Nicolas Hulot : "Quand vous avez plongé avec des requins sans cage, plus rien ne vous impressionne !"

Le candidat malheureux à la primaire d'Europe Ecologie - Les Verts pour la Présidentielle répondait aux questions de Philippe Corbé mercredi matin. Nicolas Hulot a assuré qu'il n'y avait "pas de regrets à avoir" après sa défaite face à Eva Joly, affirmant qu'il avait "retrouvé sa liberté absolue" et qu'il était "trop tôt" pour savoir s'il participerait à la campagne. Revenant sur les attaques subies pendant la campagne, l'ex-animateur d'"Ushuaïa" a répondu : "Quand on a l'habitude de plonger avec des requins sans cage, il n'y a pas grand chose qui vous impressionne ! "Quant au seau d'épluchures reçu lors de la mobilisation contre l'aéroport Notre-Dame-des-Landes samedi, il a déclaré que "l'humilitation n'était pas là", soulignant: "Elle a été dans les heures qui ont suivi" car "pendant 36 heures, je n'ai pas reçu un message de soutien" de la part de "ceux dont je pense être proches".

Nicolas Hulot sur RTL le 1er juin 2011
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Nicolas Hulot sur RTL le 1er juin 2011
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Nicolas Hulot, candidat malheureux à la primaire d'Europe Ecologie - Les Verts : "Quand vous avez plongé avec des requins sans cage, plus rien ne vous impressionne !" Crédits Média : Philippe Corbé | Durée : | Date :
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Philippe Corbé : Bonjour, Nicolas Hulot.

Nicolas Hulot : Bonjour.

Vous regrettez de vous être jeté dans le grand bain de la politique ?...

Non, non. Parce que toute expérience est enrichissante. Donc voilà. Je ne l'aurais pas fait, je l'aurais regretté. Je me serais dit, est ce que ça valait le coup. Moi je l'ai fait parce que je pensais qu'il y avait un moment qui n'existait pas auparavant, que je pouvais participer à rapprocher les Français de l'écologie et que voilà, j'ai pensé cela, je pensais que c'était le bon moment. Je pensais qu'en 2007, ça n'était pas le moment. Là, je pensais que c'était le moment.

Parce que vous avez hésité, pendant des années. Les dix dernières années finalement...

Parce que le temps de l'écologie n'était pas venu. Et qu'il y avait tout un travail préalable à faire avec la société pour que les Français commencent à s'imprégner de ce sujet là, qu'ils aient bien conscience que ça n'est pas un petit sujet parmi d'autres.

Vous avez réussi avec le Pacte écologique ?

Oui, voilà. Il y avait des étapes préalables avant de s'engager en politique. Et donc moi j'ai participé à opérer ces étapes là, et puis je pensais qu'effectivement en 2011 et 2012 on pouvait là, franchir une étape complémentaire, c'est à dire en gros, mettre l'écologie sous une forme ou sous une autre, au pouvoir, et que je pouvais y participer. C'était ma conviction, elle n'a pas été partagée, il n'y a pas de regrets à avoir .

Vous disiez que c'est une expérience enrichissante, qu'est ce que vous avez appris, qu'est ce qui vous a surpris ces derniers mois ?

Dans les surprises négatives pas grand chose. Moi, je suis toujours programmé, on ne peut me surprendre qu'en bien. Donc voilà.

Vous avez été surpris en bien ?

J'étais surpris en bien par des rencontres que j'ai faites, j'ai aussi rencontré chemin faisant, à la fois à Europe Écologie - Les Verts, et aussi à l'extérieur, des gens de qualité qui ont le sens de l'intérêt général, qui sont totalement dévoués à cette cause. Des gens qui consacrent tout leur temps. J'ai rencontré de très beaux esprits. J'ai eu de très belles surprises quand je suis allé dans les quartiers populaires, et qui avaient autour de ma candidature une espérance absolument incroyable, et quand j'ai vu cet appel qui avait été fait des banlieues, qui a été fait spontanément, c'est vrai que ça m'a fait chaud au cœur.  Donc, il y a eu des moments humains, et puis il y a eu des moments de politique traditionnelle, qui ne sont pas forcément ma préférence.

