Fabius ne digère pas le ravitaillement d'un vol Air France en Syrie

Pour le ministère des Affaires Etrangères Laurent Fabius, Air France a fait une "énorme bêtise". La compagnie a en effet fait atterrir un avion à Damas mercredi, alors que la Syrie est plongée dans la guerre civile. "Se poser à Damas, c'était exposer la sécurité des gens qui étaient à l'intérieur de l'avion (...) notamment des personnes du Liban qui étaient recherchées par le régime syrien", a expliqué Laurent Fabius sur RTL. La compagnie se défend en affirmant avoir agi en collaboration avec le Quai d'Orsay.

Un avion Air France
Crédit : AFP / Archives, Eric Cabanis
Un avion Air France
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Un Airbus d'Air France s'est posé à Damas pour faire le plein, la semaine dernière. "Une énorme erreur", pour Laurent Fabius Crédit : Gwendoline Debono

"Pas une décision pertinente"

L'appareil reliait Paris à Beyrouth, mais a dû faire escale à Damas car des manifestants bloquaient les routes d'accès à l'aéroport de Beyrouth. Impossible donc pour l'avion de se poser, puisque le fonctionnement de l'aéroport libanais était perturbé.

L'équipage de l'appareil a donc décidé de faire un arrêt à Damas, malgré le conflit qui oppose l'armée aux rebelles syriens. "C'était extrêmement dangereux, imaginez un instant que les autorités syriennes aient fouillé l'avion et vérifié les identités", s'offusque Laurent Fabius. "Les décisions dans ces circonstances sont compliquées à prendre mais en plein conflit, se poser à Damas, vous conviendrez avec moi que ce n'était pas la décision la plus pertinente, et je suis diplomate". Air France, de son côté, explique qu'elle n'est pas censée connaître les rapports qu'entretiennent ses passagers avec le régime syrien.

Pourquoi l'équipage a-t-il pris cette décision, alors que d'autres vols ont pu atterrir à Beyrouth ? La compagnie explique qu'à l'heure où l'avion était censé se poser, la situation s'est crispée sur place. La seule opportunité était alors de rejoindre la Jordanie. Problème : l'appareil manque alors de carburant, et le seul aéroport disponible est celui de Damas. Air France affirme être resté en liaison avec le cockpit, mais aussi le Quai d'Orsay, et précise que l'ambassadeur de France au Liban était présent dans l'avion.

Obligé de faire une quête pour payer le plein

Reste que l'arrêt à la pompe a pris une dimension ubuesque, puisque la compagnie s'est montrée incapable de payer son plein. Elle n'a en effet plus de compte bancaire à Damas, et toute transaction est normalement interdite avec les entreprises locales, guerre oblige. L'équipage a donc fait appel, dans un premier temps, à la bonne volonté des 174 passagers pour réunir les 17.000 dollars nécessaires. Une solution a finalement été trouvée après deux heures passées sur le tarmac de la ville.

Après l'escale de Damas, l'Airbus est finalement parti pour l'aéroport de Larnaca, à Chypre, où il s'est posé dans la nuit et d'où il a redécollé jeudi après-midi en direction de Beyrouth. Le ministère des Affaires étrangères a indiqué samedi avoir demandé à Air France, dont une partie du capital est détenue par l'Etat français, des "compléments d'information" sur ce vol.

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