1 min de lecture Politique

Bruno Le Roux : "Dans les quartiers, il faut faire de la reconquête urbaine"

Bruno Le Roux, patron du groupe PS à l'Assemblée nationale, répondait aux questions de Philippe Corbé lundi matin.

Bruno Le Roux
Bruno Le Roux Crédit : RTL
Philippe Corbé
Philippe Corbé
et Jean-Michel Aphatie

Philippe Corbé : Des millions de Français sont en train de prendre leur voiture cet été pour partir en vacances, en congés, pour se déplacer et ils voient probablement, à la pompe, les prix qui sont en train progressivement de remonter jusqu'au niveau du début du mois de mai. On en est à plus de 1,40 € pour le diesel ; 1,63 € pour le sans plomb 98, et ils se souviennent probablement de la promesse de François Hollande de bloquer les prix s'ils atteignaient un niveau trop haut. Qu'est-ce que vous attendez ?

Bruno Le Roux : Pierre Moscovici l'a dit il y a maintenant quelques jours. Il faut regarder si ce mouvement est un mouvement qui est destiné à continuer sur les marchés internationaux et là il faudra prendre les mesures, qui sont des mesures de blocage. Donc, je sais que le Ministre de l'Economie et des Finances est en train, aujourd'hui, de travailler à ce qui était un engagement de la campagne électorale.

Il faudra attendre quoi ? Que ce soit 1,70 € - 1,75 € ? Vous avez défini un niveau ?

Non. Non, non, je n'ai pas de niveau à vous donner mais je sais que le Ministre de l'Economie est en train de regarder si cette hausse est une hausse qui s'avère structurelle, qui doit être destinée à continuer, auquel cas il faudra prendre sans attendre des mesures qui permettent de bloquer les prix.

Bruno Le Roux, vous êtes un élu de Seine-Saint-Denis. C'est un des départements où se trouvent les premières Zones de Sécurité Prioritaires annoncées par le Ministre de l'Intérieur Manuel Valls. Et la droite dit que concentrer sur ces zones des moyens importants, ça veut dire qu'on va "déshabiller Pierre pour habiller Paul".

Non, ça veut dire qu'on va fonctionner différemment sur un certain nombre d'endroits qui posent d'énormes difficultés, qui ont été laissées à l'abandon ces dernières années et c'est bien cela qu'il faut avoir en tête.

Pourtant, on beaucoup vu Nicolas Sarkozy sur ces thèmes de la sécurité depuis dix ans.

Vous l'avez vu, mais où son les résultats ? La police de proximité a été supprimée. Ces quartiers ont été laissés à l'abandon et c'est d'ailleurs pour cela qu'on y retrouve des indicateurs qui sont désastreux pour la République, pour notre fonctionnement républicain et donc...

Qu'est-ce que vous allez faire différemment en fait ? Plus de monde, plus de policiers ?


Mais d'abord, c'est plus de policiers, plus de policiers 24H/24. Il y a d'abord un préalable qui est la reconquête du terrain. Il faut que la République soit présente au coeur de ces quartiers. Et en même temps, le travail de la police ne suffira pas. Il faudra déployer dans tous les autres ministères des politiques qui seront des politiques pour essayer de faire ce que j'appelle de la reconquête urbaine, c'est-à-dire d'espérer faire en sorte que, en baissant la sécurité, on augmente aussi le service rendu à toutes nos populations sur ces territoires et que l'on y retrouve un fonctionnement normal. C'est une manifestation de volonté de la part du gouvernement que de dire : "Je cible des endroits qui sont parmi les plus difficiles et je veux que l'on y constate des améliorations dès les prochains mois".

Vous diriez, Bruno Le Roux, que la sécurité c'est aussi une valeur de gauche ?

Bien entendu. Il n'y a pas de proximité, il n'y a pas de possibilité de vivre ensemble, il n'y a pas de possibilité d'émancipation, il n'y a pas de possibilité de vie collective si on a peur, si on est replié sur soi.

Alors, Bruno Le Roux, on a du mal à comprendre l'interview que publie ce matin Libération, l'interview de Christiane Taubira, la Ministre de la Justice. Interview vraiment assez étonnante, où elle promet de "rompre avec le tout répressif, qui a rempli les prisons", selon elle, ces dernières années. Et elle dit : "La seule réponse, la seule peine, la seule référence de la prison ne peut pas être la seule réponse à la délinquance". Et on a l'impression qu'elle veut notamment limiter les courtes peines. Donc, c'est assez contradictoire avec cette impression de vouloir faire de la sécurité une des priorités du gouvernement.


Mais il n'y a rien de contradictoire si vous le regardez avec les yeux de l'idéologie ou si vous avez cédé au discours qui a été celui de ces dernières années. Mais quand je vous dis que, par exemple, sur les courtes peines aujourd'hui, il n'y a jamais autant de récidives que sur cette matière là. Que quand on met en prison pour des périodes qui sont des périodes très courtes, on en retrouve derrière, on retrouve un taux de récidive qui est particulièrement fort. Et donc, c'est l'efficacité qui guide aujourd'hui les propos de la Garde des Sceaux. C'est l'envie réellement de faire progresser la sécurité. C'est l'envie de faire en sorte que ceux qui ont commis un acte de délinquance puissent véritablement se réinsérer derrière et pas avoir une sanction qui peut faire plaisir, qui peut faire plaisir dans le discours politique mais qui est ensuite, en matière de résultats, absolument critiquable pour l'effet qu'elle donne pour la société.

