EXCLU RTL - Elisabeth Depardieu à propos de Gérard : "Les gens sont déchaînés parce qu'il représente beaucoup"

L'affaire vue de l'intérieur. L'ancienne femme et mère des enfants de Gérard Depardieu livre sur RTL son point de vue sur la polémique qui entoure l'exil de son ex-mari en Russie. Elle a accepté de répondre aux questions de Marc-Olivier Fogiel. Un entretien exclusif, diffusé lundi soir dans "RTL Soir", à retrouver sur RTL.fr dès maintenant.

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Extrait de l'interview exclusive d'Elisabeth Depardieu : "C'est absurde de taper comme ça sur lui" Crédit : Marc-Olivier Fogiel

Elisabeth Depardieu sur RTL :


Ma réaction, c'est que c'est un bouc émissaire. Je pense qu'il sert à tout le monde, à dire le mécontentement. D'un côté comme de l'autre, tout le monde s'en sert. Les gens sont déchaînés parce qu'il représente beaucoup. Justement, il représente la France. C'est d'autant plus absurde de taper comme ça sur lui, alors qu'il était peut-être si facile peut-être de le récupérer. 

Comment aurait-on pu le récupérer ?


C'est quelqu'un qui est parti parce qu'il manquait d'attention, d'amour.  Quand il se sent refusé, il devient provocateur et devient le pire de ce que l'on imagine, il va essayer de ressembler à ceux dont on a peur. Alors que quand on lui dit merci de ce que vous avez fait, à ce moment là il n'y a plus aucun problème.

Marc-Olivier, vous pensez bien, que quand vous regardez la maison qu'il avait choisie en Belgique, il n'avait pas l'intention d'y vivre quand même. Lui qui aime tellement les belles choses, même s'il peut s'en passer. Vous le voyez au bord d'une route, dans une maison comme ça, sinistre ? Alors moi, j'ai rien contre la Belgique, la petite ville est peut-être formidable. Mais la maison, moi, j'y crois pas. 

C'est en quelque sorte un coup de provocation ? 


Je pense beaucoup. C'est quelqu'un qui a toujours travaillé, qui n'a jamais pris un jour de vacances de sa vie, qui ne sait pas ce que ça veut dire, qui travaille, qui travaille et qui travaille ; et qui a la responsabilité d'entreprise. Il n'a pas du tout envie de mettre en danger ses entreprises. Je ne sais pas si ses calculs sont justes quand il dit qu'il paye plus qu'il ne devrait... Je pense que oui, qu'il a fait ses calculs et qu'il n'est pas idiot. S'il est obligé de partir à un moment donné ou qu'il se sent obligé, c'est qu'il y a quelque chose qui ne va pas. D'ailleurs, il est pas tout seul à le dire. Et même s'il se trompait, s'il avait fait un mauvais calcul, est-ce qu'on a droit de dire ce qu'on lui a dit ? Je ne crois pas.

Le mot minable employé par le Premier Ministre, ça vous a choqué ? 

Énormément. Comme quoi il faudrait être solidaire de quelque chose, cette espèce d'austérité qu'on nous demande à tous. On veut bien le faire. Mais il faut vraiment une confiance aveugle quand on voit le résultat de l'austérité. C'est pas évident d'y croire. Gérard a une mentalité de paysan, un peu méfiant. Il sait pas où on l'embarque. Et dans le doute... Moi je pense que c'était archi-rattrapable. Et que tout le monde a renchéri, comme ça... Mais on se croirait en Amérique du temps de la prohibition. C'est pas possible. Les leçons de morale, de tout... Qu'est-ce que ça veut dire ?

Vous pensez qu'il peut encore revenir sur sa décision ? On sait par exemple qu'il a discuté directement avec le président de la République François Hollande au téléphone.

Ça je ne crois plus, c'est fini.  Mais s'il a pu discuter avec François Hollande, si ça s'était passé plus tôt... Au lieu de tout de suite s'embarquer, de dire 'oh la la, le maudit, qu'est-ce qu'il fait'... Un peu d'attention aurait amené beaucoup de compréhension de sa part. Chaque ministre en a rajouté une couche. A un moment, ça va quoi. 