Vous n'avez pas découvert en plongeant dans ce grand bain de la politique, qu'il y avait des requins, et qu'il faut parfois savoir mordre...

Vous savez, quelques temps avant ma déclaration de candidature, je crois que c'est Ségolène Royal qui a dit : "Faire de la politique, c'est autre chose que de faire Ushuaïa !" A la limite, j'ai pris ça avec beaucoup d'humour. Mais justement, quand on a l'habitude de plonger avec des requins sans cage, il n'y a pas grand chose qui vous impressionne.

Justement, un moment qui a peut être marqué les Français : vous avez reçu l'autre jour à Nantes, un sac d'épluchures sur la tête. Qu'est-ce que vous avez ressenti à ce moment là ?

Alors, au moment où vous le recevez ça n'est pas forcément très agréable. Surtout que c'est fait en sorte de...

... C'est une marque d'humiliation absolue ?

Non, l'humiliation n'était pas là. L'humiliation, elle a été dans les heures qui ont suivi, c'est à dire que je n'ai pas eu un mot d'indignation de la part de ceux, dont je pense être proche.

Eva Joly ? Cécile Duflot ?

Il n'y a pas eu un mot d'indignation. Et ça, très sincèrement, si je veux être sincère, car à un moment, il faut cesser d'avoir la langue de bois, ça, ça m'a beaucoup peiné, blessé.

Le fait que Cécile Duflot qui vous soutenait, officieusement n'ait pas...

Je ne veux pas mettre de nom. Simplement, pendant 36 heures, je n'ai pas reçu un message de soutien. Ca m'a fait très mal. Le fait de prendre des épluchures de dix cinglés, ça franchement on en rencontre tous les jours, ça n'a aucune importance. Si ces gens là connaissaient le sentiment de honte, pour m'avoir traité de collabo publiquement, mais ce sentiment leur est étranger. Honnêtement, ça, ça ne m'étonne pas. Ce qui m'a étonné, c'est effectivement que certaines personnes, étaient à quelques mètres de moi et j'ai même cru percevoir de petits sourires satisfaits.

Vous allez resté à Europe Ecologie, vous serez par exemple aux Université d'été à Clermont-Ferrand dans un mois ?

Alors, écoutez, à ce stade, il faut prendre un peu de distance, analyser les choses. Il faut, comme je l'ai dit saluer la victoire d'Eva, espérer que l'écologique politique remporte un succès.

Vous participerez à cette campagne ?

Mais c'est trop tôt pour répondre à cela. Moi, pour l'instant la seule question que j'ai en tête c'est où est ce que je suis le plus utile ? Ca fait vingt ans que je me pose cette question. Ca fait vingt ans que je suis dans l'écologie, parce que certains l'ont découvert lors de cette campagne.

Ce n'est peut être pas dans la politique finalement que vous êtes le plus utile.

Je verrai, je verrai. C'est la seule question : où est ce que je suis le plus utile ? Est ce que j'apporte quelque chose à Europe Ecologie - Les Verts ? Est ce qu'ils m'apportent quelque chose ? C'est la vraie question. Et il faut répondre tranquillement à ces questions, mais pas sous le coup de tristesse. Il faut le faire. Vraiment, il n'y a plus aucune urgence en ce qui me concerne, je suis un homme libre, je le suis d'autant plus ce matin.

Est-ce que ces primaires Europe Ecologie Les Verts, n'ont pas été un processus destructeur. Vous, vous êtes écarté, Daniel Cohn-Bendit est fâché. Les deux figures les plus marquantes de l'écologie en France, aujourd'hui sont hors jeu en tous cas... en retrait.