Ces courtes peines, ce sont souvent des actes de petite délinquance, de délinquance quotidienne qu'on croise tous dans les villes et dans les campagnes. Et ces gens là, on en fait quoi ? C'est-à-dire que ça fait dix ans qu'on débat de ça entre la droite et la gauche. Qu'est-ce que vous vous pourriez en faire s'ils ne sont pas en prison ?


Il faut d'abord beaucoup de prise en charge individuelle. Il n'est pas question de ne pas avoir de sanction, ce serait la pire des choses et ce n'est pas ce qui est proposé par la Garde des Sceaux. Simplement, elle dit : "La peine, qui est la peine d'enfermement sur les courtes peines est une peine qui ne permet aucune rééducation, qui ne permet aucun retour à la normale, aucune véritable prise de conscience". Alors oui, il faudra, derrière, et moi j'entends en parler avec la Garde des Sceaux dès la rentrée parlementaire, regarder les moyens qui vont être consacrés à lutter réellement contre l'insécurité, à faire en sorte réellement que l'on puisse, quand il y a des actes commis, faire en sorte qu'il se passe quelque chose et qu'il n'y ait pas, derrière, de récidive. La façon dont Christiane Taubira regarde aujourd'hui ce problème, c'est-à-dire lutter contre la récidive, qui est un véritable problème, est, je pense, la bonne façon de faire.

Bruno Le Roux, hier matin, on a lu une interview du député européen Robert Rochefort, qui est vice-président du MoDem de François Bayrou et qui lançait un appel à François Hollande. Il faisait un appel du pied en tout cas, des offres de services. "Nous sommes disponibles pour élargir l'équipe gouvernementale". Est-ce qu'on va bientôt voir des ministres MoDem au gouvernement ?

Je ne sais pas s'il parlait en son nom personnel ou au nom du MoDem, mais...

En son nom personnel, oui.

Oui. Je n'ai pas vu de déclaration du MoDem. Mais vous savez, pour cela, il faut qu'il y ait des principes. Le principe, ce doit être le soutien. Le soutien à une politique, celle définie par le Président de la République, et le soutien à une action, la sienne. Et c'est un principe qui vaut pour tous ceux, et pas simplement pour le MoDem. Je ne parle pas là de M. Rochefort ni du MoDem. Mais tous ceux qui ont l'envie de soutenir l'action du Président de la République doivent pouvoir trouver leur place dans ce que nous faisons et doivent assumer pleinement la solidarité avec les décisions qui sont prises, le chemin qui est tracé par le Président. Et donc, nous verrons, s'il y a demain des élargissements possibles, ils ne peuvent se faire que sur une base qui soit la base de la plus grande clarté : le soutien au programme du Président de la République et à son action.

Bruno Le Roux, vous êtes un proche de François Hollande et vous avez peut-être entendu cette expression employée hier matin à ce micro par Nadine Morano : "C'est un hypo-Président, après l'hyper-Président Sarkozy". Un hypoprésident.

Ecoutez, il fallait qu'elle trouve la formule pour ne pas se faire oublier pendant les périodes d'été. Je crois que François Mitterrand est un Président qui est très différent.

François Mitterrand ou François Hollande, vous voulez dire ?


Heu, François Hollande. François Hollande est un Président...

Beau lapsus !

Beau lapsus. C'est un Président qui est très différent de ce que les Français ont connu et il y a dans le pays, quand j'en discute avec nos concitoyens, quand j'entends les réactions de vos auditeurs, il y a un climat qui a changé. Il y a une présidence qui apparaît comme une présidence engagée et pour autant respectueuse de nos fonctionnements, sans être dans l'apparence simplement. Donc, en cela, il y a un Président de la République, je crois aujourd'hui, qui remplit le souhait qui était celui des Français.

Et donc, je précise à nos auditeurs, le Président de la République s'appelle bien François Hollande et pas François Mitterrand.

Tout à fait.

Lire la suite
Politique Exclu RTL L'invité de RTL
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7751465633
Bruno Le Roux : "Dans les quartiers, il faut faire de la reconquête urbaine"
Bruno Le Roux : "Dans les quartiers, il faut faire de la reconquête urbaine"
Bruno Le Roux, patron du groupe PS à l'Assemblée nationale, répondait aux questions de Philippe Corbé lundi matin.
http://www.rtl.fr/actu/bruno-le-roux-dans-les-quartiers-il-faut-faire-de-la-reconquete-urbaine-7751465633
2012-08-07 08:15:00
http://media.rtl.fr/cache/TJuFUWTts6k5khCq_1j0Ig/330v220-2/online/image/2012/0723/7751039700_bruno-le-roux.jpg