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Alain Dinin, PDG de Nexity : "Il manque 800.000 logements en France"

Le président de Nexity, premier groupe promoteur de France, était jeudi matin l'invité de Jean-Michel Aphatie. Alain Dinin a dressé le bilan de la situation du marché immobilier : "l'état du marché se caractérise par une pénurie de logement. Le total tourne autour de 800.000 logements manquants pour héberger la population, pour faire face à la démographie". "Le marché ne s'écroule pas en terme de prix parce qu'en France, nous n'avons pas de stock de logements. Et donc nous n'avons pas de prix à faire baisser", a précisé Alain Dinin.

Jean-Michel Aphatie
Jean-Michel Aphatie
Journaliste RTL




Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Alain Dinin.

Alain Dinin : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

Le Président de la République intervient donc tout à l'heure, notamment sur RTL. Quel est l'état du marché immobilier en France, aujourd'hui, Alain Dinin ?

L'état du marché immobilier se caractérise essentiellement par une pénurie de logements. Nous avons une insuffisance de constructions déjà depuis plusieurs dizaines d'années. Le total tourne aux alentours de 800.000 logements manquants en France pour héberger la population, pour faire face à la démographie, au vieillissement de la population. Alors, au fond, ces sujets-là sont essentiellement des sujets de nature économique et essentiellement de pouvoir d'ahat.

Mais on se dit : il y a plus de gens qui achètent du neuf ? Ou il y a moins de gens qu'avant qui achètent du neuf ? Moins de gens qu'avant qui achètent de l'ancien ?

Alors les taux d'intérêt ont monté, les coûts de construction aussi.

Et on se dit : le marché est en train de s'écrouler ?
   
Alors, le marché ne s'écroule pas en termes de prix, parce qu'en France, contrairement à ce qui se passe, par exemple, en Espagne et aux Etats-Unis, nous  n'avons pas fabriqué de stocks de logements, nous n'avons pas de logements achevés, non vendus ; et donc, de ce fait, nous n'avons pas à faire baisser les prix. Alors, parallèlement à ça, les taux d'intérêt avaient monté. Ils ont baissé et aujourd'hui, nous venons de publier un sondage TNS-Sofres qui a été fait dans la période du 14-15 janvier sur les chantiers représentatifs habituels qui montrent que les gens ont l'intention d'acheter. Ils étaient 8%, il y a un an, ayant envie d'acheter un logement et y réfléchissant pour les douze prochains mois. Ils sont aujourd'hui 11%, c'est-à-dire en fait 30% d'intentions d'achat supplémentaires.

Donc, on n'a pas l'impression que ce soit la crise, alors, sur le marché immobilier ?

Ce n'est pas la crise au sens de cette demande puisque nous avons un besoin de logements. C'est la crise en matière de financement de ce logement et de capacité des ménages à trouver un financement à des conditions qui soient compatibles avec leur pouvoir d'achat.

C'est ça le problème aujourd'hui : le financement pour ceux qui veulent acheter ?

Alors le principe : au fond, c'est pour un logement, quelque soit la personne, c'est de savoir combien tous les mois, il va être amené à sortir en fonction de sa capacité dans ce but.

Alors le gouvernement, par exemple, a pris une mesure sur le prêt à taux zéro. Il a doublé le prêt à taux zéro, alors mécaniquement cela a entrainé la baisse de la mensualité pour un client qui a 2.700 euros de revenus, un ménage avec 2.700 euros de revenus et qui veut acheter un logement de 200.000 euros, il va baisser sa mensualité d'environ 200 euros par mois, c'est-à-dire pratiquement 20%. Ces gens-là l'ont compris et depuis le mois de janvier, on voit un petit frémissement, c'est-à-dire de nouveau dans nos bureaux de vente, un certain nombre de clients primo-accédants se disent : au fond la mesure gouvernementale vient d'une certaine façon améliorer notre pouvoir d'achat, profitons-en !

Donc, voyez Alain Dinin, on vous écoute : plutôt optimiste ou en tout cas, pas d'alarmisme particulier pour le marché immobilier. Et j'ai lu une dépêche, mardi, l'agence Associated Press, qui rendait compte de l'audition des principaux banquiers devant la commission des finances à l'assemblée nationale. Et Georges Pauget, PDG du Crédit Agricole, dit : "Sur le marché immobilier, les demandes nouvelles de crédit sont en baisse : de l'ordre de 50% par rapport à l'année dernière, c'est-à-dire quelque chose d'assez contradictoire avec ce que vous dites, Alain Dinin ?

En fait, le sujet est assez technique.

Sans entrer dans la technique, qui a raison ? Vous ?

En fait les deux, nous avons tous les deux raison.

D'accord !

Les gens ont l'intention d'acheter, dès qu'ils trouvent une opportunité avec une baisse de taux d'intérêt, avec une mesure gouvernementale leur facilitant l'achat, ils y vont ; et en même temps, ils sont moins nombreux à pouvoir le faire. Donc, en 2007, les promoteurs-constructeurs ont fabriqué 128.000 logements, nous n'en avons fabriqué que 75.000 en 2008 ; et nous n'en fabriquerons probablement que 65.000 ou 70.000 en 2009.

