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Pourquoi le bitcoin n'a pas fini de battre des records

La flambée du bitcoin fascine autant qu'elle inquiète. Des économistes prédisent son implosion. D'autres soulignent la fiabilité de ses fondamentaux.

De plus en plus de commerces acceptent les règlements en bitcoin
De plus en plus de commerces acceptent les règlements en bitcoin Crédit : AFP
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Benjamin Hue
Journaliste RTL

Jusqu'où ira la flambée du bitcoin ? La monnaie virtuelle a dépassé cette semaine la barre symbolique des 10.000 dollars. Il est monté mercredi 30 novembre jusqu'à 11.434 dollars. Un plus haut jamais atteint jusqu'ici à nouveau dépassé dimanche 3 décembre avec un record porté à 11.826 dollars. Mi-octobre, le bitcoin s'échangeait encore à 5.000 dollars, soit moins de la moitié de la valeur atteinte cette semaine. L'envolée est d'autant plus spectaculaire qu'il avait commencé l'année autour de 1.000 dollars. Depuis le 1er janvier, sa valeur a bondi de près de 1.000 %. Une trajectoire qui fascine autant qu'elle inquiète. Les investisseurs n'ont jamais été aussi nombreux alors que les mises en garde se multiplient sur le risque de voir éclater la "bulle" sur laquelle surfe cette monnaie insaisissable.  

Contraction des mots anglais "bit" (une unité d'information binaire) et "coin" (une pièce de monnaie), le bitcoin a vu le jour en 2009 sur les cendres de la crise financière. La légende veut qu'il soit le fruit d'un certain Satoshi Nakamoto, dont l'identité reste sujette à caution et derrière lequel pourrait s'abriter en réalité un groupe de développeurs. Le bitcoin est une cryptomonnaie, une monnaie électronique qui n'existe pas sous une forme physique. L'achat et la revente se font seulement par l'intermédiaire de plateformes en ligne. Mais il commence à infuser l'économie réelle et il est possible de l'échanger contre des devises classiques. 

Les raisons du succès

Le cours du bitcoin ne dépend pas d'une banque centrale. Il repose sur un réseau informatique décentralisé et échappe à tout contrôle institutionnel, monétaire ou gouvernemental. Il s'échange d'un individu à l'autre, de pair à pair, sans aucun intermédiaire. Les transactions sont vérifiées par les ordinateurs des utilisateurs. C'est la technologie du blockchain : des blocs de transactions chiffrées s'ajoutant les uns aux autres. Elle garantit la sécurité et la traçabilité des paiements en répertoriant l'ensemble des échanges réalisés depuis la création du bitcoin au sein d'un gigantesque registre. 

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À la différence des monnaies classiques, soumises à de nombreux facteurs, le bitcoin évolue principalement en fonction de l'offre et de la demande. Il est émis en volume limité et près de 80% l'a déjà été. "Le bitcoin a été créé pour devenir l'or numérique. Il n'y en aura pas plus de 21 millions d'ici à 2021 alors qu'il n'y aucune limitation pour l'ethereum pour l'instant. Même si le paysage s'est diversifié, il est plus rentable d'investir dans le bitcoin", explique Philippe Herlin, économiste indépendant auteur de Apple, Bitcoin, Paypal, Google, La fin des banques ? (Eyrolles, 2015).

La progression du bitcoin est accentuée par l'engouement des acteurs institutionnels et monétaires traditionnels pour la technologie blockchain, sur laquelle repose sa circulation, qui pourrait modifier en profondeur le système financier. "Il y a l'intérêt de la grande finance à travers les fonds d'investissement, l'intérêt des marchés à travers la mise en place d'instruments, l'intérêts des États et des banques centrales...C'est l'effet boule de neige", estime Jacques Favier, normalien coauteur de Bitcoin, la monnaie acéphale (CNRS Editions, 2017).

Des fondements solides malgré des aspects bullaires

Pour ses détracteurs, le bitcoin est "une escroquerie", comme l'a estimé mi-septembre le PDG de JPMorgan en présidant son implosion. Pour le patron du Crédit Suisse, c'est "la définition même d'une bulle". "On peut considérer qu'il y a un emballement, une explosion bullaire ces derniers mois. Il y aura des ajustements. Comme après le passage des 10.000 dollars qui a provoqué quelques prises de bénéfices et c'est un peu retombé. Ça a pu précipiter le recul mais les fondamentaux sont bons", veut croire Philippe Herlin. 

"Si vous regardez la courbe de la valeur du bitcoin, on voit qu'elle a une composante exponentielle. Cette composante est naturelle à la valorisation d'un réseau. Si vous faites de la théorie des réseaux, on se retrouve face à la loi de Metcalfe", abonde Jacques Favier. Énoncée par l'un des inventeurs du protocole à l'origine d'Internet, la loi de Metcalfe détermine que la valeur d'un réseau est égale au nombre d'utilisateurs qui y sont connectés au carré. "Si l'on prend le nombre de transactions et de portefeuilles ouverts, de devises vendues, de requêtes Google, tous les indicateurs en soi, et qu'on les élève au carré, on obtient une courbe qui ressemble globalement à celle du bitcoin", souligne le normalien.

Malgré un aspect bullaire et des acrobaties boursières, qui lui valent de nombreuses critiques de la part des institutions traditionnelles, le bitcoin commence à s'installer dans le paysage financier. "On dit que le bitcoin n'a pas de valeur intrinsèque. C'est faux. Une économie réelle s'est construite autour. C'est un système de paiement très efficace, le moins coûteux de tous. Il est instantané. Son réseau a toujours fonctionné depuis 2009. Et n'a jamais été pris en défaut par des contrefaçons", assure Philippe Herlin.

Pas trop tard pour en acheter

Faut-il en acheter ? Selon l'Autorité des marchés financiers, le bitcoin est un investissement risqué du fait de son extrême volatilité. Son cours joue au yoyo. Il dévisse régulièrement et fait l'objet de nombreux ajustements. Il a subi de nombreux crashs et de l'avis de tous les spécialistes, il devrait encore en connaître à l'avenir. 

"Il y a toujours le risque d'une séparation du bitcoin qui pourrait l'affaiblir. Et la scalabilité reste à faire. La communauté va devoir montrer la capacité du réseau à faire plus de transaction en consommant moins d'énergie", précise Philippe Herlin. "Mais je conseille l'achat. Il ne faut pas s'arrêter au cours et penser qu'on a rater le train. Il faut voir la capitalisation. Il est évident qu'il ne va pas s'arrêter à 170 milliards de dollars".

"Il n'est pas trop tard pour acheter 50 euros", ajoute Jacques Favier. "Chargez un portefeuille sur votre téléphone pour voir comment ça marche. Soit vous ne comprenez rien et vous vous dites que ce n'est pas pour vous, soit vous trouvez ça marrant et voyez que vous pouvez échanger de l'argent d'un téléphone à l'autre en deux temps, trois mouvements, alors qu'il faut plusieurs jours en passant par une banque. Il faut jouer".

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2017-12-04 19:49:00
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