François Baroin : "Pas de risque de voir la note souveraine de la France abaissée"

François Baroin, ministre du Budget, des Comptes publics et de la Réforme de l'État était l'invité de RTL jeudi matin. Il répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie. Il est longuement revenu sur la crise venue de Grèce qui secoue toute l'économie européenne. Le ministre a assuré qu'"il n'y a aucun doute sur la détermination de la zone Euro à assurer la stabilité de la Grèce", mais que "derrière la Grèce, c'est l'ensemble de la zone Euro qui est attaquée". Il a poursuivi en indiquant qu'il "n'est pas question une seule seconde d'imaginer une restructuration de la dette grecque". Le ministre a enfin conclu qu'il n'y a "pas de risque de voir la note souveraine de la France abaissée" en référence à celles de l'Espagne et du Portugal mercredi.

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Le ministre du Budget répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie Crédits Média : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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Bonjour François Baroin
Bonjour

Quand le gouvernement français versera-t-il les 3,9 milliards d'euros qu'il s'est engagé à prêter à la Grèce   ?
Dès que le plan va être déclenché. Un conseil européen est annoncé par le président  Van Rompuy pour le 10 mai

C'est loin le 10 mai... D'ici là...
Le directeur général du FMI est allé en Allemagne hier, il n'y a aucun doute sur la détermination absolue de la zone europe, de la banque centrale européenne, du FMI, de l'Union Européenne pour assurer la stabilité de la Grèce, la restructuration et donc la stabilité de notre monnaie.

Aucun doute vraiment ?
Aucun doute...

Même pas de doute à l'égard du gouvernement allemand qui n'a pas l'air très décidé ni très satisfait, ni très allant dans cette affaire ?
Franz-Olivier Giesbert a dressé une analyse ce matin que je partage du point de départ jusqu'au point d'arrivée.

Ah..vous compromettez Franz...
Je le compromets lourdement, j'en suis désolée pour lui et je le regrette pour votre débat de 8h et demi mais les hésitations allemandes ont été levées par les premières déclarations en début de la semaine de la chancelière  ;  la position commune du président de la BCE, du directeur général du FMI et de la chancelière hier sont de nature à rassurer celles et ceux qui s'intéressent sincèrement à la situation structurelle de la Grèce et celles et ceux qui spéculent de manière scandaleuse sur la fragilité d'un peuple, sur la situation douloureuse dans laquelle va rentrer le peuple grec à travers ces mesures qui sont difficiles, exigeantes car derrière les chiffres il y a des hommes, des femmes, des populations que nous devons aider. Derrière la Grèce, c'est l'ensemble de la zone euro qui est attaquée, l'ensemble de la zone euro c'est notre monnaie, notre monnaie c'est notre économie, notre entreprise, nos emplois.

Beaucoup d'experts et de spécialistes disent que le ré-échelonnement  de la dette grecque, c'est à dire le non-remboursement d'une partie de ses crédits est la seule solution pour permettre à ce pays de s'en sortir, et les mêmes spécialistes disent qu'on n'y échappera pas. Qu'en pensez-vous, François Baroin ?
Il n'est pas question une seule seconde d'imaginer une restructuration de la dette. Pourquoi ? parce que ce serait  d'abord donner une très belle victoire aux spéculateurs, ensuite ça partirait du principe que la Grèce effectivement abandonnerait une partie de sa dette, de l'argent qu'elle a prêté.. ça veut dire que ce système, au fond qui est fondé sur la confiance, et la situation grecque elle est amplifiée par la situation de défiance, par l'insincérité, le mensonge que le gouvernement grec précédent avait fait, peut être que les conditions d'arrivée au sein de l'Euro comme l'a dit Madame Merkel, à juste titre d'ailleurs, étaient un peu rapides... peut être que les chiffres étaient insincères et quand on passe en octobre de 6 % de déficit, par rapport à la richesse nationale, à quelques mois plus tard à 13 % on est fondé à se poser des questions.

Mais il y a un plan de restructuration, il y a des mesures importantes qui sont proposées et une restructuration est inenvisageable. Nous sommes dans une logique d'accompagnement dans la durée, un plan sur 3 ans avec un volume de soutien à hauteur de 30 milliards pour l'Union Européenne et qui doit être confirmé par le FMI à hauteur de 15 milliards pour cette année

Vous êtes sur que la Grèce peut faire face à ces obligations une fois qu'elle aura appliqué son plan de rigueur ?
Elle va le faire

Vous êtes certain de ça ?
Elle va se remettre à niveau et il y aura des clauses de rendez vous , il y aura des points d'étape et nous reviendrons chacun, chacun des pays, régulièrement devant le Parlement.

Vous êtes certain que la Grèce remboursera l'argent aux pays qui lui prêtent aujourd'hui et que la France notamment..
Avec les mesures qui sont proposées, avec le niveau de restructuration, avec l'étalement dans le temps, c'est le pari de la confiance, c'est le pari de la solidarité c'est aussi le pari de l'unité

Parfois on perd les paris..
Parfois les spécialistes se trompent aussi..

Maintenant qu'elle est aidée par le FMI et les pays de la zone euro, la Grèce ne peut plus se financer sur les marchés durant les 3 prochaines années. Pouvez-vous donc nous dire François Baroin, puisqu'il s'agit d'argent public, combien la France doit s'apprêter à prêter d'argent à la Grèce sur les années 2010, 2011, 2012 ?

