portée de son whisky. Le cinquième. Il fixait la pelouse. Il me tournait le dos et parlait seul ; il ruminait sa haine envers moi et mes enfants, 'tous des bons à rien'. J’ai passé la langue sur ma lèvre abîmée par lui, le goût du sang dans ma bouche. Je ne voyais plus rien. J’avais le fusil entre mes mains. J’ai fermé les yeux et tiré trois fois."

À la suite de son geste, elle appelle les secours. Elle est arrêtée et c'est là que commence son long combat judiciaire. Le fait d'avoir tiré sur son mari de dos se retourne contre elle, qui plaide la légitime-défense. En 2015, date de son procès aux assises, Jacqueline Sauvage est condamnée à dix ans de prison. Une peine confirmée par la Cour d'appel. "Je me suis mal défendue, je n’avais pas de certificats médicaux, pas de preuves", explique-t-elle. 

Très vite, l'opinion publique prend fait et cause pour elleLes pétitions se multiplient, des manifestations s'organisent. Jacqueline Sauvage est partiellement graciée par François Hollande le 31 janvier 2016, mais les juges refusent sa libération conditionnelle. Elle retrouve sa liberté le 28 décembre 2016, après une grâce totale du Président. Dans son livre, elle fait part de son sentiment de culpabilité. "Je le sais, tout est de ma faute : même si j’étais terrorisée et démunie, j’aurais dû trouver le moyen de quitter mon sale bonhomme, ou du moins de porter plainte et de l’expédier en détention". Par sa douloureuse expérience, elle veut s'adresser aux femmes victimes de violences conjugales. "Déjà, il faut partir et ne pas se laisser faire. Aller porter plainte et avoir des certificats. Utiliser les armes n'est pas une solution".

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