Christine Lagarde : "Les trois pistes de la nouvelle convention 'Aeras''"

La ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mardi matin.

Christine Lagarde sur RTL le 1er février 2011
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Christine Lagarde sur RTL le 1er février 2011
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Christine Lagarde, ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie : "Les trois pistes de la nouvelle convention 'Aeras''" Crédits Média : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Christine Lagarde.

Christine Lagarde : Bonjour, monsieur Aphatie.

Les personnes gravement malades atteintes d'un cancer ou du sida, on le sait, ont du mal à trouver auprès des banques ou auprès des assureurs, ce qui leur permettrait de mener une vie normale. Et vous allez signer, tout à l'heure à Bercy, Christine Lagarde, avec les banquiers, avec les assureurs, une convention qui pourrait changer les choses. En quoi peuvent-elles changer, Christine Lagarde ?

Elles peuvent beaucoup changer les choses pour les personnes qui sont en risque aggravé de santé. C'est la signification de cet "Aeras", c'est-à-dire "s'Assurer, Emprunter en Risque Aggravé de Santé). Trois modifications majeures.
- La première modification, c'est un nouveau produit que les assureurs ont accepté de mettre sur le marché à compter du 1er septembre, et qui permettra de couvrir non seulement le risque décès parce que ça, ça existait déjà mais aussi le risque invalidité. C'est important, parce que toutes les pathologies seront concernées, y compris les invalidités qui résultent de la maladie constituant le risque aggravé de santé.
- Deuxième modification qui est très importante, et qui a vraiment été désirée par les associations de malades, c'est que lorsque la médecine progresse, eh bien les risques d'assurances soient rééavalués et diminuent.

C'est ça.

Je vous donne un exemple : il y a certains cancers, par exemple, dont on guérit maintenant totalement, eh bien il ne faut pas que ces cancers-là soient considérés comme des risques aggravés de santé.

- Et puis, troisième modification, c'est tout simplement une facilité d'accès, parce qu'aujourd'hui lorsqu'un malade ou quelqu'un qui a été malade, d'ailleurs, souhaite obtenir une assurance, il est obligé d'aller voir beaucoup de compagnies d'assurance. Et chaque fois, il doit remplir un questionnaire, il doit faire faire des examens médicaux, il doit aller faire faire des radios, des scanners, etc. Dorénavant, toutes les compagnies d'assurance, toutes les institutions bancaires ont accepté un seul questionnaire, c'est-à-dire qu'un malade ira voir son médecin traitant, ira faire remplir son questionnaire, ira faire faire les examens nécessaires et ça lui servira de passeport pour contacter toutes les compagnies d'assurance. Ca, c'est vraiment aussi une simplification.

Et toutes ces modifications-là entrent en vigueur, a priori, à partir du 1er septembre ; c'est à partir de ce moment-là que les gens qui contacteront assureurs, banquiers, devraient sentir une différence, une étude plus attentive de leur dossier. C'est ça ? 1er septembre ?

Oui, c'est à partir du 1er septembre ; et j'ajoute que sur ce thème vraiment important de l'évaluation du risque au fur et à mesure des progrès de la médecine, l'Etat français - et je suis dans cette affaire avec Xavier Bertrand et Roselyne Bachelot - mettra l'argent au pot, c'est-à-dire qu'on mettra quatre millions pour encourager les médecins des associations de malades et les médecins des assurances à faire des études pour examiner le développement des progrès de la Médecine.

Vous savez ce que c'est : tout le monde s'engage au plus haut niveau, tout le monde est de bonne foi. Et puis ensuite, quand on va au guichet, on se rend compte qu'on n'est pas bien accueilli. "Ah, mais oui, mais vous êtes quand même malade !" Vous allez suivre des dossiers, vous allez mettre en place une cellule qui va voir si la convention est appliquée ?

Il va y avoir un comité de suivis sous l'autorité du président Bellorget qui, avec des représentants des associations, avec des représentants des assurances, va examiner si oui ou non ces engagements sont respectés. Mais vous savez, ça a été l'objet d'une année entière de négociations parce qu'il y a une convention comme ça tous les trois ans, qui doit se renégocier. On avait mandat de démarrer au début du mois de janvier 2010. On est fin janvier 2011, tout le monde a été au rendez-vous. Ca n'a pas été toujours facile ; j'ai bien pensé à certains moments que la négociation allait décrocher. Mais on arrive au bout et je pense que les résultats sont vraiment satisfaisants pour les malades.

Voilà, pour ceux qui nous écoutent et qui sont concernés évidemment.

J'ajoute. Une dernière chose pour les malades à revenu modeste, pardon parce que ceux-là, ils risquaient la double peine, pour les malades à revenu modeste les assureurs ont décidé de mutualiser les risques, c'est-à-dire que la surprime qui excèderait 1,4 taux d'assurance effectif global, eh bien elle sera prise en charge  par les assureurs.

Voilà. Convention "Aeras", signée tout à l'heure à Bercy. On parle de l'Egypte, Christine Lagarde. Environ 500 entreprises françaises sont présentes dans ce pays. Plusieurs d'entre elles ont déjà rapatrié leurs salariés. Ciments Lafarge, Crédit Agricole, France Telecom notamment. Quels conseils donnez-vous à ceux qui restent encore sur place, est-ce qu'il faut qu'ils rentrent en France ?

