Centrales survolées par des drones : 6 questions sur le nouveau casse-tête du gouvernement

ÉCLAIRAGE - En l'espace d'un mois, treize des dix-neuf centrales nucléaires du pays ont été survolées par des drones. Une situation qui soulève plusieurs questions.

La centrale nucléaire de Cattenom en Moselle le 17 août 2013.
Crédit : JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP Archives
La centrale nucléaire de Cattenom en Moselle le 17 août 2013.

L'embarras du gouvernement grandit à mesure que les survols se succèdent. En un mois, pas moins de 13 centrales nucléaires - sur les 19 que compte le parc hexagonal - ont été survolées par des drones sauvages. EDF a porté plainte mais minimise la menace. Le gouvernement affirme qu'il mobilise tous ses moyens mais refuse de se montrer alarmiste. Les écologistes (associations et représentants politiques) pointent le risque que font peser ces engins pour la sécurité intérieure et celle des populations qui vivent à côté des sites nucléaires. Le point sur la situation.

1 - Combien de survols ont eu lieu ?

En tout, treize centrales nucléaires ont été survolées entre la mi-septembre et aujourd'hui. Selon EDF, sept centrales ont été survolées. Selon Greenpeace, trois autres sites ont fait l'objet des mêmes survols.

Le premier survol a été recensé sur le site du Commissariat à l'énergie atomique à Saclay, dans l'Essonne, le 14 septembre. Le site nucléaire Superphénix de Creys-Malville, en Isère, a été survolé le 5 octobre. Celui de Blayais, en Gironde, le 13 octobre, avant celui de Cattenom, en Moselle, le lendemain. 

Le 19 octobre, les sites de Gravelines, dans le Nord, de Bugey, dans l'Ain, de Chooz, en Ardennes, et de Nogent-sur-Seine, dans l'Aube, ont à leur tour été survolés. Avant les sites de Bugey, encore une fois, le lendemain puis celui de Pierrelatte, dans la Drôme, le 27 octobre.

2 - Quels types de drones ont été utilisés ?

Plusieurs types de drones ont été observés. Selon le porte-parole de l'Intérieur, il s'agit de "drones de petite taille, qu'on peut acheter facilement dans le commerce". Lors d'un point presse, le porte-parole de l'armée de l'Air a fait état jeudi "de mini-drones en vente dans le commerce". Certains faisaient plusieurs dizaines de centimètres d'envergure, d'autres jusqu'à deux mètres selon les témoins.

D'une manière générale, les drones civils ressemblent à de petits hélicoptères. Ils sont dirigés par une télécommande ou un smartphone. Ils peuvent embarquer un appareil photo ou une caméra. Disponibles à partir de 50 euros, il faut compter plusieurs centaines d'euros pour un modèle capable d'effectuer des prises de vue à quelques centaines de mètres.

3- Pourquoi ça pose problème ?

Le ministre de l'Intérieur a affirmé jeudi que ces survols ne représentaient pas de danger pour les installations survolées. "Nous ne dramatisons pas parce que les survols de centrales ne font peser aucun risque sur ces centrales, qui sont construites pour résister aux secousse sismiques te même aux chutes d'un avion", a également tenté de rassurer Ségolène Royal vendredi. 

Les écologistes et les associations se montrent plus alarmistes. Pour eux, ces survols posent la question de la sûreté et de la sécurité du parc nucléaire français. Avec en creux, celle de leur capacité à résister à des attaques terroristes. Agitant la menace d'un accident nucléaire, Greepeace a appelé samedi les autorités à "arrêter de minimiser le risque". Selon l'ONG, "un drone de taille moyenne peut porter une charge suffisante pour endommager le bâtiment de la piscine de stockage des combustibles irradiés.

Selon un rapport parlementaire datant de 1998, les 58 réacteurs nucléaires répartis sur les 19 centrales du pays sont capables de résister à la chute d'un avion monomoteur à hélice d'une tonne et demi ou d'un biréacteur d'affaire de 5,7 tonnes. Cela dit, rien n'est moins sûr concernant la résistance des toits des piscines où sont entreposés les combustibles irradiés avant d'être envoyés dans les bassins de retraitement. "Elles sont les plus vulnérables car elles ne sont pas dans des bâtiments en béton armé, explique le député écologiste Denis Baupin, citant le cas l'usine de retraitement de la Hague, dont "le toit est en tôle".

4 - Qui est suspecté ?

Pour l'heure, le mystère reste entier sur les responsables de ces survols sauvages et sur leurs motivations. Ségolène Royal a affirmé vendredi que le gouvernement n'avait "aucune piste". "Mais nous saurons rapidement", a-t-elle ajouté. Invité de RTL, le ministre de l'Intérieur a joué la carte de la discrétion ce lundi. "La meilleure manière d'être efficace est de ne pas dire ce que nous faisons".

Plusieurs hypothèses se bousculent. La première est celle de plaisantins, des amateurs de drones qui se livreraient à une surenchère dans une sorte de compétition. Peu probable. "Ce ne sont pas des enfants qui envoient ces drones au-dessus des centrales. Ils pourraient en avoir survolé une, pas cinq ou six dans un temps aussi rapproché", affirme ainsi un spécialiste au FigaroDans le contexte international actuel brûlant, les plus alarmistes évoquent également la piste terroriste.

Les regards se braquent aussi sur les groupes militants. En 2012, Greenpeace avait déjà utilisé des drones pour survoler les sites de La Hague et de Bugey afin de pointer les failles de sécurité des centrales. Cette fois, l'association écologiste a démenti toute implication et demandé une enquête sur ces vols suspects.

5 - Que dit la loi ?

Un arrêté de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) a encadré l'usage des drones civils en avril 2012. Ils sont autorisés à survoler des zones urbaines ou des champs à condition de rester à vue sans dépasser les 150 mètres d'altitude.

L'usage de la vidéo embarquée est interdit sans un permis de vol. Il est également interdit de survoler des zones où sont rassemblées des foules. Le drone doit également être capable de revenir tout seul à son point de départ.

Le survol des centrales nucléaires, interdit dans un périmètre de cinq kilomètres et de 1.000 mètres d'altitude autour des sites, est passible d'un an  d'emprisonnement et de 75.000 euros d'amende. EDF a annoncé qu'elle porterait plainte pour chaque survol. 

6 - Comment sont protégés les sites ?

Le secrétariat général à la défense et à la sécurité nationale (SGDSN) a assuré dimanche que le gouvernement est sur le pied de guerre. "Les gendarmes qui surveillent les centrales font partie des pelotons spécialisés de protection de la gendarmerie nationale. Il y a un peloton dans chaque centrale, payé par EDF, en plus de la surveillance assurée par des agents privés. Ce sont des groupes de 24 à 30 personnes qui se relaient", a expliqué un conseiller de Matignon. 

"Ces pelotons, qui ont les pouvoirs et compétences régaliens en tant que gendarmes, ont pour instruction permanente, de même que les services de l'armée  de l'air chargée de la défense aérienne, d'abattre tous les aéronefs qui pourraient représenter un danger pour les centrales et cela s'applique aussi aux drones", a-t-il ajouté. "C'est une posture permanente et l'affaire actuelle n'y change rien".

Pour l'instant, aucun drone n'a été abattu. La gendarmerie nationale refuse de dire si des instructions ont été donné pour tirer.

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BenjaminHuepro
par Journaliste RTL
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2014-11-03 14:29:00
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