C'est pas de ça dont je veux parler. Ce que je ne supporte pas, c'est quand on dit qu'il a profité du cinéma français. Alors, ça je peux pas entendre ça. Parce que s'il en a profité, le cinéma en a profité aussi. C'est quelqu'un que j'ai vu pendant 25 ans se démener dans tous les sens pour faire des rencontres,  pour faire des films. Il a fait une société pour mettre son salaire en participation. Il a pris des parts producteurs, il a fait des films pour rien, pour des caisses de vin, pour rien du tout. Je l'ai vu faire. Alors qu'en j'entends dire qu'il a profité du cinéma, je peux pas entendre ça. Les gens n'ont pas de culture, ils ne savent pas l'histoire du cinéma.  Ils disent n'importe quoi, au regard de ce qui passe en ce moment. Peut-être qu'il y a des débordements en ce moment. Mais il faut re garder l'histoire de quelqu'un. C'est pas étonnant qu'il soit indigné de ce manque de respect. Il s'est donné corps et âme à une époque. Alors est-ce qu'on peut le faire pendant 40 ans, ça je ne sais pas. En tout cas, pendant 25 ans, il l'a fait. Moi je l'ai vu. 

Que répondez-vous à ceux qui disent : Gérard est à la tête d'une grosse fortune, d'un gros patrimoine et alors que la France est touchée par une crise économique importante, ce n'est pas le moment de quitter le navire, au contraire, on doit aider la collectivité ?

Oui, peut-être il faudrait qu'il croit à cette collectivité et qu'il ne pense pas que ça va être le tombeau des Danaïdes. Moi je pense qu'il n'y croit pas que ça a servir à grand chose, voilà c'est tout. Il a droit de pas y croire.

Vous avez une idée de la façon dont Gérard vit tout ça, ce déchaînement médiatique ?

Il le vit très très mal, parce que c'est quelqu'un qui fait des erreurs, qui n'a pas de sens politique, qui s'éprend des gens parce qu'il boit un coup avec eux, qu'il est bien et qu'il oublie de regarder leur histoire, il sait pas ce qu'il y a derrière, ça c'est vrai. Et qu'il devrait pas parler de ça. Mais, c'est quelqu'un qui s'enthousiasme pour des gens assez forts, qui ont du charisme et qui sont pas toujours irréprochables, ça c'est vrai. 

Dire que j'approuve, non. Mais je comprends que quelqu'un comme lui, qui comme il le dit lui même, vit comme un Moujik. Vous voyez par exemple dans sa rue, il ne supporte pas que quelqu'un soit malheureux. Il a aidé tous les gens de sa rue. Après qu'il n'aide pas le peuple entier... Pour lui, peut-être que ça n'a pas de réalité ça. Mais quand il y a quelqu'un qui est dans le besoin ou malheureux, il l'aide.

Est-ce qu'on a jeté comme ça des pierres à tous ceux qui sont partis ? Ce que je veux dire, c'est que c'est à la mesure de ce qu'il représente. C'est un monument, c'est un poète. Il y a parfois le pire et le meilleur en lui, mais il y a le meilleur, il y a la grâce qui le traverse. On lui a pas craché dessus quand il était nécessaire. Moi je trouve très injuste cette curée.

Je sais que c'est quelqu'un qui a des bourrasques en lui, qui est extrêmement malheureux, qui est inconsolable et qui se démène pour essayer de vivre encore. Quand quelqu'un est aussi perdu que ça, est-ce qu'il faut lui jeter la pierre ?

Et ce chapitre un peu pathétique, ce chapitre russe, vous le vivez comment ?

Je sais que c'est quelqu'un qui a des bourrasques en lui, qui est extrêmement malheureux, qui est inconsolable - vous savez pourquoi - et qui se démène pour essayer de vivre encore,  pour ceux qui restent, peut-être pour des illusions. Mais quand quelqu'un est aussi perdu que ça, est-ce qu'il faut lui jeter la pierre ? Je trouve que Catherine Deneuve en a très bien parlé. Elle sait de qui elle parle, parce qu'il souffre. Je ... les gens qui ont cette légèreté pour accuser, qu'il y ait une espèce de curée comme ça sur les gens qui ont réussi mais il faut voir aussi à quel pris ils l'ont fait. Il a sacrifié sa vie à ça Gérard. Pendant 25 ans que j'étais à côté de lui, il a donné sa vie au cinéma. 

