5 min de lecture Propulsé

Coloniser Mars pour sauver l'humanité : faut-il prendre Elon Musk au sérieux ?

Le milliardaire fondateur de SpaceX a détaillé son plan pour étendre l'emprise de l'humanité dans le système solaire.

>
Making Humans a Multiplanetary Species Crédit Image : AFP / BRUCE WEAVER |
BenjaminHuepro
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Elon Musk détient-il la clé de la survie de l'humanité ? Depuis plus d'une décennie, le milliardaire américain d'origine sud-africaine rêve de faire de l'homme une espèce multiplanétaire. Il a créé pour cela SpaceX, qui a bouleversé l'aérospatiale en réduisant les coûts de fabrication d'une fusée et en devenant la première société privée à envoyer en orbite et ramener sur Terre un même appareil. Son grand dessein est de conquérir l'espace, en commençant par envoyer des vaisseaux sur Mars avec des humains à leurs bords. Pour l'entrepreneur qui a fait fortune avec Paypal il y a quinze ans, il en va tout simplement de la survie de l'humanité. Et le temps presse. "Si nous restons toujours sur Terre, il y aura éventuellement un événement d'extinction massive. L'alternative est de devenir une civilisation voyageant dans l'espace et une espèce multi-planètes", a-t-il martelé mardi 27 septembre, au 67e congrès d'astronomie à Guadalajara, au Mexique, où il a levé le voile sur les très attendus premiers détails de son ambitieux projet de colonisation de la planète rouge.

Une vision du futur digne de la science-fiction

Le milliardaire a commencé par projeter une vidéo futuriste où sont présentés ses projets fous : un transport interplanétaire via des fusées réutilisables, une base fabriquant du carburant sur Mars et un millier de vaisseaux en orbite, transportant chacun 100 personnes entre six et neuf mois sur 225 millions de kilomètres. Chaque vaisseau spatial sera équipé d'un restaurant, de cabines, de jeux adaptés à l'absence de gravité et de films. D'ici 40 à 100 ans, à raison de 10.000 voyages de 100 personnes, une colonie autosuffisante d'un million d'humain pourrait s'établir sur Mars et étendre l'emprise de l'humanité au-delà de la stratosphère.

Le scénario de ces expéditions dantesques a été précisément décrits dans cette bande-annonce alléchante. Une première fusée décolle du site de lancement de SpaceX à Cap Canaveral et place en orbite un vaisseau transportant des hommes et des femmes. Puis le lanceur redescend dans l'atmosphère se poser sur son pas de tir où il récupère un réservoir de carburant qu'il charge sur la fusée en orbite. Celle-ci peut alors déployer ses ailes, deux grands panneaux solaires, et entamer son voyage vers Mars avec ses passagers émerveillés.

À lire aussi
Starman et sa décapotable en dérive dans les confins de l'espace, le dernier coup de com' d'Elon Musk Propulsé
Comment suivre l'odyssée de la Tesla envoyée par Elon Musk dans l'espace
>
SpaceX Interplanetary Transport System

Pour que ce film de science-fiction devienne un jour réalité, le gros du travail consiste d'abord à développer le plus gros lanceur de fusée jamais construit pour pouvoir mettre en orbite les vaisseaux. Le lanceur devra être capable de délivrer une poussée de plus de 13.000 tonnes au décollage pour emporter une charge de 300 à 500 tonnes en orbite. Il devra ensuite revenir se poser sur terre pour apporter le carburant nécessaire pour propulser le vaisseau jusqu'à Mars. Ce décollage en deux temps permettrait de maximiser la charge utile du vaisseau. "Sans cela, nous devrions envoyer un fusée à trois étages 5 à 10 fois plus grosse et plus chère", a-t-il expliqué. Le vaisseau partirait avec juste ce qu'il faut de carburant pour son trajet et l'atterrissage sur mars. Les colons se chargeraient ensuite de fabriquer sur place le carburant nécessaire au vol retour.

Une solution à tout

Selon un calendrier optimiste, Space X compte organiser des voyages vers Mars tous les 26 mois à partir de 2023, lorsque la Terre et Mars seront alignées favorablement. L'une des grandes questions en suspens est celle des coûts d'une telle odyssée. Le coût du projet est estimé à 10 milliards de dollars. Même si SpaceX pourra générer des revenus par ses activités de mise en orbite de satellites et de ravitaillement de la Station spatiale internationale, Elon Musk a indiqué que son plan d'établissement d'une colonie sur Mars nécessiterait un "immense partenariat public-privé", sans toutefois annoncer d'alliance avec des agences spatiales gouvernementales.

