Bruno Le Maire : "Que les industriels fassent des efforts pour que les producteurs laitiers soient rémunérés à leur juste valeur"

Bruno Le Maire était l'invité de RTL, mercredi matin. Le ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche répondait aux questions de Philippe Corbé. Il est longuement revenu sur le nouveau conflit laitier qui se profile entre producteurs et distributeurs sur fond de crise économique. Il a notamment demandé officiellement aux industriels de mieux rémunérer les producteurs.

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Le ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche était l'invité de RTL Crédits Média : Philippe Corbé | Durée : | Date :
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Bonjour Bruno Lemaire
Bonjour Philippe Corbé

Ca bout dans le lait. L'an passé, les producteurs ont perdu près de la moitié de leurs revenus quand les cours se sont effondrés. Aujourd'hui les coûts remontent, mais ils n'ont l'impression de ne retrouver qu'une partie de la hausse dans leurs revenus. Est ce que vous comprenez leur colère, Bruno Lemaire ?
Oui, je comprends parfaitement les producteurs de lait. Lorsque les prix s'effondrent, la répercussion est immédiate sur les revenus des producteurs ...

Et violente pour eux...
Ils ont perdu près de 50% de leurs revenus, je le rappelle en 2009. Maintenant que les prix remontent, ils remontent parce que le gouvernement français est intervenu via la commission européenne, je tiens à le rappeler.

Avec beaucoup d'argent.
Avec beaucoup d'argent, 300 millions d'euros exactement. Maintenant que les prix remontent, je souhaite que les producteurs soient correctement rémunérés. Ils ne le sont pas aujourd'hui, on n'est pas arrivé à trouver un accord, l'interprofession n'a pas trouvé d'accord. Je souhaite que les industriels, que les coopératives fassent l'effort nécessaire pour que les producteurs soient rémunérés à leur juste valeur.

La juste valeur, c'est quoi ? C'est 33 centimes du litre, 35 centimes du litre, pour l'instant, ils sont payés 28.30.
Que chacun prenne bien ses responsabilités, et que chacun joue son rôle. L'Etat a joué son rôle pour intervenir sur les marchés en 2009, mettre 300 millions d'euros par l'intermédiaire de la Commission Européenne, et faire remonter les cours du lait. L'Etat a mis en place des contrats, qui vont permettre de stabiliser à la fin de l'année le revenu des producteurs sur plusieurs années. L'Etat est prêt à mettre en place, des plans de développement de la filière du lait de façon à soutenir les producteurs. Je souhaite que l'interprofession de son côté, c'est à dire les industriels, les coopératives, les producteurs trouvent un accord sur un prix qui soit rémunérateur pour les producteurs.

Il y a quelque chose d'assez incroyable que les auditeurs ne connaissent pas forcément, les producteurs de lait, on est le 4 août, livrent depuis le 1er juillet du lait à des industriels. Ils ne savent toujours pas combien ils seront payés, pour ce lait livré depuis un mois. C'est quand même très difficile. On peut comprendre qu'ils veuillent aujourd'hui, avoir un petit peu de visibilité.
Mais je vous dis, je comprends parfaitement que les producteurs de lait, veuillent avoir le juste retour de leurs efforts. Vous savez moi je suis élu en Normandie, je connais très bien les producteurs de lait, j'en ai beaucoup dans ma circonscription, et dans ma région. Je vois les efforts qu'ils font, je vois la difficulté de leur travail. Je souhaite que ce travail soit justement rémunéré. Et puis je souhaite au delà, sur le long terme qu'on sorte de ce système où tous les trois mois il y a une crise sur le prix du lait. Je crois que c'est quelque chose qui n'est pas acceptable. La loi de modernisation de l'agriculture et de la pêche que nous avons fait adopter à la demande du premier ministre, et du président de la République, c'est la bonne réponse à cette situation, avec l'obligation pour les industriels de fournir des contrats sur plusieurs années aux producteurs. Pour qu'un producteur de lait sache ce qu'il va gagner sur plusieurs années, au lieu d'être soumis à des aléas tous les trois mois.

