Anne Lauvergeon : "Mitsubishi va bien entrer dans le capital d'Areva" (vidéo)

La présidente du directoire d'Areva répondait mercredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. L'augmentation de capital du groupe permettra de faire entrer des partenaires stratégiques dans le spécialiste français du nucléaire, a déclaré Anne Lauvergeon. "Notre idée, c'est effectivement de pouvoir approfondir des alliances industrielles stratégiques que nous avons avec un certain nombre de groupes à travers le monde. Vous avez cité Mitsubishi, Mitsubishi fait partie de ces groupes effectivement", a-t-elle ajouté.

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La présidente du directoire d'Areva répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie Crédits Média : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Anne Lauvergeon.

Anne Lauvergeon : Bonjour.

Pourquoi le conseil de surveillance d'Areva, numéro un mondial du nucléaire, détenu aujourd'hui à 90% par l'Etat a-t-il décidé de s'ouvrir à des capitaux privés ?

Parce qu'Areva a réussi formidablement bien sa croissance. Alors, c'est vrai que c'est un petit peu atypique en période de crise mais nous étions 45.000 personnes, il y a cinq ans, nous sommes 75.000 salariés aujourd'hui. Nous avons augmenté de 34% notre chiffre d'affaires, nous avons multiplié par deux fois et demi notre carnet de commandes. On doit garder un bilan solide ; eh bien, il nous faut une augmentation de capital... D'où le fait...

Et l'Etat ne peut y souscrire parce qu'il n'a pas d'argent...

En tout cas, la décision a été prise de faire entrer des partenaires stratégiques. Alors stratégiques, c'est aussi très important.

Privés ?

Privés, oui, qui vont nous permettre d'aller plus vite, plus loin.

Qui sont ces partenaires ?

Alors, ce n'est pas les partenaires qui vont être choisis n'importe comment. D'abord, je pense qu'on est un groupe très attractif parce que justement, on résiste tellement bien à la crise et parce qu'on est dans une croissance profitable, eh bien on va discuter avec des partenaires dont je ne dirai pas le nom, ce matin, je crois que c'est un petit peu trop tôt.

Ils sont partout dans les journaux, ceci dit...

Eh bien, je suis la dernière à ne pas le dire, c'est paradoxe ! Mais j'y tiens ! C'est peut-être ma coquetterie mais c'est ma discrétion...

Mitsubishi, le Japonais, des fonds du Koweït, d'Abou Dhabi ?

En fait, notre idée c'est effectivement de pouvoir approfondir des alliances industrielles stratégiques que nous avons avec un certain nombre de groupes à travers le monde. Vous avez cité Mitsubishi. Mitsubishi fait partie de ces groupes, effectivement. Nous avons une filiale commune dans le fuel, maintenant, et puis on a beaucoup de projets communs ensuite. Et puis, nous avons aussi d'autres types de partenaires qui peuvent dans un certain nombre de pays nous permettre, effectivement, je dirais de nous ancrer plus profondément dans ces pays. Donc, c'est vraiment la logique augmentation de capital pour nous permettre de continuer notre bond en avant ; et de l'autre côté, des partenaires qui vont nous permettre de nous renforcer.

Il y a aussi des partenaires français dans votre capital : Total, 1% aujourd'hui

Oui.

Il pourrait en avoir plus demain ?

Il faut demander à Total.

Il faut demander à Total. Donc, on leur demandera. On peut parler de privatisation, d'un début de privatisation d'Areva, Anne Lauvergeon ?

Non, pas vraiment, parce que nous étions (il n'y a pas de changement véritable), nous étions environ 9% à 10% de partenaires qui n'étaient pas l'Etat, 15% de plus, ça veut dire que l'Etat reste à 75%, ce n'est pas véritablement une privatisation.

La CGT dénonce le début d'une privatisation rampante. Et alors, dans "Libération" d'aujourd'hui, vous répondez à la CGT (c'est une phrase qui est entre guillemets et qui vous est attribuée, Anne Lauvergeon) : "Qu'ils prennent de Lexomil !"

Je n'ai pas dû dire ça en "on", peut-être en "off"... Non - 75 % d'Etat craint de la privatisation - ! Je pense que c'est quand même quelque part assez exagéré. Et je ne fais pas de publicité pour certains médicaments de quelque nature que ce soit.

Si l'Etat avait eu de l'argent dans les caisses, vous n'auriez pas eu besoin de partenaires privés, nous sommes d'accord ?

C'est un choix. Je vous le disais, les partenariats privés vont nous permettre, si nous les choisissons bien ensemble, vont nous permettre d'aller plus vite, plus loin. Donc, je pense que c'est très intelligent pour l'entreprise, pour le développement de l'entreprise, pour tous ses salariés. Moi je suis quand même extraordinairement heureuse d'avoir recruté 15.000 personnes, l'an dernier. On va en recruter 10.000 à 12.000 cette année. On recrute un salarié nouveau toutes les 45 minutes. Eh bien je pense que tout ça ça mérite effectivement qu'on s'en donne les moyens. Nous allons investir dans les trois prochaines années 10 milliards d'euros pour l'avenir. Eh bien écoutez, en plus l'enjeu est énorme : l'enjeu est planétaire : c'est faire des solutions pour de l'énergie sans CO2 : nucléaire et renouvelable parce que je crois qu'on a trop longtemps opposé nucléaire et renouvelable... Il y avait les pros nucléaires anti-renouvelables, les pros-renouvelables anti-nculéaires. Nous, on est pour les deux.

