François Chérèque : "La CFDT de SeaFrance n'a pas un comportement honorable"

Le secrétaire général de la CFDT répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie lundi matin. François Chérèque a estimé que la CFDT de SeaFrance n'avait pas "un comportement honorable" et qu'il serait "certainement amené dans les jours qui viennent à proposer" des exclusions. "J'ai un peu honte ce matin sur le comportement de ces militants qui n'ont pas un comportement honorable", a-t-il dit, en affirmant que "l'entêtement" de la CFDT de SeaFrance, qui est menacée de disparition, n'était pas "favorable à l'emploi".

François Chérèque sur RTL le 9 janvier 2012
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François Chérèque sur RTL le 9 janvier 2012
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François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, sur SeaFrance : "La CFDT locale n'a pas un comportement honorable" Crédits Média : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, François Chérèque.

François Chérèque : Bonjour.

Le feuilleton SesFrance continue. Une réunion a eu lieu hier soir en présence du Président de la République ; et puis ce matin, le Tribunal de Commerce de Paris doit donner un verdict. La cessation d'activité de Seafrance est inéluctable, François Chérèque ?

Je le crains tout particulièrement, parce que je pense, je veux être clair ce matin, j'ai un désaccord important avec la section CFDT de SeaFrance, je ne suis pas d'accord avec leur démarche. Pour une première raison : leur coopérative à mon avis n'est pas viable, parce qu'ils n'ont pas les moyens de fonctionner. Et qu'il y avait une autre solution, c'était la reprise par la compagnie de Philippe Louis-Dreyfus, qui proposait de reprendre 640 salariés, et l'entêtement de notre équipe syndicale, fait que ce soir, malheureusement, on risque d'avoir 800 chômeurs, plutôt que 640 personnes au travail.

Et ça, c'est la faute de la CFDT SeaFrance ?

Oui, je le dis très clairement, ce n'est pas facile pour moi ce matin, vous imaginez c'est la première fois de ma carrière,  que je viens à la radio le matin, et que je dis "je suis en désaccord avec une équipe locale". Mais je dois reconnaître que leur démarche aujourd'hui n'est pas favorable à l'emploi, et je pense ce matin aux salariés qui sont inquiets, et je leur dis : la CFDT nationale fera tout pour les aider, pour remettre en relation avec monsieur Louis Dreyfus si c'est possible, et pour soutenir tout projet qui sera viable.

Si vous désavouez ceux qui se réclament de la CFDT à Seafrance, ça veut dire qu'ils ne font plus partie de la CFDT ?

Les accusations qu'il y a par rapport à leur comportement délictueux posent question effectivement. Et je serai certainement amené dans les jours qui viennent, à proposer leur exclusion de la CFDT.

Je le dis, j'ai un peu honte honnêtement ce matin. C'est rare, je soutiens généralement mes équipes syndicales, mais j'ai un peu honte sur le comportement de ces militants qui n'ont pas un comportement honorable. On ne peut pas utiliser le sigle de la CFDT d'une façon marginale, désastreuse, tel qu'ils le font. Mais je pense ce matin, je le dis honnêtement aux salariés de SeaFrance, qui font confiance à un syndicat, et qui ont été trompés. Et mon rôle c'est d'essayer de trouver une solution pour eux.

Une dernière question, concernant la solution pour SeaFrance : vous n'avez pas tardé à prendre vos distances avec ce syndicat CFDT, parce que juste, je vais vous donner une date : mars 2010, une plainte est déposée, une instruction est en cours pour "vol en bande organisée" ?

Oui, mais vous savez, on est dans une présomption d'innocence. C'est comme ça pour tout le monde, c'est comme ça pour les politiques, on l'entend très souvent à la radio. C'est comme ça aussi pour les syndicalistes, et les révélations qui ont été données dans la presse, et les langues qui se délient à Calais ce matin, montrent qu'on est maintenant au-delà de la présomption.

Comment vous pouvez aider les salariés de SeaFrance, et est-ce que vous avez une solution en tête ?
Je pense que la seule solution maintenant, c'est que un armateur comme Philippe Louis-Dreyfus reprenne les bateaux après, et réembauche des salariés. Je ne crois pas personnellement à la solution Eurotunnel...

... Dans "Libération" ce matin, le PDG d'Eurotunnel dit : "Après liquidation judiciaire, nous pouvons apporter un soutien au projet de coopérative des salariés"...

Oui, mais qu'est-ce que fait Eurotunnel ?....Eurotunnel ne veut pas d'un concurrent trop efficace. Ce qui montre que le projet de Louis-Dreyfus était efficace. Lui, Eurotunnel, espère l'échec de la coopérative pour avoir un concurrent de moins. Donc, si cette entreprise a peur d'une entreprise, ça veut dire, que pour les salariés, socialement, on a plutôt intérêt à ce que ce soient eux qui s'engagent sur la reprise.

Vous avez des contacts avec l'équipe de l'armateur Dreyfus ?

J'ai eu des contacts, mais la section CFDT a refusé tout contact, et c'est ça qui nous amène aux difficultés d'aujourd'hui.

Mais du côté Dreyfus, vous avez eu des contacts ?

Oui, je le dis. Mais tout le monde a des contacts.

Ils sont toujours prêts chez Dreyfus à refaire une offre ?

Ils attendent la décision du Tribunal et ils le feront après. Le problème, c'est qu'ils étaient prêts à le faire avec 640 salariés, malheureusement, ils le feront demain avec moins de salariés.

Avez-vous été informé de ce qui s'est dit hier soir à l'Elysée, François Chérèque ?

Non, c'est l'un des problèmes d'ailleurs. Sachant les désaccords qu'on a avec la section CFDT, je pense que l'Elysée aurait été, je pense, plus avisée à prendre contact avec la confédération. Ce qu'ils n'ont pas fait depuis le début.