Le premier vol sera cher mais l'objectif est de "faire que cela soit abordable à presque tous ceux qui veulent y aller", en ramenant peu à peu le prix du ticket de 200.000 dollars à 100.000 dollars, soit le prix moyen d'une maison aux États-Unis. "Tu ne peux pas créer une civilisation autosuffisante sur Mars si le billet coûte 10 milliards de dollars par personne" a-t-il expliqué. Pour y parvenir, tous les éléments devront pouvoir être réutilisés : un millier de fois pour chaque lanceur, une centaine de fois pour les réservoirs et une douzaine de fois pour les vaisseaux.

Un épais voile entoure aussi la faisabilité d'une telle opération. Les premiers passagers ne devront s'attendre à aucune garantie de survie. "Je pense que les premiers voyages jusqu'à Mars seront très, très dangereux. Le risque de décès sera élevé. Il n'y a pas d'autre option (...). Il s'agira fondamentalement de dire 'Es-tu prêt à mourir?', si tu es d'accord, alors tu es un candidat pour y aller" a-t-il expliqué. Le 1er septembre, SpaceX a connu un revers lorsque son lanceur Falcon 9 a explosé sur son pas de tir durant un test en Floride. Les ingénieurs cherchent toujours à identifier l'origine du problème.

L'entrepreneur américain n'a fait aucune mention du futur mode de vie des colons. L'habitat, la nourriture et l'oxygène nécessaires à leur survie n'ont pas été évoqués, tout comme la question des radiations cosmiques cancérigènes au-delà du champ magnétique terrestre. Par le passé, il avait cependant expliqué comment il comptait réchauffer la glacière Mars en posant des petites bombes à fusion nucléaire à chacun de ses pôles pour modifier son environnement et transformer sa glace en eau. Quant à la future gouvernance de la planète, "nous laisserons le choix aux Martiens", assurait-il il y a quelques mois.

Elon Musk n'est pas un farfelu

Le calendrier d'Elon Musk est particulièrement ambitieux. Space X entend lancer sa première mission inhabitée vers Mars dès 2018 pour y envoyer une mission tous les deux ans. Les premiers hommes pourront ensuite décoller pour la planète rouge à partir de 2024. SpaceX n'est pas la seule société à rêver d'envoyer des humains sur Mars. La Nasa a annoncé ses propres projets pour y envoyer des hommes dans la décennie 2030. Blue Origin, fondée par le directeur d'Amazon, Jeff Bezos, a révélé ce mois-ci ses plans pour construire une énorme fusée baptisée New Glenn, mais indiqué que l'objectif d'atteindre Mars prendrait plusieurs décennies.

Pour les experts, atteindre la planète rouge - qui se trouve à une distance de 225 millions de kilomètres de la Terre - et y vivre, nécessitera une véritable prouesse technique et un budget immense. "Il est improbable que (Musk) soit capable d'amener des humains sur Mars en 2025", estime John Logsdon, ancien directeur de l'Institut de politique spatiale de l'Université George Washington, tout en rappelant que Elon Musk a déjà péché par excès d'optimisme dans le passé concernant ses lanceurs. "Avant tout, il y a un problème de coût. On parle de dizaines de milliards de dollars et SpaceX n'a pas cet argent", selon l'expert. 

Le spationaute à la retraite, Leroy Chiao, note en revanche que Musk "se fixe des objectifs agressifs, et même s'il ne parvient pas toujours à les atteindre, normalement il est capable de le faire". "Je dirais que c'est possible", a-t-il assuré à l'AFP. "Quand il parle de ses plans pour construire une énorme fusée, la plus grosse fusée jamais construite, il y a plein d'éléments qui montrent que c'est très sérieux. Ça fait des années qu'il fait des annonces auxquelles on ne croit pas et qu'il les réalise. Elon Musk a prouvé qu'il n'était pas un farfelu", juge pour sa part François Forget, spécialiste de Mars au CNRS. Et l'entrepreneur ne compte pas s'arrêter là : il a déjà expliqué que son système de transport interplanétaire pourrait être aussi utilisé pour explorer d'autres recoins du système solaire.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Propulsé Ailleur(s) Espace
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7785032292
Coloniser Mars pour sauver l'humanité : faut-il prendre Elon Musk au sérieux ?
Coloniser Mars pour sauver l'humanité : faut-il prendre Elon Musk au sérieux ?
Le milliardaire fondateur de SpaceX a détaillé son plan pour étendre l'emprise de l'humanité dans le système solaire.
http://www.rtl.fr/actu/futur/le-plan-d-elon-musk-pour-coloniser-mars-et-sauver-l-humanite-en-5-points-7785032292
2016-09-29 07:00:00
http://media.rtl.fr/cache/75HLzsomS8Jt-bZ8Lb32-w/330v220-2/online/image/2016/0118/7781421095_spacex-souhaite-pouvoir-reutiliser-le-premier-etage-de-ses-fusees-pour-reduire-ses-couts-de-lancement.jpg