Christian Estrosi : "Il n'y aura aucun blocage de l'activité économique"

Le ministre de l'Industrie répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie lundi matin. Le gouvernement fera cesser toute tentative de blocage de l'activité économique dans le cadre de la contestation de la réforme des retraites, a déclaré Christian Estrosi. "Le droit de grève, ce n'est pas le droit d'empêcher l'accès à un dépôt de carburant, ça c'est une action illégale", a-t-il dit. "Je ne laisserai pas bloquer notre pays, je ne laisserai pas l'économie française étouffée par un blocage de l'approvisionnement en carburant."

Christian Estrosi sur RTL le 18 octobre 2010
Crédit : La rédaction de RTL
Christian Estrosi sur RTL le 18 octobre 2010
PodcastRTL-Aphatie >
Christian Estrosi, ministre de l'Industrie : "Il n'y aura aucun blocage de l'activité économique" Crédits Média : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
1/

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Christian Estrosi.

Christian Estrosi : Bonjour, Jean-Michel Apathie.

L'industrie française va-telle manquer de carburants ?...

Absolument pas. Le gouvernement est responsable, il n'y aura aucun blocage. Et je le dis à ceux qui nous écoutent : il n'y aura pas de blocage pour les entreprises, il n'y aura pas de blocage pour les transports. Il n'y aura pas de blocage pour les usagers de la route.

Il faudra débloquer les dépôts, il y aura des forces de l'ordre qui seront envoyées. Ca ne va pas arranger les choses, çà ?

Nous respectons le droit de grève, pas le droit de blocage tout simplement. Et au-delà de cela, nous veillerons non seulement à l'approvisionnement, mais à l'acheminement ; et puis que chacun sache aussi que la France dispose de produits raffinés de manière suffisamment conséquente pour pouvoir garantir à chacun l'approvisionnement pendant de nombreuses semaines encore.

L'entrée des routiers dans le conflit, vous inquiète Christian Estrosi ?

Non, parce que là encore, tant qu'il ne s'agit pas de blocage, le droit de manifester, le droit de grève est parfaitement respectable. Nous restons dans le dialogue social avec chacun. Mais dès lors qu'il y aurait une initiative en matière de blocage, nous prendrions les mesures nécessaires.

Le 7 octobre dernier, "la stupéfaction", c'était son mot de Jean-Louis Borloo, par exemple, le ministre de tutelle des Transports en France : la société Eurostar, détenue à 55% par la SNCF, a préféré commander dix trains à grande vitesse à l'Allemand Siemens plutôt qu'au Français Alstom. Ceci a été vécu comme une claque pour l'industrie française. Est ce définitif, Christian Estrosi ?

Je le dis très clairement dans cette affaire, rien n'est joué. Rien n'est joué, et l'affaire n'est pas terminée. Pourquoi, parce qu'il se trouve que le cahier des charges de l'appel d'offre, n'a pas pris en compte toutes les exigences en matière de sécurité. Notamment la circulation sur le territoire français des règles très précises qui existent dans le cahier des charges ou dans la réglementation, pardon, de la circulation de l'Eurostar, et ensuite aller dans le tunnel sous la Manche. A partir de là, le gouvernement français est fondé à faire remarquer que ces règles n'ayant pas été respectées dans l'appel d'offre, nous demandons à ce que soit suspendu cet appel d'offre.

Que l'appel d'offre soit suspendu, c'est-à-dire que le contrat ne soit pas signé entre Eurostar et Siemens ?...

Il ne peut pas être signé, dès lors que le gouvernement français considère, alors que c'est  pour nous, une priorité, vous empruntez peut être quelque fois le tunnel sous La Manche, je pense que tout le monde a besoin d'avoir toutes les garanties en matière de sécurité. Celles ci ne sont pas conformes à l'intérieur du cahier des charges. Donc l'appel d'offres qui s'apprêtait à être accordé à un industriel plutôt qu'à un autre, ne prenant pas en compte ces réalités, nous sommes fondés à demander qu'il y soit mis un terme et que la procédure soit relancée.

Et si Eurostar refuse ?

Mais ce n'est pas le problème, de refuser ou de ne pas refuser. Si Eurostar refusait, nous serions confrontés au problème suivant : c'est que les rames telles qu'ont été accordées dans l'appel d'offres, n'étant pas conformes aux règles de sécurité en vigueur, ne pourraient pas circuler normalement. Bon, je ne vais pas rentrer dans les détail, mais il y a un problème de longueur, il y a un problème de motrice et de moteurs sous les rames. Il y a un certain nombre de dispositions techniques qui ne sont pas prises en compte et qui n'ont pas été validées.

Je vous parle de l'attitude d'Eurostar, parce que, par exemple, juste après la signature du contrat, le directeur général d'Eurostar Nicolas Petrovich, qui devait sentir que ça pouvait mal tourner cette histoire, dit : "Mais il y a eu une commission intergouvernementale qui a étudié le dossier et qui a donné son accord". Et dans cette commission intergouvernementale, souligne-t-il, siégeaient des experts du gouvernement français. Donc se rendre compte aujourd'hui, après avoir donné son accord que c'était pas réglo...

Entre un débat d'experts et la réalité du droit, la réalité de la réglementation en matière de sécurité, et la détermination du gouvernement français de voir cette exigence de sécurité réitérée et respectée ce sont deux choses. Et c'est bien pour cela que nous veillerons à ce que ces exigences de sécurité soient respectées et qu'aujourd'hui elles ne nous semblent pas respectées, voilà pourquoi nous demandons la suspension et si demeurant ,alors...