Ils ne l'ont pas fait hier soir, et vous ne savez pas ce qu'il s'est dit à l'Elysée... ?

Non, non je n'ai aucune information.

On change de sujet François Chérèque.

Oui, ça sera plus facile pour moi.

Le sommet social du 18 janvier, vous en attendez quoi ?

Et bien là, je vais essayer de faire mon travail de syndicaliste jusqu'au bout, c'est à dire d'amener des résultats pour les salariés qui sont en difficulté pendant la crise.

Je pense en particulier à ceux qui sont dans des petites et moyennes entreprises, qui ont leur entreprise en difficulté, qui sont au bord de la faillite. Et ces entreprises-là, les salariés, il faut les aider, par du chômage partiel, nous avons un slogan c'est : "Former plutôt que de licencier". C'est à dire faire en sorte que les salariés soient au chômage partiel plutôt que de licencier, et utiliser cette période pour de la formation.

Ensuite, nous avons signé des accords avec le patronat  pour l'accompagnement des jeunes vers l'emploi, il faut que le gouvernement mette des moyens derrière cette démarche-là, les personnes en précarité. Et puis renforcer Pôle Emploi.  L'objectif de la création de Pôle Emploi, c'est qu'il y ait une personne pour suivre 60 chômeurs. On a une pour 110. Je crois qu'il faut mettre des moyens supplémentaires...

Il faut embaucher à Pôle Emploi ?

Il faut embaucher à Pôle Emploi pour mieux accompagner les chômeurs.

Embaucher à Pôle Emploi, mieux former les chômeurs, il faut de l'argent, il n'y en a pas !

Mais il y en a, vous savez très bien...

Non, je ne sais pas !...

Maintenant, il faut arrêter d'avoir des approches idéologiques. 4 milliards d'euros pour financer encore aujourd'hui des heures supplémentaires. Ce n'est pas sérieux.

Il faut arrêter ça ? Vous imaginez Nicolas Sarkozy à trois mois de l'élection présidentielle, arrêter le financement des heures supplémentaires ?

Il est en train de changer sur la taxe Tobin. Il était en opposition, il y a encore quelques années sur la taxe Tobin. Donc, je propose de se reconvertir à la taxe Tobin, c'est une bonne chose, mais se reconvertir aussi à aider les chômeurs, plutôt qu'encourager les heures supplémentaires.

Ça vous savez que vous risquez de ne pas être entendu ?

Oui, mais au bout d'un moment, il faut savoir ce qu'on veut. Il y a des problèmes financiers, je l'entends bien, mais il y a aussi ces moyens-là pour aider les personnes qui sont au chômage.

Donc votre proposition, c'est de consacrer...

... Tout ou partie de cette dépense qui est inutile à mon avis. Faire des heures supplémentaires, alors qu'on a une augmentation de ce type du chômage, c'est quand même pas normal.

La TVA sociale, bonne ou mauvaise idée, François Chérèque ?

La TVA sociale, non. Elle va peser en particulier sur les bas salaires, et sur les classes moyennes. Nous sommes nous, la CFDT,  favorables à qu'il y ait un transfert d'une partie des cotisations  sociales du travail,  sur d'autres revenus et nous sollicitons, nous, la CSG parce qu'elle est affectée à la protection sociale, la CSG parce qu'elle touche le capital, et elle touche moins les salariés. Et puis, on peut choisir qui la paye, on peut exonérer de CSG, les retraités, les chômeurs par exemple. C'est donc de quelque chose de plus efficace  et de plus juste. Donc, nous ferons cette proposition-là : l'augmentation de la CSG et baisse des cotisations sociales.

Ça c'est pour le sommet social du 18 janvier. Le président a dit, qu'il ferait ensuite connaître ses décisions, à la fin du mois de janvier. Finalement, après avoir hésité, il semblerait que vous rencontriez François Hollande cette semaine, qui organise, ce qui ressemble quand même à un contre-sommet social, même si on...

.... Non, justement, c'était dans l'exigence. François Hollande n'est pas Président de la République, il n'y a pas de raison d'organiser un contre-sommet social. Moi, mon travail de syndicaliste, c'est d'amener des résultats immédiatement, par contre il a un discours programmatique, le 22 janvier, il souhaite rencontrer les syndicats pour préparer ce discours-là, c'est normal qu'on le rencontre, comme on rencontrera tous les candidats à la présidentielle, sauf l'extrême droite et l'extrême gauche.

Vous y allez-vous, vous y allez-vous même, vous allez donc rencontrer François Hollande, jeudi. Et pourquoi pas Marine Le Pen ?

Parce que Marine Le Pen, on est toujours en désaccord, je dirai sur un parti politique, qui à mon avis fait des propositions, en particulier sur tout ce qui est autour de la préférence nationale et qui n'est pas compatible avec les valeurs de la CFDT.

Vous voyez son potentiel très élevé, sondages après sondages ?

Oui, mais nous notre combat contre Marine Le Pen, c'est dans les entreprises, dans les entreprises pour montrer que nous, on n'oublie pas les salariés, on n'oublie pas ces fameux ouvriers, qui soi-disant sont en désespérance, pour leur amener des résultats. Et c'est notre démarche dans le sommet social.

D'un mot François Chérèque, le bilan du quinquennat, c'est quoi ?

C'est très difficile, mais quand vous regardez la situation du chômage. Elle est due en partie à la crise, mais elle est due aussi à des décisions politiques, je pense particulièrement à la fameuse loi TEPA, qui ne favorise pas la baisse du chômage.

Donc, bon bilan, mauvais bilan ?

Le bilan économique et social n'est pas bon, c'est évident.

2012 et vous

par Jean-Michel AphatieJournaliste RTL
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