C'est logique, les agriculteurs risquent aussi de payer la flambée du prix du blé. Est ce que ça va avoir des conséquences assez lourdes sur certaines exploitation, Bruno Lemaire.
Je crois que pour les éleveurs, c'est effectivement une situation qui est difficile. Le bonheur des uns, fait malheureusement, parfois le malheur des autres. La remontée du cours des céréales est une bonne chose pour les grandes cultures, et je m'en réjouis pour les céréaliers. Mais effectivement, ça augmente fortement le prix de l'alimentation pour le bétail. Et donc, c'est un problème pour tous les éleveurs. Là aussi, il faut un nouveau système économique. Il faut réussir à stabiliser les prix, mettre de la régulation à la fois européenne et mondiale pour stabiliser les cours. Et puis, il faut là encore des contrats, notamment entre les éleveurs et les producteurs de blé, les producteurs de grandes cultures, de façon à ce que les prix soient stabilisés sur le long terme. L'agriculture a besoin de stabilité, l'agriculture a besoin de régulation.

Quand le prix du blé explose, on se dit est ce que certains produits de consommation courante, on parlait de la baguette tout à l'heure, mais d'autres produits risquent aussi d'augmenter dans les prochains mois.
Il n'y a pas de raisons qu'il y ait des répercussions sur les prix à la consommation courante, notamment sur le prix de la baguette, parce que la part du prix du blé, est tout à fait minime dans le prix d'une baguette. Donc je tiens à le dire

Et à rassurer...
Je suis un grand consommateur de pain, et j'imagine que les auditeurs également. En revanche, moi je pense avant tout aux agriculteurs, aux revenus des agriculteurs. On a besoin de stabilité. On a des prix qui sont de plus en plus volatiles, un marché agricole mondial qui est spéculatif. Donc, nous souhaitons avec le président de la République dans le cadre du G20, faire de la régulation des marchés agricoles, un des grands enjeux de ce G20.

Autre problème agricole au coeur de l'été : 46 départements font l'objet de restrictions d'eau, les cultures souffrent, et donc les agriculteurs sont obligés de puiser dans leurs fourrages, donc ça va poser des problèmes de stocks pour nourrir le bétail cet hiver. Est ce que ça va, là aussi, peser sur l'avenir de certaines exploitations qui sont dans une situation délicate.
On a déjà pris un certain nombre de décisions puisque j'ai autorisé, l'utilisation des jachères pour alimenter le bétail. Ca permet de répondre déjà dans l'urgence aux difficultés de beaucoup d'éleveurs. Ensuite, nous verrons à la fin de la saison, si nous devons déclencher une procédure de calamité agricole nationale pour un certain nombre de départements qui auraient été plus touchés que d'autres par la sécheresse. En tous cas, avec Jean Louis Borloo, nous regardons cela au jour le jour.

Mais pour l'instant, il n'y a pas d'inquiétude sur une situation aggravée sur la sécheresse.
Il n'y a pas d'inquiétude sur une situation aggravée, il y a une inquiétude sur l'élevage qui est en vraie difficulté. Ca fera aussi partie des propositions que je ferais à la rentrée, avec un plan de développement de la filière de l'élevage, que ce soit la filière bovine ou la filière du porc qui souffre beaucoup. Ils ont besoin de notre soutien.

Bruno Lemaire, est ce qu'au cours de l'été, le gouvernement est en train de changer sa doctrine sur le maïs OGM ? et l'interdiction des maïs OGM pour l'instant ?
Absolument pas, j'ai donné une autorisation, je vois à quoi vous faites allusion : une autorisation de commercialisation de semences OGM. Commercialisation, ça veut dire, ni essai ni culture.

C'est à dire qu'on peut vendre une semence, mais on ne peut pas la cultiver.
Vous ne pouvez ni la cultiver, ni l'essayer sur le sol français. Soyons très clair.

Mais pourquoi la vendre alors ?
Mais parce que vous êtes dans un pays dans lequel il y a des produits qui transitent, qui peuvent aller vers d'autres pays. Il y a un commerce qui existe, et donc, ça ne pose aucune difficultés, ni pour la sécurité sanitaire des Français, ni pour la sécurité environnementale.