Sont hors jeu, tout est relatif. Encore une fois ce qui est important, c'est que personne ne produise d'amertume et que l'on soit dans la  construction et dans la proposition. Moi, c'est ma seule manière d'être. Mes état d'âme n'ont absolument aucune importance. Vous savez hier matin, je me suis réveillée, non pas en me disant : "Zut, je n'ai pas été choisi". Je me suis réveillé en entendant à la radio, et notamment sur la votre qu'il y avait une sécheresse monstrueuse en Afrique, et que je sais tant ce qui se passe par exemple, en Afrique à cause des changements climatiques, et mon impuissance, ce sentiment d'impuissance me révolte tous les jours. Et moi, c'est la seule chose qui me propulse. Qu'est ce que je peux faire pour éviter ce grand désastre ?

Mais justement, est ce que vous n'étiez pas, paradoxalement trop écolos pour les écolos ? Est-ce que finalement ce ne sont pas des groupes venus de l'extrême gauche qui aujourd'hui, tiennent Europe Ecologie - Les Verts ?

Ecoutez, tout d'abord, je pense que les Ecolos ne sont pas monolithiques. Il y a de tout à Europe Ecologie - Les Verts, culturellement, encore un fois, il y a un brassage, une mixité etc. Il y a des résistances, et c'est vrai que mon parcours, j'ai passé trois mois à étaler mes certificats de conformité écologique. Je l'ai fait bien volontiers, car dès lors que l'on veut être candidat, c'est normal un peu de s'exposer. Mais c'est vrai que au bout d'un moment, c'est un peu agaçant. Quand vous êtes engagé depuis vingt ans dans l'écologie, cette sorte de mise en examen, finit pas lasser un tout petit peu. Il faut que les écologistes qui prônent le changement, et qui sont probablement, ceux qui prônent le changement le plus en profondeur, il faut qu'eux mêmes changent entre guillemets. Il faut s'ouvrir à la société, il faut être décomplexé, il faut aller vers les autres et laisser les autres aller vers soi, et sans leur demander en permanence, justement d'où ils viennent et qui ils sont.

Tout à l'heure dans le journal de 7h30, Jean-Louis Borloo, vous lançait un appel, est ce qu'il vous a appelé, est ce que vous allez l'appeler ?

Mais attendez, là, si Jean-Louis Borloo m'appelle, je lui parlerai, comme quand Olivier Besancenot m'appelle, comme quand Cécile Duflot. J'ai dit une chose très claire, il y a au moins une chose qu'on m'accordera,moi je n'ai qu'une parole. Quand j'ai dit que je ne ferai rien qui contrariera la dynamique de cette campagne pour les écologistes, voilà. Je ne sais pas encore ce que je vais faire, je sais ce que je ne vais pas faire.

Peut-être que vous serez ministre d'un gouvernement de gauche dans un an non ?

Il y en a qui sont là pour ça. Qui cherchent un job. Moi, je ne suis pas entrain de chercher un job...

Justement votre job à TF1, vous allez le reprendre à TF1 ou pas ?

De la même manière, honnêtement ce que je vais faire dans les mois qui viennent, je ne sais pas.

Vous ne savez pas ? La Fondation non plus ?

Il ne faut pas être dans le réactif. Il y a le temps de l'analyse, de la réflexion commence pour moi. Mon obsession, c'est comment, comme hier, je peux servir la cause de l'écologie qui est un enjeu majeur. Et ce qui me chagrine, c'est que dans notre société, on regarde ça toujours par la petite histoire, alors que la grande Histoire de l'humanité, elle est conditionnée à l'enjeu écologique.

Elle n'est finalement pas très écolo, Eva Joly? Elle est sur les questions de morale, sur les questions de justice, pas sur les questions d'environnement ?

Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas envie de dire. Je sais que vous aimeriez bien, qu'il y ait une petite formule que vous puissiez reprendre en boucle toute la journée. On a des différences, des états d'esprit différent, la manière de porter l'écologie est très différente, l'esprit d'ouverture est très différent. On a bien vu ce clivage qui s'est fait, mais il y a eu un choix des militants. Les militants ont choisi très largement Eva Joly. Donc à partir de là, on s'incline, on dit bravo, on dit respect. Mais moi, je retrouve ma liberté absolue.
2012 et vous

par Jean-Michel AphatieJournaliste RTL
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2011-07-13 08:35:00
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