On parle de la première année. A l'échelle de l'Europe, je l'ai dit c'est 30 milliards, la France va participer au prorata de son poids au sein de l'Union Européenne de même que l'Allemagne va participer au prorata de son poids au sein de l'Union Européenne c'est à dire en numéro 1 pour l'Allemagne, en numéro 2 pour la France à hauteur de 21 %. Concrètement ce n'est pas une dépense budgétaire, le contribuable français n'est pas appelé. C'est un prêt, ça veut dire qu'on va acheter de l'argent sur les marchés à un certain taux, 1.4 pour la France et nous allons le prêter aux grecs à hauteur de 5 %. Ce qui veut dire que...

Ca c'est pour 2010 , vous allez prêter 3 milliards 9 d'euros à la Grèce pour 2010. En 2011, combien on vous a prêté vous puisque vous êtes en train de commencer à réfléchir au budget 2011.. 2011 et 2012.. 3 années durant lesquelles la France s'engage à financer la Grèce
Attendez, voyez la situation d'urgence, voyez l'affolement des marchés, voyez les spéculations, les agences de notation. Voyez les difficultés portugaises et espagnoles qui n'ont rien à voir avec les difficultés grecques. Et donc nous allons procéder par étapes, nous allons déclencher le plan, nous allons affirmer cette solidarité. Nous allons accompagner , non pas surveiller, non pas mettre sous tutelle, non pas prendre la main sur la Grèce, un peuple de moins de 12 millions d'habitants mais nous allons être exigeants, solidaires mais exigeants dans les mesures de restructuration de l'organisation grecque, dans son dispositif qui a amplifié des déficits

Et pour les deux années qui viennent, pas de chiffre ?
On va faire des rendez-vous d'étape et j'aurai l'occasion très certainement de revenir devant vous

Mais pas de chiffre pour l'instant... la France risque-t-elle de voir sa note abaissée par les agences de notation ?
On partage le privilège aujourd'hui avec l'Allemagne..avec les Pays Bas, avec le Luxembourg d'être les pays les mieux dotés parce que nous avons des déficits structurels, comme tous les autres pays de la zone euro, et nous avons cette crise financière qui nous a frappé lourdement et qui a fait exploser les déficits.
Ce qui veut dire que la priorité des priorités, c'est évidemment de réduire en France, comme ailleurs, les déficits avec deux

Il n'y a pas de risque de voir la note abaissée ?
Pas de risque de voir la note abaissée, on est même d'ailleurs l'une des signatures refuges aujourd'hui

C'est durable à votre avis ?
C'est durable évidemment parce que nous sommes une signature solide et c'est durable aussi parce que nous avons une détermination forte à infléchir, comme les autres pays, le niveau des déficits publics. C'est ce niveau des déficits publics... je voudrais juste terminer ma phrase... qui a une double conséquence et qui pour nous est la priorité. Pourquoi ? parce qu'elle aura d'abord un impact sur l'économie ; il y a un lien aujourd'hui  très direct entre la dette, l'angoisse des contribuables qui sont aussi des consommateurs qui épargnent et ça peut provoquer une inflexion de la croissance. La deuxième raison : on voit bien que les marchés prennent en otage des situations d'instabilité.Giesbert l'évoquait sur les entreprises.. et aujourd'hui ce sont les états . Plus nous allons réduire nos déficits, moins nous aurons à emprunter sur le marché et moins nous serons dépendants de ces marchés

Le déficit en France est de 150 milliards d'euros. En 2011 ce sera combien ?
Il y a des éléments positifs. On est dans une période de rebond économique, dans une croissance pour ce premier semestre encore relativement tendre mais ça va aller mieux... Les chiffres sur l'emploi sont meilleurs , des indicateurs économiques sur la publicité, sur..

...Et pour 2011 ?
on a pris des engagements dans la loi triennale . On a 2 milliards d'économie à trouver sur les dépenses fiscales. Nous allons avoir  évidemment une augmentation des recettes fiscales autour de l'activité économique de l'impôt sur les sociétés. Vous donnez un chiffre aujourd'hui alors qu'on n'est pas encore en arbitrage, je pense que raisonnablement atteindre une réduction de 10 milliards au moins, dès cette année, ce serait déjà un bel effort.

Pas de rigueur en vue, d'après vous ?
La rigueur c'est l'augmentation des impôts. On a un taux de prélèvements obligatoires parmi les plus élevés d'Europe, il n'est pas question d'augmenter ce taux.

Pas question d'augmenter les impôts ?
C'est pas la solution... et c'est pas la pièce où on va faire des économies

Il y a au moins une bonne nouvelle ce matin...
François Baroin, ministre du budget n'augmentera pas les impôts...

par Jean-Michel AphatieJournaliste RTL
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François Baroin : "Pas de risque de voir la note souveraine de la France abaissée"
François Baroin, ministre du Budget, des Comptes publics et de la Réforme de l'État était l'invité de RTL jeudi matin. Il répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie. Il est longuement revenu sur la crise venue de Grèce qui secoue toute l'économie européenne. Le ministre a assuré qu'"il n'y a aucun doute sur la détermination de la zone Euro à assurer la stabilité de la Grèce", mais que "derrière la Grèce, c'est l'ensemble de la zone Euro qui est attaquée". Il a poursuivi en indiquant qu'il "n'est pas question une seule seconde d'imaginer une restructuration de la dette grecque". Le ministre a enfin conclu qu'il n'y a "pas de risque de voir la note souveraine de la France abaissée" en référence à celles de l'Espagne et du Portugal mercredi.
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2010-04-29 13:20:00