ça comporte beaucoup d'errances, beaucoup d'erreurs mais il faut pas oublier que la route est jalonnée de choses magnifiques. Je ne comprends pas qu'on résume quelqu'un à un acteIl faut arrêter ça, parce que c'est quelqu'un qui est apparemment très fort et je pense que vous sentez bien qu'il ne l'est pas tant que ça. Il peut dérailler, il peut dire n'importe quoi.  

Quand on pressure quelqu'un comme ça, quand on le réduit à quelque chose de schématique. Je pense qu'il a pas pris la mesure de son acte en partant, mais là la mesure on lui a donné. Mais multipliée par je ne sais pas combien."

J'imagine que avez lu la tribune de Torreton dans Libération. Quelle a été votre réaction ?

C'est infecte. J'ai trouvé beaucoup de jalousie là-dedans. C'est quelqu'un qui va faire Cyrano et qui a peur du modèle. Voilà, c'est nul. 


On peut résumer tout ce qu'on vient de se dire par, certes, Gérard n'est pas un saint, mais ce n'est vraiment pas le diable non plus...

Non, voila ! C'est quelqu'un a qui il ne faut pas demander d'avoir une cohérence de pensée : il ne l'aura pas. Il est trop tributaire de ses émotions, de ses vertiges. Ca comporte beaucoup d'errances, beaucoup d'erreurs. Mais il ne faut pas oublier que la route est jalonnée de choses magnifiques aussi. Je ne comprends pas qu'on résume quelqu'un à un acte. Ce n'est quand même pas la guerre ! Il ne faut pas exagérer ! Et je pense que lui, ne voit pas comme ça. Pour lui, sa route, tout ce qu'il a fait, l'argent que ça représente, c'est de tout ce dont il a triomphé dans la vie. Il est parti de rien du tout et si ce bien est attaqué, je pense qu'il perd le fil.

Vous nous dites que ce n'est plus rattrapable. Mais vous pensez qu'il se réinstallera en France quand tout ce sera calmé ? 

Je ne peux pas vous dire. Mais ce que je sais, c'est qu'il faut arrêter ça. C'est quelqu'un qui parait très fort et, je pense que vous sentez bien qu'il ne l'est pas tant que ça. Il peut dérailler. Il déraille : il fait peut-être des déclarations sous l'empire de bouffées d'alcool ou sous l'empire de la contrariété. Il peut dire n'importe quoi.

Vous allez jusqu'à dire qu'il est prêt à faire n'importe quoi ? Que trop de pression pourrait le faire péter les plombs ?

C'est sûr ! Parce que c'est quelqu'un qui est plein d'émotions. Et quand on réduit quelqu'un à quelque chose comme ça, de schématique, c'est épouvantable. Il faut se mettre à sa place. Je pense qu'il n'a peut-être pas pris la mesure de son acte en partant, mais là, la mesure on lui a donné. 

Le message, ce soir, est donc : il faut que ça se calme et maintenant...

Oui, et puis enfin, j'aimerai bien aller fouiller dans la vie de tous les censeurs. Sont-ils irréprochables ? Vous avez déjà vu ça vous ?

C'est peut-être le symbole d'une époque où tout va mal ?

Qu'il soit le symbole de quelque chose, c'est évident. Mais vous savez, quand une famille va mal, c'est l'enfant qui va mal, c'est le symptôme. On peut dire que c'est ça qui se passe. D'ailleurs, il se comporte comme un grand enfant. C'est vrai qu'il y a un désamour affiché pour les gens qui ont réussi. Je n'ai pas ce problème : je ne suis pas milliardaire, mais je vois ce qu'il se passe. C'est comme si ils avaient menés leur vie pour rien alors puisqu'à un moment donné, on leur dit : il n'y a que votre argent qui nous intéresse, votre parcours, c'est gentil, mais vous en avez bien profité.

Je pense que, à un moment, la coupe est pleine.

par La rédaction numérique de RTL
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