Je crois que c'est un conseil élémentaire de la plus grande prudence parce qu'évidemment, la situation est agitée. Un certain nombre d'activités économiques sont soit extrêmement ralenties, soit arrêtées. Je pense notamment à la distribution de produits pétroliers, je pense à certaines activités notamment manufacturières. Vous avez parlé de Lafarge tout à l'heure, de France Telecom. Je crois que c'est la plus grande prudence et surtout se conformer aux directions qui sont indiquées par les entreprises françaises.

Le baril de pétrole, sous l'effet de cette crise égyptienne, a franchi le seuil des 100 dollars, hier. Est-ce qu'on peut parler d'un nouveau choc pétrolier, Christine Lagarde ? Et quel impact ça aura sur l'économie française, d'après vous ?

Ca dépendra de la durée. C'est-à-dire que si les menaces qui pèsent sur le trafic passant par le Canal de Suez, c'est à peu près 1 million de barils par jour, qui passent par le pipeline Sud-Med, était remis en cause, bloqué d'une quelconque manière, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, si ces menaces étaient réalisées et si elles devaient durer, à ce moment-là, ça pèsera évidemment sur le prix du pétrole étant cependant précisé que l'OPEP, c'est-à-dire l'association des Producteurs de Pétrole, dans ce cas-là, je crois, serait très, très attentive à prendre des mesures et prendrait des mesures pour éviter des risques de pénurie et pour alimenter le marché comme on a, en son temps, alimenté les marchés financiers en liquidités quand il y avait un risque.

Vous dites : ça pèserait ; mais ça pèse déjà ! Il faut aller voir à la pompe. On est en train de battre des records !

Ca pèse. Il y a différentes variétés de pétrole ; mais le pétrole le plus cher pour faire simple, a atteint la barre des 100 dollars, hier, sur la cotation à Londres. Tous les experts s'accordent pour considérer que ça redescendra si les choses se calment en Egypte et en particulier, s'il n'y a pas de menaces sur le trafic et dans le canal et sur le pipe.

Pour avoir noté une évidence, c'est-à-dire l'usure d'Hosni Moubarak, la secrétaire d'Etat, Jeannette Bougrab, s'est faite grondée par François Fillon. On ne peut pas dire des évidences quand on est ministre, Christine Lagarde ?

Non, parfois on ne peut pas dire des évidences. C'est exact. Il y a des positions de principe qui sont des positions du gouvernement. Quand on est dans un gouvernement, on est solidaire d'une équipe. Il y a un chef d'équipe : il y a un Président de la République et on suit ces lignes-là ; parfois, ça ne fait pas spécialement plaisir, parfois on pense que ce n'est pas tout à fait exactement ça. Mais c'est la ligne du gouvernement et on la respecte.

On a le droit de les penser, mais pas de les dire, les évidences !

Ca fait partie du respect, de la règle du jeu au sein d'un gouvernement. Si on veut être dans le domaine pur de la liberté personnelle, on n'est pas dans un gouvernement.

A Singapour tout à l'heure, Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, a mis en garde contre les déséquilibres dangereux dans la croissance mondiale : la reprise est émaillée de tensions et de pressions qui pourraient semer les graines de la prochaine crise. Dominique Strauss-Kahn est pessimiste. L'êtes-vous aussi, Christine Lagarde ?

Non. Moi je ne suis pas pessimiste, par tempérament d'abord. Je ne pense pas, d'autre part, que crier au loup à Singapour soit spécialement utile. Je comprends qu'il soit soucieux. On ne l'a pas entendu à Davos parce qu'il n'est pas venu à Davos ; alors maintenant, on l'entend à Singapour, mais...

Voyez, il y a des choses qu'on ne peut pas dire ; et puis, il y a des choses qu'on peut dire !

C'est une évidence qu'il y a un certain nombre de risques. C'est toujours comme ça dans une économie mondialisée. Qu'est-ce que vous voulez ! Il suffit qu'il y ait un conflit quelque part pour qu'il y ait des menaces ; mais à menaces, il y a des réponses aussi. Je vous parlais tout à l'heure de ce que les pays producteurs de pétrole feraient  probablement s'il y avait une difficulté.

Dominique Strauss-Kahn s'affole ?

Non, non, non, non. Non, non, pas du tout. Il fait son métier de directeur général du Fonds Monétaire International et il a une petite alerte en ce moment.

(Rire) Une petite alerte !

Une interview de Jean François Copé dans "Le Parisien", ce matin : "Pour alléger le coût du travail, propose-t-il, il faut augmenter la TVA." Bonne piste, Christine Lagarde ?

Certainement pas en ce moment. Je crois qu'une augmentation de la TVA entrainerait une augmentation immédiate du volume des prix alors qu'on n'a pas immédiatement une répercussion, une diminution du montant des charges sociales ; donc, en période de reprise que nous souhaitons consolider, moi je ne souhaite pas sur le plan économique voir une augmentation des prix à la consommation qui soit un résultat direct de l'augmentation de la TVA.

Mais piste intéressante de réflexion.

Jean-François Copé s'affole !

Non, c'est des pistes intéressantes de réflexion.

Allez, Christine Lagarde, au verbe maîtrisé, ce matin, était l'invitée de RTL.

par La rédaction numérique de RTL
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2011-02-01 11:00:00
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