Eric Besson : "Qu'on m'explique les liens entre les reconduites au pays et les rafles !"

Le ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire répondait aux questions de Philippe Corbé mardi matin. "La France ne s'en prend pas aux Roms", a déclaré Eric Besson, s'indignant des attaques de l'opposition et de certains élus de la majorité contre la politique du gouvernement. Il a notamment réfuté le terme de "rafles", utilisé par le député UMP Jean-Pierre Grand, proche de Dominique de Villepin. Eric Besson a de nouveau estimé qu'il serait "complexe" d'instaurer en France la déchéance de nationalité pour cause de polygamie.

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Le ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire répondait aux questions de Philippe Corbé Crédits : Philippe Corbé | Durée : | Date :
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Philippe Corbé : Bonjour, Eric Besson.

Eric Besson : Bonjour, Philippe Corbé.

Quarante camps de Roms démantelés ces quinze derniers jours en France : chiffre annoncé par le ministère de l'Intérieur, qui précise que 700 d'entre eux vont être raccompagnés dans leur pays d'origine. Concrètement, Eric Besson, est-ce que ce sont des expulsions ?

Oui, ce sont des expulsions comme on dit dans le grand public même si moi je n'aime pas cette expression...

... Qu'est-ce que vous dites, vous ?

Ce sont des reconduites dans le pays d'origine, c'est ce que dit la loi ; et nous appliquons la loi.

Est-ce que concrètement, ces Roms touchent l'aide au retour ?

Certains d'entre eux, oui. Et ce ne sont pas des "renvois", des reconduites collectives, ce sont une somme de reconduites individuelles, donc ça dépend de la situation individuelle des personnes même si elles vont être reconduites collectivement par des vols commerciaux affrétés, puisque...

... Il n'y a pas de vols spéciaux ?

Il n'y a pas de vols spéciaux. Ce sont des vols commerciaux affrétés comme l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration le fait très régulièrement.

Donc, on paie, nous, le billet d'avion ; on leur verse 300 euros pour qu'ils retournent en Roumanie, en Bulgarie ?

Absolument.

Et dans quelques semaines, ils seront de retour en France puisqu'ils sont citoyens de l'Union européenne ?!...

Non, parce que dans quelques semaines, comment dire, OSCAR (pardon pour les mots, pour le logo), le fichier que nous avons mis au point qui est un fichier biométrique va justement permettre d'éviter cette noria entre guillemets, ces aller-retour auxquels vous faites allusion, ça va permettre de faire en sorte que ceux qui ont déjà perçu l'aide ne puissent pas la recevoir une seconde fois.

Mais ils pourront revenir en France ?

Ils pourront revenir en France puisque c'est la loi mais ils ne pourront pas :
-  1. Y stationner en situation irrégulière ;
- 2. A fortiori, recevoir de nouveau une aide humanitaire, une aide au retour aux volontaires.
 
Parce que vous savez bien que ces Roms qui ont fui la Roumanie, la Bulgarie, subissent là-bas de la discrimination, un racisme et donc vont vouloir à nouveau quitter le pays d'où ils viennent ?

Vous ne devriez pas être aussi catégoriques sur la situation de la Roumanie et vous savez combien la Roumanie fait des efforts pour la réinsertion des Roms. Le nouveau secrétaire d'Etat chargé de cette question sera d'ailleurs à Paris dans quelques jours. Avec certains de mes collègues, je le recevrai et ensuite, les 9 et 10 septembre, j'irai avec Pierre Lellouch à Bucarest pour discuter justement de la bonne réinsertion de ces Roms.

Maintenant, revenons au fond. Quelle est la question qui était posée qu'a voulu trancher le Président de la République ? Oui ou non, en France, a-t-on le droit, sous prétexte qu'on est 200 ou 300 ou 400 d'occuper illégalement un terrain public ou un terrain privé ? La réponse est non, la France ne s'en prend pas aux Roms contrairement aux bêtises, aux anachronismes...

"Ce sont des rafles", dit le député UMP Jean-Pierre Grand.

Alors voilà, c'est exactement le type d'anachronisme ou d'absurdité que je veux dénoncer. J'aimerais beaucoup que le vocabulaire spécifique de la seconde Guerre Mondiale avec ce qu'a été son atrocité, c'est-à-dire l'extermination industrielle systématique des Juifs et des Tziganes, ne soit pas utilisée dans un contexte où on peut discuter telle ou telle modalité. Enfin, les personnes sont interpellées, leur identité vérifiée et on leur propose de l'argent pour retourner en avion dans leur pays d'origine. J'aimerais bien qu'on m'explique quel est le lien avec les rafles de la Seconde Guerre Mondiale.

Y a-t-il ou pas un lien entre immigration et délinquance, c'est le débat de l'été ? Et c'est vous, Eric Besson, qui allez devoir faire voter à la rentrée deux amendements, l'un sur la déchéance de nationalité, l'autre qui va empêcher l'acquisition automatique de la nationalité pour les jeunes multirécidivistes. Franchement, est-ce que ce n'est pas d'abord aussi peut-être de l'affichage, peut-être de la surenchère, parce que ce n'est pas ça qui va concrètement faire réduire les mauvais chiffres de la délinquance ?