Donc, c'est presque une baisse de 50% par rapport à 2007 ?

Donc, au fond nous nous retrouvons sur les mêmes chiffres que M. Pauget pour le Crédit Agricole, c'est-à-dire une baisse de la capacité financière des individus à pouvoir acheter. Par contre,dès que nous sommes dans le bon prix, au bon endroit, et dans la possibilité des revenus de nos ménages, nous trouvons des acquéreurs.

Alors, le Plan de relance présenté par le Président de la République prévoyait l'achat de logements par l'Etat pour soutenir précisément votre filière, Alain Dinin...

Alors, en fait, ce n'est pas notre filière, c'est aussi la filière du BTP, c'est celle qui crée de l'emploi.

C'est ça, soutenir le secteur immobilier.

Un ouvrier virgule cinq (je déteste couper les gens en deux, c'est de la statistique) par logement produit, 100.000 logements, ça fera 150.000 emplois créés. Le seul problème que nous avons tous, c'est un problème d'urgence, c'est un problème de rapidité, c'est une question qu'il faudra poser au Président de la République ce soir...

Alain (Duhamel) vous écoute...

C'est au fond, toutes ces mesures sont intéressantes. Par exemple, dans le bâtiment et dans les travaux publics et dans le logement, la chaîne de production met dix-huit mois. Tous les textes qui pourraient être votés tout de suite, doivent l'être si nous voulons démarrer très rapidement la nouvelle création d'emplois, de logements et d'évolutions de l'économie que nous attendons sur ce secteur.

Mais l'Etat devait acheter des logements. Vous en êtes où, Alain Dinin, dans vos discussions avec l'Etat là-dessus ?

L'Etat n'achète pas les logements, les sociétés HLM doivent acheter des logements sociaux...

Oui, par l'intermédiaire de la Caisse des Dépôts.

... Par l'intermédiaire de la Caisse des Dépôts. Nous venons de créer un partenariat. Nous allons créer un partenariat aujourd'hui même avec la Caisse des Dépôts  pour, à notre échelle - Nexity représente environ 10% du marché - mettre en vente et fabriquer avec la Caisse des dépôts 1.000 logements par an pendant les trois prochaines années. Donc, on est dans la ligne des 100.000 logements que le Président de la République a annoncés. Et nous allons pour ce faire travailler en transparence avec la Caisse des Dépôts. C'est une forme de partenariat public - privé où en fait, on va échanger nos bilans, nos marges de telle façon que nous, promoteurs nous puissions vivre normalement notre vie d'entreprise commerçante et que l'Etat puisse fabriquer des logements au moindre prix.

A la tête de Nexity, vous êtes l'un des acteurs principaux du secteur immobilier, Alain Dinin, est-ce que c'est facile de travailler avec l'Etat : il y a le logement d'un côté, la ville d'un autre, l'ANRU, comment est-ce que vous dialoguez avec l'Etat ?

D'abord, on dialogue avec les pouvoirs publics, on dialogue aussi avec les élus. Le regret que j'aurais aujourd'hui sur la problématique du logement de la ville et de l'ensemble de l'aménagement du territoire, c'est de ne pas avoir vu un seul ministère dans lequel on trouverait : aménagement du territoire - urbanisme - logement et ville. Aujourd'hui, la division sur quatre ministères de ces sujets-là crée beaucoup de difficultés, beaucoup de confusions. Je l'évoquais tout à l'heure : il faut construire et construire vite. Pour ça, il faut que les décrets soient publiés rapidement, il faut donc que tous les ministres se mettent d'accord. Ca serait quand même plus facile si on en avait qu'un seul.

C'est un peu la bureaucratie ?

Ah c'est une complexité d'hommes et de femmes. Nous sommes dans ce pays aussi avec ce plaisir-là.

Ah bon ! Vous croyez qu'on y éprouve du plaisir ?

On y a aussi du plaisir, oui.

Vous allez écouter le Président de la République ce soir ?

Bien sûr. Bien sûr.

Et vous attendez quelque chose de précis de lui ?

Je pense que le Président de la République va faire œuvre de pédagogie. Je pense qu'on n'a pas grand chose à attendre de lui parce que l'Etat est dans la situation financière que l'on sait.

Voilà. Alain Dinin, qui n'attend pas grand chose, était l'invité de RTL ce matin.

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Alain Dinin, PDG de Nexity : "Il manque 800.000 logements en France"
Alain Dinin, PDG de Nexity : "Il manque 800.000 logements en France"
Le président de Nexity, premier groupe promoteur de France, était jeudi matin l'invité de Jean-Michel Aphatie. Alain Dinin a dressé le bilan de la situation du marché immobilier : "l'état du marché se caractérise par une pénurie de logement. Le total tourne autour de 800.000 logements manquants pour héberger la population, pour faire face à la démographie". "Le marché ne s'écroule pas en terme de prix parce qu'en France, nous n'avons pas de stock de logements. Et donc nous n'avons pas de prix à faire baisser", a précisé Alain Dinin.
http://www.rtl.fr/actu/conso/alain-dinin-pdg-de-nexity-il-manque-800-000-logements-en-france-3300371
2009-02-05 07:50:00