Mais qui constate quoi ?

.. Que nous aurons validé de part et d'autre les règles de sécurité, telles qu'elles doivent être transcrites dans le cahier des charges de l'appel d'offre, c'était plutôt l'industriel français qui aujourd'hui nous parait avoir un matériel plus conforme à ces exigences de sécurité qui l'emportait, personnellement ça ne me ferait pas de peine.

On va vous soupçonner de parti pris, de protectionnisme.

Absolument pas. Moi, je ne suis pas, je suis pour la concurrence loyale, pas la concurrence  déloyale.

Là, elle a été déloyale d'après vous ? Qui va constater cette déloyauté de la concurrence ? C'est le gouvernement français qui la constate, ou il y a une autorité indépendante ou....
En matière de sécurité, il y a des règles et il suffit aujourd'hui d'expertiser les choses, de regarder...

Mais qui va les expertiser ? Qui va être le médiateur ou l'instance incontestable qui va dire : "Oui, il y a un problème de sécurité". C'est le gouvernement français ?

Le gouvernement français aujourd'hui, vous savez en matière d'expertises, le gouvernement français a ses techniciens, ses ingénieurs. A partir du moment, où nous constatons que nous ne pouvons pas donner d'autorisation rien que pour une pauvre autorisation d'ouverture d'un établissement comme le vôtre, vous savez très bien qu'il faut bien en passer par des vérifications et des contrôles.

Vous pourriez faire fermer un établissement comme le nôtre ? Plus sérieusement, vous considérez que ce contrat aujourd'hui n'existe pas, et qu'il faut reprendre à zéro la procédure.

Le contrat n'est pas signé. Il y a une commission d'appel d'offres qui a donné un avis, point. A partir de là, nous constatons un certain nombre de choses et voilà pourquoi nous demandons à ce que les choses soient revues parce que le cahier des charges n'est pas respecté en matière de sécurité.

La partie allemande, Siemens, le gouvernement allemand, ne vont pas être contents.

Ce n'est pas un problème de content ou pas content. Est ce que vous allez aller, alors qu'il y a eu déjà de nombreux incidents dans un tunnel sous La Manche dans n'importe quelle condition. Pour nous, c'est une exigence, on est préoccupé en tout premier lieu par les règles de sécurité, qui doivent garantir à tout à chacun qu'il pourra utiliser cette infrastructure sans qu'il y ait le moindre risque.

La SNCF est d'accord avec vous ?

Mais la SNCF, qui a 55% actionnaires d'Eurostar et dont le gouvernement français est à 100% actionnaire, n'a pas la possibilité forcément de constater les choses différemment. D'ailleurs, je m'en suis entretenu très clairement la semaine dernière, avec le président de la SNCF, monsieur Guillaume Pepy et qui en convient.

Il en convient, vous le dites ce matin au micro de RTL, Guillaume Pepy est d'accord avec vous.

Monsieur Guillaume Pepy, avec lequel nous nous sommes entretenus, avec lequel nous avons regardé très précisément les règles de sécurité, sur ce sujet, convient du fait, qu'effectivement, notamment sur la longueur des rames, toutes les règles qui sont édictées aujourd'hui pour le fonctionnement d'Eurostar, ne se retrouvent pas dans le cahier des charges de l'appel d'offres.

Vous êtes d'accord avec Alain, François Fillon va partir ?

Je n'ai pas à me positionner sur ce sujet. Aujourd'hui, nous sommes dans une crise sans précédent. Il y a un Premier ministre, il y a un gouvernement qui gèrent parfaitement cette situation au côté du Président de la République, et donc je ne me prononcerai pas sur la suite.

François Fillon remplit visiblement davantage les conditions de sécurité que le train Siemens.

Vous savez, jusqu'à la dernière minute, la dernière heure, il nous appartient d'être chacun à notre place, y compris le premier ministre pour pouvoir sortir de ce débat ou l'enjeu pour les Français est considérable.

par Jean-Michel AphatieJournaliste RTL
Suivez Jean-Michel Aphatie sur :
VOUS AIMEREZ AUSSI
PLUS DE VIDÉOS
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7631000408
Christian Estrosi : "Il n'y aura aucun blocage de l'activité économique"
Christian Estrosi : "Il n'y aura aucun blocage de l'activité économique"
Le ministre de l'Industrie répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie lundi matin. Le gouvernement fera cesser toute tentative de blocage de l'activité économique dans le cadre de la contestation de la réforme des retraites, a déclaré Christian Estrosi. "Le droit de grève, ce n'est pas le droit d'empêcher l'accès à un dépôt de carburant, ça c'est une action illégale", a-t-il dit. "Je ne laisserai pas bloquer notre pays, je ne laisserai pas l'économie française étouffée par un blocage de l'approvisionnement en carburant."
http://www.rtl.fr/actu/conso/christian-estrosi-il-n-y-aura-aucun-blocage-de-l-activite-economique-7631000408
2010-10-18 10:50:00
http://media.rtl.fr/cache/eiXfdWdui62trpScwNI1Mw/330v220-2/online/image/2010/1018/7631003132_christian-estrosi-sur-rtl-le-18-octobre-2010.jpg