Laurence Parisot : "On ment depuis trente ans aux Français sur la question des retraites"

La présidente du Medef répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mercredi matin.

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La présidente du Medef répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie Crédits Média : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Laurence Parisot.

Laurence Parisot : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

La crise économique menace toujours l'économie française. La réforme des retraites inquiète ses salariés. Pourtant, les sujets du moment en France, ce sont la sécurité, la sécurité, la sécurité. Qu'en pensez-vous, Laurence Parisot ?

La sécurité est un enjeu extraordinairement important pour tout le monde, y compris pour l'économie d'un pays. Il est tout à fait légitime que tous les citoyens attendent d'un Etat, de leur Etat, qu'il leur garantisse une pleine sécurité des biens et des personnes. Donc que le sujet sécurité soit un débat ne me choque pas. Et d'ailleurs...

Qu'il éclipse le reste ?

Je voudrais attirer l'attention sur le lien qu'il peut y avoir entre sécurité et économie. On sait très bien qu'un pays qui n'est pas capable de garantir sa sécurité est un pays dans lequel l'économie ne peut pas prospérer. C'est un pays qui devient d'ailleurs, très vite, un pays de non-droit dans lequel le travail n'est pas accessible.

On en est là en France ?

Eh bien, je crois qu'il faut en permanence faire attention aux questions de sécurité. En revanche, il est vrai que tout dépend de la façon dont on en parle. Et s'il faut tout faire pour garantir cette sécurité, il est évident également qu'il faut le faire sans stigmatiser, sans désigner de bouc émissaire. Il faut faire attention à ne pas rajouter de la violence à la violence qui existe déjà.

Il faut comprendre ce que vous dites comme une critique de l'action gouvernementale ?

Pas de l'action gouvernementale, en particulier. De la façon dont les idées, les échanges sur cette question peuvent se faire. Vous voyez, nous-mêmes, nous ouvrons notre université d'été aujourd'hui ; ça va être pendant trois jours vraiment un lieu de débats avec des personnalités du monde universitaire, politique, français, étranger, qui ont des points de vue très différents sur de nombreux sujets ; mais ça va se faire d'une manière sereine, sérieuse, pacifique. Je crois qu'il faut retrouver cet esprit-là.
   
Pensez-vous qu'il y aura beaucoup de manifestants, mardi prochain, pour contester la réforme des retraites ?

C'est possible. On peut comprendre l'inquiétude des Français. Finalement, ça fait presque trente ans qu'on leur ment sur cette question.

Ah bon !

Au moins depuis le début des années 80.

On leur ment ?

Bien sûr puisqu'on leur laisse entendre qu'il n'y aura pas de problèmes pour financer leurs retraites alors que notre système - le système par répartitions - suppose un équilibre entre les actifs et les inactifs, que depuis cette époque-là, nous sommes en train de perdre avec - et ça, c'est la bonne nouvelle - l'allongement de l'espérance de vie.

Et donc je crois qu'il faut comprendre que c'est une forme de choc pour beaucoup de Français d'admettre qu'il faut passer à autre chose.

Mais c'est indispensable, selon vous ? La réforme des retraites est indispensable ?

C'est tout à fait indispensable pour l'avenir de notre pays, pour notre capacité à financer les retraites, et pas simplement les retraites des générations futures, comme on le dit, mais les retraites de ceux qui ont aujourd'hui une quarantaine d'années, même une cinquantaine d'années. L'enjeu est urgent. Il est très important d'agir immédiatement, sinon d'ici 2015 - c'est très tôt, 2015 ! - le déficit du régime des retraites atteindra 40 milliards d'euros.

Si vous étiez parlementaire, vous voteriez la réforme des retraites, Laurence Parisot ?

Je ne suis pas du tout parlementaire mais je préconise, j'encourage et  le Medef et les entreprises soutiennent cette démarche de cette réforme que tous les pays occidentaux ont déjà accomplie. Regardez l'Allemagne !  Ils sont déjà à 65 ans.

On l'a appris, hier, Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste, sera dans le défilé parisien, mardi. C'est la place d'un responsable politique, d'après vous, d'être dans ce type de défilé ou est-ce que vous regrettez la décision de Martine Aubry d'y participer ?