Il y a toujours des anti-nucléaires !

Il y a toujours des anti-renouvelables ! Anti-éoliennes, je peux vous assurer que ça existe. Alors, essayons de mettre la main dans la main à chacun et d'aller de l'avant !

Votre conseil de surveillance, hier, a aussi décidé de la vente de votre filiale : Transmission et Distribution -T&D, dans votre langage de secteur-. Alors, ça, c'est important parce que c'est une filiale qui a 31.000 collaborateurs, c'est le tiers et apporte le tiers de chiffre d'affaires à Areva, vous étiez opposée à cette vente au début de l'année. Qu'est-ce qui vous a fait changer d'avis, Anne Lauvergeon ?

Ce n'était pas notre option privilégiée parce que c'est vrai, qu'on forme une communauté forte tous ensemble. Donc, ce n'est pas du tout évident pour nous de faire cette cession. En même temps, c'est vrai que nous avons besoin pour notre développement d'argent, donc nous allons voir si le marché est là ou non pour vendre cette activité. Alors, on ne le fera pas n'importe comment. On va le faire d'une part avec un prix minimum en-dessous duquel ça n'aurait aucun sens.

Que vous dites.

Pardon !

Que vous dites. Le prix ?

Eux, non. Et puis, deuxième élément, on va aussi faire très attention au projet industriel des acquéreurs potentiels et au projet social. Et ça, c'est aussi un élément et une valeur très importante pour nous. Moi je me sens extrêmement responsable des 31.000 salariés de T&D comme des 75.000 salariés d'Areva, en général et on ne fera pas n'importe quoi.

En tout cas, la vente est décidée. Vous allez la faire ?

Nous allons regarder si le marché est là.

Ce n'est pas sûr, alors ? Je ne sais pas, vous avez une précaution oratoire ?

On n'est jamais tellement sûr. Vous savez, un certain nombre de groupes ont mis Lafarge, Saint-Gobain, des actifs en vente. Ils n'ont pas pu les vendre parce que les acquéreurs n'étaient pas là. On va voir si effectivement, il y a des acquéreurs. Alors, on a eu déjà de nombreuses marques d'intérêt mais est-ce qu'ils y mettront le prix et les conditions industrielles et sociales ?

Ces opérations : augmentation de Capital et vente de filiales, vous espérez les boucler quand ?

Fin de l'année.

D'ici à la fin de l'année ?

On voudrait aller vite parce qu'il faut qu'on continue dans notre marche en avant, et on n'a pas beaucoup de temps.

Dernière question technique : participation à Eramet, c'est la société d'extraction du nickel, vous la vendez aussi ?

Nous avons une participation de 26% dans Eramet. Alors nous envisageons effectivement de céder cette participation. Aucune décision, à ce stade, n'a été prise et si elle était vendue, ça serait pour rester dans le secteur public et donc c'est une entreprise très stratégique Eramet et nous tenons beaucoup à assurer à son avenir elle aussi.

Vous êtes PDG d'Areva depuis 1999. Anne Lauvergeon, est-il vrai qu'en 2007, vous avez refusé à Nicolas Sarkozy de devenir ministre de l'Economie ?

C'est une question qu'on m'a souvent posée.

Et vous répondez quoi ?

Je crois que c'était assez publique, à l'époque, qu'il me proposait effectivement de rejoindre le gouvernement. Ca n'était pas mon souhait. Moi, je suis chef d'entreprise. C'est l'entreprise, ma passion.

Il vous en a beaucoup voulu, à ce qu'on dit. Ca vous a déstabilisé à la tête d'Areva ?

Ecoutez, s'il m'en a voulu, j'espère que c'est terminé. En tout cas, s'il m'en a voulu, c'est qu'il attachait une certaine importance à ça, c'est plutôt bon signe.

Vous espérez que c'est terminé. Donc, vous n'en n'êtes pas sûre ?

Ah écoutez, je ne vais pas tarder...

Quel rapport vous avez, aujourd'hui, avec votre principal actionnaire ? On dit que ça vous a beaucoup déstabilisé à la tête d'Areva ?

Moi : déstabilisée ? Non, je ne me suis pas tout à fait senti déstabilisée. Vous savez, on a tellement de travail à faire. Non, le rapport tout à fait... Ecoutez, à chaque fois que Nicolas Sarkozy va dans un pays ou dans un autre, on peut constater qu'Areva délivre des contrats et des contrats dans certains cas, absolument énormes. Donc, je crois qu'on est le fer de lance du Commerce Extérieur français. Ca fait partie de nos devoirs et je crois qu'on le remplit bien.

"Libération", toujours, dit qu'il ne faut plus parler de vous comme du champion du nucléaire mais comme le leader mondial de l'Energie décarbonée !

Oui. Tout à fait. Mais ça fait déjà quelque temps que c'est le cas. Mais j'aimerais bien qu'on en prenne plus conscience.

Anne Lauvergeon, "PDG décarbonée", était l'invitée deRTL ce matin. Bonne journée. 

par Jean-Michel AphatieJournaliste RTL
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2009-07-01 07:50:00