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Ecoles, collèges et lycées musulmans : un boom tout relatif

Cette année, près de 2.000 élèves ont fait leur rentrée dans une vingtaine d'écoles, collèges ou lycées musulmans.

Cours d'arabe à l'Institut Européen des Sciences Humaines à Saint-Léger-de-Fougeret.
Cours d'arabe à l'Institut Européen des Sciences Humaines à Saint-Léger-de-Fougeret. Crédit : AFP
La rédaction numérique de RTL
et AFP

En 2000, il n'y avait qu'un établissement de ce type en France: une école primaire située sur l'île de La Réunion. Après quelques projets pionniers, l'enseignement privé musulman a décollé suite à l'interdiction du voile à l'école, en 2004. Cette année, près de 2.000 élèves ont fait leur rentrée dans une vingtaine d'écoles - notamment une toute nouvelle aux Mureaux (Yvelines) - collèges ou lycées musulmans. Et une dizaine d'autres sites sont en projet.

"Le contexte légal a joué un rôle dans cette éclosion mais il y aussi un facteur socio-économique, explique Franck Frégosi, spécialiste de l'islam et directeur de recherche au CNRS. Une classe moyenne musulmane a émergé: elle a les moyens de payer des frais de scolarité et aspire à avoir son enseignement privé confessionnel." Les motivations des parents renvoient au débat classique entre public et privé: la discipline, les effectifs réduits, la disponibilité des professeurs. "Ici, au moins c'est strict, les enfants sont encadrés, on est tranquille", confirme Bouqachab, père de deux enfants scolarisés au collège de Saint-Quentin.

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Parfois, une vision plus conservatrice se fait jour. "L'école publique ne respecte pas les consciences de chacun, on y parle de choses comme l'homosexualité, contraires à la morale musulmane", avance un autre père, vêtu d'une large djellaba. Quant aux enseignants, ils se disent "plus libres" de vivre leur religion. Ancienne du public, une longue tresse sur l'épaule, une professeur d'espagnol se rappelle que la simple observation du ramadan lui valait des remarques. "C'est paradoxal, mais ici, je peux vivre librement ma foi sans être jugée..." Comme le projet leur plaît, l'équipe éducative se dit plus motivée, ce qui explique pour partie les bons résultats affichés par ces établissements.

Le "meilleur lycée de France"


Leur fleuron est le collège-lycée Averroès à Lille: en 2012, il a affiché 100% de réussite au bac, 17 points au-dessus du taux attendu (sur la base du profil social des élèves, de leurs résultats en 3e...). Si bien que le quotidien Le Parisien l'a sacré, en mars, "meilleur lycée de France". "Ça nous a procuré une joie extraordinaire, confie son directeur adjoint Makhlouf Mameche. "La communauté musulmane était fière: on a l'habitude d'entendre des mauvaises informations autour de l'islam et là, on est les meilleurs".

Mais cette réussite ne doit pas cacher la fragilité d'un secteur en grande difficulté financière. Si la très grande majorité des établissements musulmans aspirent à passer sous contrat avec l'Etat pour qu'il prenne les salaires des enseignants en charge, seule l'école primaire de La Réunion et le collège-lycée de Lille ont obtenu ce statut. Les autres font parfois "les frais de l'islamo-scepticisme ambiant" et "d'une certaine réticence de l'administration", selon Franck Frégosi.

A Aubervilliers, le collège-lycée La Réussite, fondé en 2001, a déposé sa demande dès 2006. "Le rectorat de Créteil ne nous dit jamais non mais nous demande de refaire le dossier. Nous en sommes à la 7e version", assure son directeur-fondateur Dhaou Meskine. Conséquence: "l'an dernier, nous étions en redressement judiciaire, nous sommes obligés de vendre nos locaux pour payer", explique Meskine, pour qui "il y a une ségrégation claire et nette".

Passer sous contrat avec l'Etat


"Ces établissements sont jugés selon les mêmes procédures, on est rigoureux avec tout le monde", rétorque la rectrice de l'académie de Créteil, Florence Robine. Au collège de Saint-Quentin, situé sur la commune de Montigny-le-Bretonneux, la municipalité s'oppose à la localisation dans une zone d'activité. Pour le directeur, "c'est un prétexte, la mairie ne veut pas de nous". Faux, réplique-t-on dans l'entourage du maire, en invoquant les règles d'urbanisme.

L'enseignement musulman pâtit aussi du manque d'implication des organisations musulmanes, à commencer par le Conseil français du Culte musulman (CFCM) qui ne s'est jamais saisi du dossier. "La priorité de la communauté a longtemps été le financement des mosquées", reconnaît Bousanna. Seule l'Union des organisations islamiques de France (UOIF, proche des Frères musulmans) a soutenu plusieurs projets. Si bien que sa doctrine, qui vise à "protéger" l'identité islamique en situation de diaspora et à créer une élite musulmane, a inspiré nombre d'établissements, selon une étude réalisée en 2010 par l'Institut d'études de l'Islam et des sociétés du monde musulman (IISMM) et l'Ecole des Hautes études en sciences sociales (EHESS).

"On reste dans une logique proche des établissements catholiques, où l'excellence prime et où on fait très attention au contenu des programmes", précise une source au ministère de l'Intérieur. "Depuis peu, on voit toutefois frémir de nouvelles expériences dans le primaire, avec des projets menés par des salafistes, beaucoup plus communautaires", selon cette source qui y voit des similitudes avec certaines écoles juives "où le religieux prime sur l'éducatif". Mais ces projets restent dans les limbes. Au final, les écoles musulmanes restent marginales comparées aux quelque 9.000 établissements catholiques (2 millions d'élèves) et à la centaine d'établissements juifs (30.000 élèves).

"Nous mettons en œuvre le programme officiel de l'éducation nationale, nous y sommes très vigilants", explique Slimane Bousanna, directeur du collège musulman de Saint-Quentin-en-Yvelines. Le caractère "musulman" du collège, ouvert en 2009, tient dans ses cours "d'éthique musulmane" et d'arabe, la possibilité d'y manger halal, d'y faire la prière et d'y porter le foulard islamique.

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Cette année, près de 2.000 élèves ont fait leur rentrée dans une vingtaine d'écoles, collèges ou lycées musulmans.
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2013-09-20 09:38:00
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