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Dominique de Villepin : "Le terrorisme a obtenu un affaiblissement de l'Occident"

L'ancien Premier ministre de Jacques Chirac, président de République Solidaire, répondait vendredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Dix ans après les attentats du 11-Septembre, Dominique de Villepin a assuré que le terrorisme "a obtenu que l'Occident s'affaiblisse par lui-même, par son sentiment de puissance, son ivresse, sa bêtise - la tentation de la force, moyen de régler les choses -, par sa volonté de stigmatiser un certain nombre de peuples ou de confessions". Il a détaillé deux "conséquences tragiques" de la "catastrophe d'une immense ampleur" que fut le 11 septembre 2001 : "la première, c'est que l'administration Bush s'est sentie autorisée, à partir de là, à lancer une guerre contre le terrorisme", ce qui est "une absurdité".

Dominique de Villepin sur RTL le 24 août 2011
Dominique de Villepin sur RTL le 24 août 2011 Crédit : RTL
La rédaction de RTL et Philippe Corbé

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Dominique de Villepin.

Dominique de Villepin : Bonjour.

Les Tours du World Trade Center se sont effondrées, il y a dix ans. C'était le 11 septembre 2001. Diriez-vous, aujourd'hui Dominique Villepin, que cette journée a changé l'ordre du monde ? 

Oui. C'est une catastrophe d'une immense ampleur, d'abord sur le plan humain qui a nous tous bouleversés.
Mais malheureusement, on n'en mesure pas suffisamment les conséquences tragiques, les deux grandes conséquences tragiques.

La première conséquence tragique, c'est que l'Administration Bush s'est sentie autorisée à partir de là, à lancer une guerre contre le terrorisme. La guerre contre le terrorisme ! c'est une absurdité. C'est la tentation de la Force, celle qu'on a vue en Afghanistan et en Irak, moyen de régler les problèmes du monde. Rappelez-vous la folie néo-conservatrice de ceux qui pensaient qu'en intervenant en Irak, on allait créer un cercle vertueux de paix au Moyen-Orient.

Même la guerre en Afghanistan était une erreur ?

La guerre en Afghanistan était une idée nécessaire, une action nécessaire dès lors qu'elle ciblait les Talibans, responsables de l'attentat.

Dès lors que l'Occident s'installait dans la guerre, dans le conflit, sans stratégie politique, parce que vous savez, la tentation de la Force, le problème de la tentation de la force c'est qu'en général, elle répugne à toute stratégie politique. Eh bien, c'est ce qui s'est passé. Pendant dix ans...

... On a fait la guerre ; et on n'a pas pensé à la politique ?

On a fait la guerre et on a oublié de faire la paix. Deuxième conséquence dramatique tragique : elle est économique.
C'est qu'à partir de là, l'Administration Bush, les Etats Unis ont eu besoin d'exalter leur puissance économique, c'est une nouvelle étape dans la politique d'intérêts à taux bas. Et c'est dans le fond, le début de cette boule spéculative qui a conduit à la crise des subprimes.

Nous sommes revenus très durement à la réalité, un 15 septembre 2008 avec la faillite de Lehmann Brother. Et la seule bonne nouvelle de cette décennie : tentation de peur, tentation de force, tentation de la richesse facile ; la seule bonne nouvelle de cette décennie, elle vient en fin de parcours ; et c'est la meilleure réponse au 11 septembre. Et elle ne vient pas de l'Occident. Les révoltes arabes. Elle vient des peuples arabes eux-mêmes.

On va en dire un mot des révoltes arabes. Mais ce que vous dites, ce matin, Dominique de Villepin, sur l'antenne de RTL c'est que par des chemins imprévus, détournés, le terrorisme a finalement obtenu ce but qui était d'affaiblir l'Occident ?

Absolument. Il a obtenu que l'Occident s'affaiblisse par lui-même, par son sentiment de puissance, par son ivresse, par sa bêtise : la tentation de la force ! Moyen de régler les choses, par sa volonté de stigmatiser un certain nombre de peuples ou de confessions sur la planète, oui. L'aveuglement de l'Occident qui a conduit à quoi ? Au basculement de la puissance. Eh bien quelques années plus tard. La puissance a changé de camp et ce sont aujourd'hui les pays émergents qui ont pris le relai de la croissance.

Révolte des pays arabes, donc c'était au début de l'année. Tunisie, Egypte. En bout de parcours : la Libye. Pourtant, on peut se dire que l'Islamisme, peut-être l'islamisme radical, peut profiter de la situation immédiatement ou à moyen terme dans ces pays-là.

Et j'irais plus loin, Jean-Michel Aphatie : l'islamisme Radical doit profiter de la situation si nous ne faisons pas ce que nous devrions faire.

Qu'est-ce qu'on doit faire ?

Eh bien, accompagner ces révolutions. Leur offrir le moyen de réussir. Et c'est là où l'Europe a une responsabilité formidable. On le voit bien. Le 11 septembre, c'est quoi ? Dans le fond, c'est une Amérique unijambiste qui n'est pas capable de gouverner le monde et qui a besoin d'appuis, d'alliés forts pour avancer. Et c'est le grand échec du 11 septembre. C'est l'incapacité de l'Europe et des Etats-Unis de bâtir un partenariat équilibré et respectueux pour porter une conscience mondiale.

On est à genoux nous-mêmes. Comment voulez-vous que nous les aidions ?

Eh bien, vous savez pour faire de la politique, il n'y a pas besoin de beaucoup d'argent. Pour faire de la politique, il y a besoin d'idées, il y a besoin de générosité.

Ca  ne suffit pas !