Elle a évidemment toute liberté d'expression, et je crois surtout que la question qu'on a envie de poser aux dirigeants du Parti socialiste : "Etes-vous d'accord avec le diagnostic qui, malgré tout, il faut le dire, objectif chiffré révélé par tous les experts de la situation extrêmement périlleuse de notre régime de retraite, et si vous n'êtes pas d'accord avec les solutions qui sont préconisées face à ce diagnostic ; mais alors que préconisez-vous ?"

De revenir à la retraite à 60 ans, si jamais le candidat socialiste est élu à l'élection présidentielle de 2012...

Dans ce cas, le déficit ne serait pas de 40 milliards dans quelques années, le déficit serait encore plus élevé, et c'est simple : malheureusement, nous ne pourrions plus verser les retraites au niveau auquel il est aujourd'hui. Il y aurait donc une dégradation du niveau de vie des retraités qui serait pas une petite dégradation mais une très grande ; et en plus, tout ceci participerait à une aggravation mais très préoccupante de nos Finances publiques alors que c'est d'ores et déjà, un enjeu majeur, un enjeu où moi j'appellerais plutôt à un dépassement des clivages partisans. Aujourd'hui, nous sommes avec la dette de notre pays comme face à un cheval qui s'emballe et que nous n'arrivons plus à arrêter. C'est une situation de très grande précarité pour notre pays, pour la France.

L'incessant feuilleton Woerth dans le dossier Bettencourt vous gêne-t-il aujourd'hui, Laurence Parisot, dans la gestion - la vôtre - du dossier des retraites ?

Aucunement.

Vous avez vu Eric Woerth, hier ?

Oui, nous avons eu une rencontre avec le ministre sur le dossier des retraites parce qu'il y a...

Il est concentré sur ce dossier ?

Dans toute la durée de la réunion que nous avons eue, sans aucun doute. C'était une réunion sérieuse dans laquelle nous avons approfondi un certain nombre de dimensions et d'une manière très respectueuse à l'égard de toutes les positions des parties concernées.

Mais il ne vous a pas paru, je ne sais pas, déstabilisé ? Inquiet ? Absent ? Préoccupé ?

C'était un ministre très concentré sur le sujet. Je crois que sur cette affaire, il serait bon de rappeler la présomption d'innocence. La présomption d'innocence, c'est un principe fondamental de notre droit auquel chacun, chacun de nous a droit.

Mais personne ne conteste l'innocence d'Eric Woerth mais c'est plutôt l'examen du dossier d'instruction qui nous intéresse et qui provoque des rebondissements permanents !

Attendons... Attendons que la Justice dise son point de vue. C'est à la Justice de juger. Il est tout à fait normal et je suis au moins autant attaché à la liberté de la presse qu'à la présomption d'innocence. Il est donc tout à fait normal qu'on débatte du sujet, qu'on en parle. Mais attention à la violence là aussi qui est utilisée ...

Il y a de l'acharnement, d'après vous ?

... Je crois qu'il y a une forme d'inhumanité dans la façon dont les choses sont dites.

De la part de qui ?

Ah, alors là, il n'y a pas une personne. Ce n'est même pas forcément d'ailleurs des individus. Vous voyez dans les débats là aussi, je reviens à notre université d'été, dans les débats que nous allons avoir, nous allons certainement beaucoup parler d'internet. Comme l'a dit le philosophe Alain Finkelkraut, Internet est en train de devenir la poubelle de l'histoire. Vous pouvez écrire n'importe quoi sur internet, ça reste ...

Peut-être parce qu'il n'y va pas beaucoup ?

Ah ça je ne crois pas ! Je pense que c'est quelqu'un qui réfléchit et qui mesure ce qu'il dit. Si donc, il a dit ça, c'est peut-être parce qu'il a observé beaucoup de choses. Je crois qu'on peut tout se dire et changer sur tous les sujets ; et Dieu sait s'ils sont compliqués aujourd'hui. Mais faisons-le respectueusement !

Vous portez un beau tee shirt, Laurence Parisot. Il est écrit : "L'étrangeté du monde, mode d'emploi". C'est le thème de votre université d'été...

Et il faut garder confiance.

Après cette interview, je vais faire le blog que je vais mettre dans la poubelle d'histoire, c'est-à-dire sur Internet.


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2010-09-01 08:40:00