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La poupée Cayla et le robot I-Que accusés de mettre en danger la sécurité des enfants

La Cnil leur reproche notamment de pouvoir servir pour espionner les enfants et leur environnement.

La poupée Cayla dans un magasin de jouets à Londres en 2014
La poupée Cayla dans un magasin de jouets à Londres en 2014 Crédit : AFP
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Benjamin Hue
et AFP

Les jouets connectés sont dans le viseur des autorités. Quelques semaines après le régulateur allemand des télécoms, c'est au tour de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) d'épingler un fabricant chinois de jouets connectés. Un an après la plainte de l'association UFC-Que Choisir, la Cnil a mis en demeure lundi 4 décembre la société Genesis Industries, basée à Hong Kong, pour "atteinte grave à la vie privée en raison d'un défaut de sécurité" sur deux jouets commercialisés en France, la poupée "Mon amie Cayla" (déjà interdite en Allemagne) et le robot "I-Que". L'entreprise a deux mois pour sécuriser les produits et se conformer à la loi Informatique et liberté, sous peine de s'exposer à une sanction financière. 

Équipés d'un micro et d'un haut-parleur, la poupée et le robot fonctionnent en tandem avec un mobile ou une tablette par connexion bluetooth pour répondre à des questions simples des enfants. La Cnil leur reproche notamment de pouvoir servir éventuellement pour espionner les enfants et leur environnement. Alertée en décembre 2016 par l'association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir, la Cnil a procédé à divers contrôles et a interrogé le fabricant Genesis Industries.
 

"Ces vérifications ont permis de relever que la société collecte une multitude d'informations personnelles sur les enfants et leur entourage : les voix, le contenu des conversations échangées avec les jouets (qui peut révéler des données identifiants comme une adresse, un nom...), mais également des informations renseignées dans un formulaire de l'application" liée, a constaté la Cnil. 

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Un étranger peut parler à l'enfant à 20 mètres

Premier grief, et non des moindres : en descendant dans la cour de la Cnil, des contrôleurs ont pu constater qu'une personne située à l'extérieur, à 20 mètres, pouvait connecter son portable aux jouets sans avoir à s'identifier. Un étranger est ainsi en mesure d'entendre et d'enregistrer les paroles échangées entre l'enfant et le jouet, mais aussi d'espionner tout ce qui se passe autour. Il peut aussi parler à l'enfant via le jouet. 

La Cnil considère donc que cette absence de sécurisation des jouets, qui permet de s'y connecter à l'insu des enfants et des propriétaires et d'avoir accès aux conversations dans la pièce, méconnaît la Loi informatique et liberté de 1978, car elle porte potentiellement atteinte à la vie privée et à l'intimité des utilisateurs.

Deuxième grief de la Cnil: les jouets connectés n'utilisent pas de canal chiffré pour garantir la sécurité et la confidentialité des données personnelles. Enfin, la Cnil a constaté que les utilisateurs ne sont pas informés des traitements des données mis en oeuvre par Genesis Industries Ltd, ni du transfert du contenu des conversations hors de l'Union européenne (en l'occurrence aux Etats-Unis).

Les jouets connectés épinglés dans le monde entier

La Cnil n'a pas le pouvoir d'interdire ces jouets. Mais sa présidente Isabelle Falque-Pierrotin a sommé la société chinoise de se mettre en conformité, faute de quoi une procédure de sanction sera engagée. La Cnil a publié un guide de conseils à l'attention des parents désireux d'acheter un jouet connecté à leur progéniture. 

Le droit français ne cible pas spécifiquement les jouets connectés mais il impose quelques limites aux fabricants. La loi informatique et libertés précise par exemple qu'ils doivent prendre "toutes les précautions utiles (...) pour préserver la sécurité des données et, notamment, empêcher qu'elles soient déformées, endommagées, ou que des tiers non autorisées y aient accès". En mai 2018, le nouveau règlement européen sur la protection des données devrait renforcer la protection des informations personnelles des consommateurs.

La poupée "espionne" Cayla avait déjà été interdite en Allemagne en février, mais pas son alter ego masculin I-Que. Le régulateur allemand des télécoms a également suspendu la commercialisation des montres connectées pour enfants capables de géolocaliser et d'écouter la personne qui les porte et son environnement. L'agence recommande aux parents de les détruire sur le champ. Des actions sont aussi menées par des associations de consommateurs aux États-Unis, où le FBI a averti les parents des dangers que peuvent éventuellement faire peser les jouets connectés pour les enfants.

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La poupée Cayla et le robot I-Que accusés de mettre en danger la sécurité des enfants
La poupée Cayla et le robot I-Que accusés de mettre en danger la sécurité des enfants
La Cnil leur reproche notamment de pouvoir servir pour espionner les enfants et leur environnement.
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2017-12-04 14:44:00
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