Il y a besoin de solidarité.

Ca ne suffit pas !

Et il faut être capable de prendre des décisions. Ca ne suffit pas ? Nous savons, tous, aujourd'hui, et c'est ça le grand drame, ce qu'il faudrait faire en Europe pour régler la crise des dettes souveraines. Cela demanderait un peu d'imagination et de solidarité : mutualisation des dettes, création d'euro-obligations ; et nous ne le faisons pas. Vous savez, c'est ça qui est terrible en politique, c'est que parfois on connaît la solution.

Et on ne l'applique pas !?

Et on ne l'applique pas !

Et ça, ça suscite chez vous, quoi ? De la colère ?

De la révolte, de l'indignation et surtout, ce sentiment terrible de tromper les peuples. Les Français, aujourd'hui, sont dans une situation insupportable parce qu'ils vont payer l'addition.

L'actualité, Dominique de Villepin, est faite de mille choses : les grandes affaires, des grandes réflexions. Le 11 septembre nous en a fournie l'occasion ; et puis, il y en a d'autres plus petites. Alors, je vais vous livrer une plus petite chose. La sortie du livre de Pierre Péan sur Alexandre Djouhri, que très peu de gens connaissent, qui est quelqu'un qui a l'air d'avoir un rôle important dans la coulisse de la République. On dit que c'est votre ami, Alexandre Djouhri ?

C'est un ami.

C'est votre ami. Vous le connaissez bien ? Comment vous le définiriez-vous ?

C'est un ami de très longue date.

Un homme de l'ombre ? Un homme de réseaux ? Un homme de coups ? Un homme fréquentable ?

Absolument !... Absolument pas, absolument pas un homme de l'ombre. C'est quelqu'un qui connaît beaucoup de monde, qui ne prétend jouer aucune sorte de rôle et à qui monsieur Péan prête à la fois des intentions et des actions qui ne correspondent à rien. Vous savez, je comprends très bien que quelqu'un comme monsieur Péan puisse être dérangé par quelqu'un qui est né, 11 rue Daniel Casanova en Seine-saint-Denis, qu'il connaisse aujourd'hui tout le CAC 40, toute la classe politique française, beaucoup de dirigeants du Monde. C'est effectivement très dérangeant.

Eh bien moi, je pense que c'est une bonne nouvelle pour la République Française que de voir ses enfants capables d'avancer, de progresser ; mais le livre est un livre de fantasmes.

J'ai entendu sur RTL le lancement tout à l'heure. On parlait d'enquête. Il n'y a JAMAIS eu d'enquête de M. Péan. Je me pose même la question de savoir si ce n'est pas un livre de commande. Je n'ai pas reçu un coup de fil.

De commande de qui ?

A vous d'y répondre ! C'est vous les journalistes. Je n'ai pas reçu...

Si vous me dites ça, c'est que vous avez une idée !

... Je n'ai pas reçu un coup de fil de monsieur Péan, pas une demande d'éclaircissement ; et M. Péan affirme toutes sortes de bêtises dans son ouvrage. Je lui en laisse...
 
Que vous avez touché  d'énormes sommes des chefs d'Etat étrangers, africains.  

Mais enfin, soyons sérieux, monsieur ! Soyons sérieux...

Soyons sérieux. Vous dites : ça veut dire non ? C'est ça ?

Ca veut dire non ! Je ne réponds même pas à la question tellement c'est ridicule.

D'accord. Vous avez une pratique des affaires publiques, Dominique de Villepin, évidemment. Avez-vous été étonné d'apprendre que les Services de Police avaient espionné le téléphone portable d'un journaliste du "Monde", Gérard Davet ?

Non.

Vous n'avez pas été étonné. Pourquoi ? C'est une pratique courante au sommet de l'Etat ? Ca fait longtemps que ça existe ?

Non. Quand il y a une inquiétude sur des affaires d'Etat, sur des affaires sensibles, la moindre des choses quand on est ministre de l'Intérieur, et je l'ai été, c'est d'essayer de savoir d'où vient la fuite. Le scandale, ce serait d'espionner les journalistes.

C'est ce qui a été fait ou pas dans...

... Chercher... Mais ça je n'en sais rien.

Vous avez lu les journaux ?

J'ai lu les journaux. Ah vous savez, je ne prends pas pour argent comptant tout ce qui est écrit dans les journaux. Il y a une enquête judiciaire. Eh bien attendons l'enquête judiciaire. Les services du ministère de l'Intérieur indiquent qu'il n'y a pas eu d'espionnage de journalistes, mais uniquement recherche sur les fuites. L'avenir nous dira ce qu'il en est.

Dominique de Villepin, avec des mots francs - et puis, les recherches (comment avez-vous dit ? Je ne sais pas, ça c'est plus alambiqué, mais enfin voilà !) - était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.

2012 et vous

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L'ancien Premier ministre de Jacques Chirac, président de République Solidaire, répondait vendredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Dix ans après les attentats du 11-Septembre, Dominique de Villepin a assuré que le terrorisme "a obtenu que l'Occident s'affaiblisse par lui-même, par son sentiment de puissance, son ivresse, sa bêtise - la tentation de la force, moyen de régler les choses -, par sa volonté de stigmatiser un certain nombre de peuples ou de confessions". Il a détaillé deux "conséquences tragiques" de la "catastrophe d'une immense ampleur" que fut le 11 septembre 2001 : "la première, c'est que l'administration Bush s'est sentie autorisée, à partir de là, à lancer une guerre contre le terrorisme", ce qui est "une absurdité".
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2011-09-09 11:38:00
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