Les écologistes disent que c'est une brèche.
Mais absolument pas, ne jouons pas avec les peurs des Français sur ces sujets. Vous savez, on a besoin de la recherche en agriculture. On a besoin de la recherche en bio-technologie. Vous parlez sécheresse, vous parlez de différents fléaux sanitaires qui touchent l'agriculture. La réponse elle passe aussi par la recherche. Ne diabolisons pas la recherche, on en a besoin en agriculture. Et c'est un vrai atout français.

Bruno Lemaire on pensait que le gouvernement était en vacances. Regardez la Une de Libération. La nouvelle affaire Woerth, lorsqu'il était ministre du budget, Eric Woerth est intervenu pour obtenir un dégrèvement fiscal de 27 millions d'euros sur l'héritage du sculpteur César. L'exécuteur testamentaire, c'est Alain Dominique Perrin qui est un grand donateur de l'UMP, c'est encore une histoire de conflits d'intérêts ?
Non je crois que c'est le nouveau ballon d'essai qui est lancé pour déstabiliser Eric Woerth, déstabiliser la réforme des retraites, déstabiliser l'ensemble du gouvernement. Moi, ce que je note avec beaucoup de pragmatisme et beaucoup de sérénité, c'est que tous ces ballons d'essais, qui sont lancés violemment contre Eric Woerth se dégonflent les uns après les autres.

Dégonflés par qui ?
Regardez ce qui a été dit sur les accusations de liens entre Madame Bettencourt et Eric Woerth, une inspection a été faite par l'IGF qui a été très approfondie, qui a rendu des conclusions sans appel. Fin du dossier.

Mais en l'occurrence, c'est une histoire de conflit d'intérêts ?
D'avoir cette succession d'accusations, souvent très violente à l'encontre d'Eric Woerth, revenons à l'essentiel, ce qui intéresse véritablement les Français : la réforme des retraites, la lutte contre le chômage, la réponse aux difficultés économiques. Je connais l'honnêteté de Eric Woerth, c'est quelqu'un que j'apprécie, il fait une bonne réforme des retraites, et pour moi, c'est l'essentiel.

Pour sortir de cette affaire Woerth, Nicolas Sarkozy a remis son képi de premier flic de France. On parle beaucoup de déchéance de la nationalité, ça ne doit pas être beaucoup votre tasse de thé, la déchéance de la nationalité, Bruno Lemaire ?
Ce qui est ma tasse de thé, c'est la sécurité de tous les Français, parce que la sécurité c'est le premier des droits républicains. La déchéance de nationalité, c'est une procédure en droit français, que les socialistes ont d'ailleurs maintenu en 1998, ils l'ont modifié, mais ils l'ont maintenu.

Pour le terrorisme, la trahison, des actes très graves.
Elle existe en droit français, qu'on l'étende à des actes particulièrement graves contre les forces de sécurité, qui garantissent la sécurité des Français, ça me parait quelque chose de tout à fait concevable. On est dans le cadre du droit français.

Et faire le lien, ce qui n'avait jamais été fait par un président de la République, ou un responsable d'un parti démocratique, faire le lien entre "insécurité et immigration", ça ne vous gêne pas un peu aux entournures ?
Vous savez, une fois encore, moi je suis un élu local. J'ai une circonscription près d'Evreux en Normandie. Ce que je vois, c'est qu'il y a une préoccupation des Français sur la sécurité. Je le vois à la fois, dans les banlieues, que je ne veux pas stigmatiser, par c'est parce que ce n'est pas là forcement qu'il y a les problèmes les plus graves, je le vois aussi dans beaucoup de petites communes rurales où il y a beaucoup de petits larcins qui sont commis, beaucoup d'incivilités. Tout ça dérange beaucoup de nos concitoyens, notre réponse, notre responsabilité, c'est garantir leur sécurité.

par Philippe CorbéJournaliste RTL
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2010-08-04 09:35:00