D'abord, le Président de la République, à Grenoble, n'a pas prétendu de faire de ces deux mesures l'alpha et l'oméga de la politique de sécurité.

C'était une nouveauté.

C'était effectivement deux nouveautés, c'est pour ça qu'elles ont été le plus retenues. Enfin quand il est allé installer le nouveau préfet de l'Isère, il me semble qu'il a donné des consignes qui étaient autrement plus larges que cette question.

Concernant la déchéance, je crois qu'il faut revenir à des choses simples. Evidemmnent ça ne peut porter que sur des cas, par exemple, d'acquisition de la nationalité française par le mariage. Un étranger se marie avec une Française, et admettez que deux ans, trois ans après, il tue volontairement un policier, un gendarme, un magistrat, un préfet, la question qui est posée, c'est : a-t-il respecté le pacte républicain qu'il est supposé avoir signé en accédant à la nationalité française ?

Donc ça concerne très peu de gens en réalité ?

Ca va concerner peu de gens, mais heureusement. La déchéance doit rester absolument une procédure exceptionnelle pour les crimes les plus graves.

On va parler pendant des mois d'un dispositif qui va concerner un, deux, trois, quatre personnes...

Mais si vous voulez qu'on parle d'autre chose, on parle d'autre chose bien volontiers.

Eh bien, parlons d'autre chose ! Justement puisque Brice Hortefeux veut élargir à d'autres cas l'excision, la polygamie. Vous, vous avez dit que c'était juridiquement complexe. Lui maintient qu'il veut faire des propositions juridiques. Est-ce qu'il vous en a parlé ? Est-ce qu'il vous a convaincu ?

D'abord, on a des échanges tout l'été. Tout ce mois, il y a eu des échanges entre nos cabinets et nos services puisque nous travaillons. Le Président de la République et le Premier ministre vont organiser à la fin du mois et au début du mois de septembre un certain nombre de réunions interministérielles...

Pour trancher ?

Pour trancher... Et surtout pour que chacun apporte ses propositions, et ensuite pour trancher.

La position n'est pas la même entre Brice Hortefeux et vous ?

Mais ce n'est pas tout à fait ça. La question est : est-ce que nous devons lutter avec la plus grande force contre la polygamie ? La réponse est évidemment la même ; ensuite, Brice Hortefeux m'avait posé une question juridique précise. La polygamie à propos de l'affaire de la personne suspectée effectivement de Nantes. La question était : est-ce que la polygamie, aujourd'hui en droit français, permet la déchéance de la nationalité française ? J'avais répondu que très vraisemblablement : non ; et que donc, passer de la situation actuelle à une autre, c'est complexe. Mais complexe, c'est un mot qui n'interdit rien, me semble-t-il. Ca ne se fait pas facilement. Nous verrons à la fin du mois, au début du mois prochain.

Eric Besson, vous vous envolez demain pour les Etats-Unis pour rencontrer vos homologues en charge notamment des politiques d'immigration, de lutte contre les filières clandestines. Est-ce que la France peut s'inspirer de certains aspects du modèle américain d'immigration ?

Je ne sais pas. Nous ne sommes pas exactement dans le même modèle. Avant d'aller à Washington demain, je vais à Toulon aujourd'hui pour quelque chose de plus opérationnelle : c'est la lutte contre les filières de l'immigration clandestine en Méditerranée. Vous connaissez la situation française. Nous ne sommes pas aussi exposés que Chypre, Malte, l'Italie ou la Grèce.

Vous avez vu arriver des immigrants il y a quelques mois.

Exactement ; et les réunions inter-services que j'avais organisées à l'époque dont je vais faire une réunion opérationnelle aujourd'hui, ont porté leurs fruits. Nos côtes sont mieux surveillées qu'elles ne l'étaient encore il y a quelques mois et nous allons les renforcer aujourd'hui. Demain, je vais effectivement à Washington rencontrer la ministre de la sécurité qui gère donc les questions migratoires et pour répondre très précisément à votre question,  j'émets un bémol.

Les Etats-Unis, d'abord ne sont pas laïcs, premier élément ; et deuxième élément, surtout ont une politique dite communautariste, c'est-à-dire qu'ils acceptent la coexistence de communautés. Notre modèle républicain est un modèle d'intégration et d'assimilation. Nous avons des points communs mais nous avons aussi des différences.

Vos interlocuteurs aux Etats-Unis auront probablement lu cet éditorial à la "une" du New York Times, il y a quelques semaines. Le titre, c'était : "Xénophobie, la chasse aux non-français". Le grand quotidien américain de référence s'attaquait à Nicolas Sarkozy accusé d'attiser dangereusement les sentiments anti-immigrés pour des calculs politiques à court terme.

Ca veut dire que même un grand quotidien de référence peut au milieu de l'été raconter, écrire des bêtises. Ca arrive à tout le monde.

Ca n'arrive qu'aux Etats Unis !

Ca n'arrive qu'aux Etats Unis, bien sûr. C'était ce que je vous disais.

Donc Eric Besson, qui s'envole aux Etats-Unis et qui va défendre la vision française de l'immigration, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.
   
   
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par Philippe CorbéJournaliste RTL
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